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CHAPITRE XVIII

Pou/i éviter la longueur du détour de Hambourg, je me dirigeai par Genève et Lyon^ malgré le danger que je pouvais courir à passer par la France. C'était d'ailleurs la route que me traçait sir Charles , par sa seconde dépêche que je reçus à Genève ; encore plus pressante que la première, elle était écrite à peu de jours de distance.

« Mon cher Louis , me mandait cet honorable « ami , il fout absolument venir ici veiller à vos « affaires. Vous pouvez repasser par la France. «Yotre kttre du 7 septembre m'est parvenue «hier; j'y répcmds par la voie de Hambourg, «mais pas d'une manière détaillée^

(K Partez tout de suite et venez nous trouver. »

TOUS lU. I

a . MÉMOIRES

Je fis un très court séjour à Paris, et je me dirigeai en toute hâte, sur Calais. Là, forcé de faire viser mon passe-port, je me trouvai en contact a^ec le fameux Mengaud, commissaire du gouvernement français , personnage rude et burlesque. Comme j'étais dans l'habitude de toujours faire mes affaires avec célérité , je me présentai immédiatement pour obtenir le visa. J'arrivai au moment où le citoyen Mengaud quittait son cabinet pour aller se mettre à table. Il me renvoya assez brusquement, et me dit de revenir l'api^èsdîner. Prenant le ton soumis et doucereux, je lui répondis que je serais bien fâché de le déranger après son dîner, d'autant plus que le paquebot était à la voile , et qu'il ne s'agissait que d'un visa ; mais que pourtant s'il l'exigeait je reviendrais. Mengaud eut un bon moment; et rentrant dans son cabinet, a Voyons, n^e dit-il, que je signe <c cela.» Il visa debout mon passe-port; et jetant par hasard moi-même les yeux sur son bureau , j'eus le temps de voir mon nom de Fauche-Borei inscrit sur la liste des voyageurs signalés pour être arrêtés. Heureusement que, par pure précaution , mon passe-port ne portait que le nom de Fauche tout court, et que la suppression de celui deBorel, qui fixait plus particulièrement l'attention , avait empêché Mengaud de porter ses idées sur moi.

Je mis à profit la découverte. J'allai droit à mon hôtel faire régler mon compte d'auberge; et ensuite je me rendis immédiatement à bord de mon paquebot. En y arrivant , je priai le capitaine de recevoir mon passe-port revêtu du visa, et prétextsmt que j'étais toujours malade en mer, j'allai me coucher. Le commissaire de marine étant venu faire la reconnaissance des voyageurs ^ et trouvant mon passe-port en r^le, n'exigea point ma présence, et c'est ainsi que j'échappai au danger d'une surveillance inquisitoriale qui s'étendait nominativement sur moi.

Arrivé à Londres, je m'entretins d'abord avec sir Charles de l'objet qui m'avait amené. Il m'apprit qu'on travaillait à la paix d'Amiens, dont les préliminaires seuls étaient signés; qu'on prévoyait que cette paix , qui n'était qu'un sacrifice (ait à l'impatience publique, n'aurait pas même pour l'Angleterre les avantages d'une trêve; que, dans ces circonstances, les ministres m'avaient mandé pour que je fusse à leur disposition au moment où ils jugeraient convenable de me charger 4e la mission qui m'était destinée, et sur laquelle il n'avait aucune explication ; qu'en attendant , la plus grande discrétion m'était recommandée.

Je me le tins pour dit, et vaquai tranquille-

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méat, à mes iif&irea, tout en réfléchissant à cette ouverture préparatoire.

Je n'avais pas plutôt été débarqué que j'avais été voir Picfaegru , sans oublier de soUidter de lui la.&veur qu'en attendait M. Henri Larivière. Je savais qu'au Conseil des Cinq-Cents Pichegru avait été son collègue ^ et qu'Hairi Larivière avait même été depuis en relati(»)s avec lui ^ lorsqu'èr chappé aux déserts de Sinnamari, Pich^pru était venu se réfugier à Bareuth. Quel fut donc mon étonnement lorsque je le vis opposer de la résis* tance à la demande que je lui faisais de consentir à ce que M. Henri Larivière vint à Londres en sa qualité de fructidorisé. « Au nom de Dieu^ mon « dber Fauche , ne me livrez pas à cet avocat « brouillon ! C'est une meule de moulin ; quand il a a tourné trois tours, il faut recommencer. » Telle fut la réponse de Pichegru. Il est vraisemblable quHl avait encore présentes à la paisée les pages accusatrices du Moniteur, et qu'il craignait que celui qui avait prononcé anathème contre les Bourbons, dans les séances trop fameuses de septembre et décembre 1793, ne fût point à sa place sur le même sol où les Bourbons trouvaient un asile. Je quittai donc Pichegru sans en avoir obtenu ce que j'étais venu lui demander pour M. Henri Larivière.

DE FAUCeE'BOREL. *>

J'en fils peiAé, n'ayant jamais été à portée de scruter sa conduite législative. La lettre qu*ll m'écrivit Je a4ctécetnbre 1801, et qui m*amva de France en Angleterre, me trauva dans ces dispositions. Après avoir embrassé son ami avec cordialité y M. Henri Larivière me rappelait I9 commission prindpaie dotit il m'avait dbargé ; il me pressait de nouveau de lé faire venir à Londres, si toutefois rien ne s*y opposait ^ me donnant pour motif ée sot» empressaient que ^n peiîi sac toMhmt à sdjin. Ce petit sac , comifne on s'en douté, n'était autre ciiose que les soitante louis que je lai avais avancés à Neuchfttel.

A cette itérative recommandation , à là franchise avec laquelle il me parlait de la pénurie de ses Ênances, je retournai Ji la charge vers Pichegru , qui , déterminé par cette seconde tentative , me dit enfin: «ïh bien, quHl vienne. — Ehl <K comment voulefrvous qu'il Vienne, répondis-je, «il n'a pas d'argent? «^JOi bien donc, ajouta «Pichegru, faites -lui passer comme vous le « pourrez cinquante louis qui vous seront rem* ic bourses ^i7 vient. 3»

A peine eus-je obtenu de Pichegru que M. Henri Larivière serait reçu en Angleterre, que je m'empressai d'annoncer à ce dernier, par ma lettre du a janvier iBoa, que non seulemetit le général

DE

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