CHAPITRE VI
Mariage du Prince.
Enfin , d'heureuses destinées semblèrent .s'ouvrir pour Mgr le duc de Berry, par son union avec la princesse Marie-Caroline-Thérèse , fille aînée du prince royal des Deux- Siciles. Complimenté par la Chambre des Députés, il répondit à l'orateur : « J'aurai, » je l'espère, des enfansqui, comme moi, » porteront dans leur cœur l'amour des » Français. » La France attendoit cette lignée royale : la révolution l'attendoit aussi.
Sur le rapport de M. de Castelbajac, qui fit observer à la Chambre des Députés que le mariage d'un Fils de France étoit une fête de famille, la Chambre ajouta 5oo,ooo francs au million demandé par les ministres , pour l'apanage du Prince, Mgr le
( i6o) IIe Part, duc de Berry abandonna cette somme pen- Liv. I. dant cinq ans aux départemens qui avoient le plus souffert pendant la guerre.
Il avoit écrit, le 8 janvier, à la princesse Caroline, la lettre qu'on va lire, pour lui demander sa main. Les lettres de M%r le duc de Berry, que les espérances d'une longue vie promettoient de nous cacher longtemps, nous ont été révélées par sa mort. Ce Prince appartient désormais .à l'histoire , et l'on aime à chercher dans ses sentimens intimes, de nouveaux motifs d'admiration et de regrets.
Paris , 8 février 1816.
« Madame ma Soeur et Cousine , » Il y avoit bien long-temps que je dési- » rois obtenir l'aveu du Roi votre grand- » père et du Prince votre père , pour for- » mer une demande à laquelle j'attache le » bonheur de ma vie ; mais devant que j'aie
( i6i ) » obtenu leur agrément , c'est Votre Al- IIe Paet. » tesse Royale que je viens solliciter de h&.L » daigner me confier le bonheur de sa vie , » en s'unissant avec moi. J'ose me flatter » que l'âge , l'expérience , et une longue » adversité, m'ont assez formé pour me » rendre digne d'être son époux , son » guide et son ami. En quittant des parens » si dignes de son amour, elle trouvera ici » une famille qui lui rappellera le temps » des patriarches. Que vous dirois-je du » Roi, de mon père, de mon frère, et » surtout de cet ange , Madame , du- » chesse d'Angoulême , que vous n'ayiez » entendu dire , sinon que leurs vertus , » leurs bontés sont fort au dessus des » éloges que l'on peut en faire ? L'union » la plus intime règne parmi nous , et n'est » jamais troublée : mes parens désirent » tous avec impatience que Votre Altesse » Royale comble mes vœux , et qu'elle con-
( i6a ) IIe Part. „ sente à augmenter le nombre des enfans Liv. I. „ (}e notre Famille. Veuillez , Madame , » vous rendre à mes prières , et presser le » moment où je pourrai mettre à vos pieds » Thommage des sentimens respectueux » et tendres avec lesquels je suis, Madame » ma sœur et cousine , de Votre Altesse » Royale le très - affectionné frère et » cousin ,
» Charles-Ferdinand. »
Le jour de la célébration du mariage par procuration , il écrivit encore à la Princesse la lettre suivante :
Paris , 25 avril 1816.
« Votre aimable lettre m'a fait un plai- » sir que je ne puis vous exprimer , Ma- » dame et chère femme ; car d'aujourd'hui » nous nous sommes donné notre foi. De
( i63) » ce jour nous sommes unis par les liens IIe Part. » sacrés du mariage ; liens que je cherche- Llv- i. » rai toujours à vous rendre doux. Vous » daignez me remercier de vous avoir » choisie pour la compagne de ma vie ; que » de remercîmens ne dois-je pas à Votre » Altesse Royale pour avoir si prompte- » ment accède aux vœux de vos excellens » parens ? Je sens combien il doit vous en » coûter de les quitter, de venir presque » seule dans un pays étranger, mais qui » ne le sera bientôt plus pour vous, pour » vous unir à un homme que vous ne con- » noissez pas. J'ai composé votre maison » de dames dont la vertu et la douceur » me sont connues. Le Roi a approuvé ce » choix. Votre dame d'honneur, Mmela du- » chesse de Reggio, est désespérée de ne » pouvoir aller au-devant de vous. Mme de » La Ferronnays , votre dame d'atours , » sœur de Mme la comtesse de Blacas , sera
IIe Part. » la première qui aura le bonheur de vous LlY *• » faire sa cour ; c'est un modèle de vertu » et de l'amabilité la plus douce ; je vous » la recommande particulièrement ; elle » vous présentera les dames pour accom- » pagner. Le duc de Lévis , votre chevalier » d'honneur, est un homme aussi distingué » par ses qualités que par ses talens. Le » comte de Mesnard, votre premier écuyer, » est un loyal chevalier, qui n'est rentré » en France qu'avec moi. Enfin j'espère » que lorsque vous les connoîtrez, vous les ;» trouverez dignes de l'honneur qu'ils ont » de vous être attachés.
» Avec quelle impatience j'attends la » nouvelle de votre arrivée en France ! Que » je serai heureux , ma bien chère femme , » lorsque je pourrai vous appeler de ce » doux nom! Tout ce que j'entends dire de » vos qualités, de voire bonté, de votre » esprit, de vos grâces, me charme et me
( i65 ) » fait brûler du dësir de vous voir et de IIe Part.
» vous embrasser comme je vous aime. Llv- l-
» Charles-Ferdinand. »
Cette fin de lettre est la formule de presque toutes les fins de lettres de Henri IV, mais avec quelque chose de grave et de chaste qui tient à la sainteté du lien conjugal. Le jour même où M§r le duc de Berry écrivoit cette lettre , la jeune Princesse lui envoyoit celle-ci du pied des autels :
Naples , 24 avril 1816.
« C'est à l'autel que je viens , Monsei- » gneur, de prendre l'engagement solennel » d'être votre fidèle et tendre épouse. Ce » titre si cher m'impose des devoirs que » très-volontiers je commence à remplir » dès ce moment , en venant vous donner » l'assurance des sentimens que mon cœur » vous a déjà voués pour la vie ; elle ne » sera remplie et occupée que de chercher
( 166 ) IIe Part. » les moyens de vous plaire , à me conci- Liv. 1. » lier votre amitié , mériter votre con- » fiance. Oui! vous aurez toute la mienne , » toutes mes affections ; vous serez mon » guide , mon ami ; vous m'apprendrez à » plaire à votre auguste famille ; vous » adoucirez (je n'en doute pas) le chagrin » si vif que je vais éprouver de me séparer » de la mienne. C'est sur vous enfin que » je me repose entièrement du soin de ma » conduite pour la diriger vers tout ce » qui pourra procurer votre bonheur.
» J'en ferai mon étude habituelle ; puissé-je » y réussir et vous prouver combien je mets » de prix à être votre compagne ! C'est dans » ces sentimens que je suis , pour la vie , » votre affectionnée épouse.
» Caroline. »
XI* Part.
Liv, I.