‹ Mémoires, lettres et pièces authentiques touchant la vie et la mort de Charles-Ferdinand-d'ArtoisChapitre 52 sur 64 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Premier pansement du Prince.

Tandis que Mgr le duc de Berry étoit assis sur le banc dans le passage, M. le comte de Choiseul, un valet de pied, un ouvreur de loges , avoient couru pour chercher un médecin. On leur avoit indiqué le docteur Blancheton : il demeuroit dans le voisinage , et vint à l'instant même. M. Drogard, médecin, F avoit précédé.

Ces deux hommes de Fart trouvèrent M^r le duc de Berry dans le petit salon de sa loge où il avoit été porté. En entrant dans ce salon , le Prince qui avoit repris sa connoissanec , demanda si le coupable étoit un étranger. On lui répondit que non.

k 11 est cruel , dit le Fils de France , de » mourir de la main d'un Fronçais! »

Mme la duchesse do Berry s'adressa au

( 233 ) docteur Blancheton pour connoître la vé- IIe Paît, rite, promettant de la supporter avec cou- Llv- U. rage : il répondit que le Prince n'ayant pas rendu de sang par la bouche , c' étoit un favorable augure, M. Blancheton crut d'abord que la plaie étoit au bas-ventre où il trouva une grande quantité de sang épanché; mais il reconnut bientôt qu'elle étoit au dessous du sein droit. Il la dégagea du sang caillé : le Prince fut saigné au bras droit par M. Drogard. Monseigneur recouvra alors assez de force pour dire aux deux médecins : « Je suis bien sensible à vos » soins; mais ils sont inutiles; je suis per- » du. » M. Blancheton essaya de lui persuader que la blessure n'étoit pas profonde. « Je ne me fais pas illusion, repartit le » Prince ; le poignard est entré jusqu'à la » garde, je puis vous l'assurer. » Mmo la duchesse de Berry arracha sa ceinture pour servir de bandage et d'appareil. Elle seule avoit conservé sa présence d'esprit dans

( 234 ) IP Part, ce moment affreux, et déployoit un carac- Liv. il. tère au dessus des âmes communes. Le Prince, dont la vue s'obscurcissoit, disoit de temps en temps : « Ma femme , êtes-vous » là. » « Oui, répondoit la Princesse en » essuyant ses pleurs; oui, je suis là, je » ne vous quitterai jamais. »

M. Bougon, premier chirurgien ordinaire de Monsieur , instruit du malheur par M. Esquirolle, médecin de la Salpêtrière , se rendit en hâte auprès de M&r le duc de Berry : le docteur de Lacroix venoit d'arriver de son côté. Le Prince reconnut M. Bougon qui Favoit suivi à Gand, et qui avoit espéré lui donner ses soins sur un autre champ de bataille. « Mon cher Bou- » gon , lui dit-il , je suis frappé à mort. » En attendant l'application des ventouses , le dévoué serviteur d'un si bon maître suça la blessure à diverses reprises. « Que faites- » vous, mon ami? dit le royal patient; la » plaie est peut-être empoisonnée ! »

IIe Part.

' ' Liy. II.

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