CHAPITRE IL Le liùëù Compiègne
Cependant Louis XVIII, débarqué à Calais, approchoit de Compiègne. On se rendoit en foule de Paris à cette résidence : les Français, comme du temps de la Ligue , étoient affamés de voir un Roi. Des courriers se succédoient d'heure en heure. Tout à coup on bat aux champs; une voiture attelée de six chevaux entre dans la cour du château de Compiègne.
Elle s'arrête ; on l'environne ; on en voit descendre, non le Roi, mais un vieillard soutenu par son fils : c'étoit Msr le prince de Condé et M>r le duc de Rourbon : fun, le guide de Mgr le duc de Rerry au champ d'honneur ; l'autre , le père de son infortuné
( 45 ) frère d'armes. De vieux serviteurs de la H' Part.
maison de Condé, accourus à Compiègne, Llv * poussent des cris en reconnoissant leur maître , se jettent sur ses mains , qu'ils baisent avec des sanglots. Ces Princes n'étoient que deux, on cherchoit en vain le troisième ; ils étoient tout près de Chantilly, qui n'existe plus : quand l'héritier manque , qu'importe l'héritage ?
Enfin, le Roi lui-même arriva. Son carrosse étoit précédé des généraux et des maréchaux de France qui étoient allés au devant de S. M. Ce ne fut plus des cris de vive le Roi! mais des clameurs confuses, dans lesquelles on ne distinguoit rien que les accens de l'attendrissement et de la joie. Madame accompagnoit le Roi. Ses traits, comme on l'avoit remarqué lors de son mariage , offroient un mélange touchant de ceux de son père et de sa mère. Une expression de douceur et de tristesse annonçoit
( i46 ) IIe Part, dans ses regards ce qu'elle avoit souffert ; Liv. I. on remarquoit jusque dans ses vêtemens un peu étrangers , des traces de son exil. Monsieur ., déjà vieil habitant de la France, en présenta les nouveaux enfans au Père de famille.
Telle est, en France, la force du souverain légitime , cette magie attachée au nom du Roi : un homme arrive seul de l'exil , dépouillé de tout, sans suite, sans gardes, sans richesses ; il n'a rien à donner, presque rien à promettre ; il descend de sa voiture , appuyé sur le bras d'une jeune femme ; il se montre à des capitaines qui ne l'ont jamais vu, à des grenadiers qui savent à peine son nom. Quel est cet homme ? C'est le Fils de saint Louis; c'est le Roi! tout tombe à ses pieds.
IIe Part.
Liv- I.