‹ Mémoires, lettres et pièces authentiques touchant la vie et la mort de Charles-Ferdinand-d'ArtoisChapitre 47 sur 64 · IO · texte numérisé non relu

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IIe Part, multitude ouvre ses rangs, et le Prince passe Liv. ï. en disant : « Je vous demande pardon , mes » amis; c'est monpèreetmon frère quim'ap- » pellent. » Le peuple fut charmé de cette simplicité et de cette confiance. Ce Prince étoit au milieu des Français sous la protection publique , comme ces riches moissons qui reposent dans nos champs , sans gardes et sans défenseurs.

Il alloit souvent aux incendies , travaillons, portoit de l'eau, et ne se retiroit que le dernier ; il se trouvoit ainsi continuellement mêlé aux aventures populaires» Il revenoit avec un aide de camp d'une de ses promenades accoutumées , lorsque , remontant le long du quai au Charbon , il aperçoit des charbonniers qui retenoient un de leurs camarades. Celui-ci faisoit des efforts pour se débarrasser et se jeter dans la Seine. Le Prince approche , entre en conversation, et apprend que le charbonnier qui

veut se noyer, est un père de famille livré II' Part. au désespoir par la perte d'une somme de Liv. i. quatre cents francs. Le Prince fend la foule , arrive à l'homme , emploie tous les raisonnemens , et obtient de lui , avec beaucoup de peine, qu'il différera l'exécution de son dessein de quelques momens. Le traité conclu, Monseigneur confie le charbonnier à la garde de ses camarades ; l'aidede-camp court au palais, et apporte les quatre cents francs. Les charbonniers apprirent alors que l'incgnnu avec lequel ils avoient causé si familièrement, étoit le neveu du Roi. Ces braves gens, qui ne pouvoient rien pour leur bienfaiteur pendant sa vie , ont fait éclater leur reconnoissance à sa mort : ils ont accompagné à sa dernière demeure , le Prince dont ils n'ont pu sauver les jours , comme il avoit sauvé ceux de leur infortuné camarade.

Les artistes avoient leur bonne part des

IP Part, visites de M& le duc de Berry. Il tomboit Liv. i. tout à coup dans l'atelier de nos grands peintres , comme François Ier chez Léonard de Vinci ; il y passoit des heures entières à les voir travailler, mêlant à sa vive admiration d'utiles et savantes critiques. Si aucune remarque fine n'échappoit à la délicatesse de son goût, aucun sentiment élevé n'étoit étranger à la noblesse de son cœur. Il apprit que les restes du château de Bayard étoient à vendre; il. désira les acquérir,' mais sous la condition que le contrat ne seroit pas fait en son nom. Après la chute et le rétablissement de la monarchie, un Fils de France traitant pour acheter en secret les débris du manoir du plus parfait des chevaliers , est une chose qui peint à la fois et le Prince et le siècle. Il y a des temps où il n'est permis ni d'honorer des ruines r m d'être sans reproche.

Les personnes les moins bienveillantes

( 2i3 ) pour le Prince , étoient désarmées aussitôt II* Part. qu'elles l'avoient vu : il ne sortoit pas dun l -1V- l« Musée , d'un atelier , d'une manufacture sans y laisser un ami. Ses moyens de succès étoient tirés de sa propre nature. Apercevoit-il un enfant , il couroit à lui , le prenoit dans ses bras , le caressoit , i'embi assoit : voilà le père et la mère séduits. Lui présentoit-on un objet d'art, il l'examinoit curieusement : voilà le savant ou l'artiste charmé. Enfin , il suivoit envers tout le monde , par bonhomie, le conseil de Nestor qui recommande d'appeler chaque soldat par son nom , afin de lui prouver qu'on le connoît, et qu'on estime sa race. Il y a des gens qui s'attendrissent encore aujourd'hui lorsqu'ils racontent que Mër le duc de Berry leur avoit demandé des nouvelles de leur santé en les appelant par leurs noms. « Gomment , disent-ils , voulez- » vous qu'on résiste à cela ? » Pourquoi ces

II" Part, choses étoient-elles admirables dans M8r le Liv. I. duc de Berry ? Parce que la simplicité est le génie dans une âme supérieure : dans une âme commune, la simplicité est le train de nature : c'est tout juste la médiocrité.

» -'xj II* Part.

Liv. I.

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