‹ MémoiresChapitre 2 sur 36 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

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passé à iinê aasez grailde disUmcele lieu ^ la scène, que nous f raochimes 1res pvomptenieiit par Ja vitesse de nos cheyaux, lord GamelforC nous dit âtec une émotion étudiée qu'au premier relai nous ferions notre dédanation àia police : il éclata enfin ; nousrimes, et cette espièglerie amusa beaucoup lord CaraeUbrt, que je retrouverai bientôt sur un autre théâtre dans des circonstances mrâis gaies.

Le traité de paix d'Amiens était à peine conclu et signé, que déjà les observateurs attentifs n'y apercevaient que le r^ultat de la nécessité du moment, «t, pour ainsi dire, qu'une halte militaire , du moins quant aux desseins de Bucmapârte, qui s'expliquaient assez par ses actes. Il abusait sous main de l'élat de paix au point d'envoyer de non^reux agens et des émissaires , soit en Irlande, soit dans les principales villes d'Angleterre.

Dans le courant de nmi , je fus averti de me tenir prêt , et qu'on songeait sérieusement à la mission dont je devais être diargé. Ce qui m'arriva dans Londres, prédsément à la vmlle de m'engager de nouveau dans une carrière épi«neuse , est assez bizarre pour que j'en entretienne un moment le lecteur.

Je connaissais madame la comtesse de Ménage, que je n^avais pas iqikcore vue depuis mon retour;

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«lie hftbitiût une maiscm Broad-streeft, n* i4* '« ^ avais été présenté quelques années aof aravant par M« Régnier, ancien magistrat , et alors rédaoteur du Courtier tt Angleterre. Cette dame &isait du jour la nuit ^ et de la nuit le jour : en arrivant chez elle à minuit, c'était toujours asseï t6t Elle av^t d'ailleurs beaucoup d'esprit et d'amabilité. J'allai chez ciie trois jours avant que mon voyage sur le continent ne fôt définitivement arrêté ; je frappai à laporte» qeà s'eatr'otivrit ausstf&t, et je vis une femme d'un certain âge qui , à mon aspect , cacha précipitamment ce qu'elle tenait à la main. Je me retirai en lui faisant xae& eatouses; mais madame la comtesse de Ménage me rappelant , me dit : a Approchez, approchez, M. F^eiudie; <c nous n'avons pas de secrets pour vous ; il fiiut <c que madame OUya, que voilà, vous fasse aussi « un jeu de cartes. » Cette dame Oliva était de ^int'Domingue^ et avait à Londres autant de réputation qu'en avait alors à Paris la £ttoeuse mademoiselle Lenormand. Ce qui est plus singulier encore, cfest qu'elle était l'élève de cette négresse , tireuse de cartes à Saint - Domingue , qui avait prédit la couronne à Joséphine de La Pagerie, successivement madame de Beauharnais et madame Buonaparte.

Je m'assis vi»À^vis de* là sibylle, qui prenant

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8es;cartjes, et me les donnant à mêler, se mit en devoir dé continuer ses étonnans pronostics. Les cartes dont elle se servait étaient peintes de manière, à figurer et à représenter les différens événemeos de la vie humaine de quelque côté qu!elles fussent tournées.

Elle , commence par me dire : ce Monsieur, vous a êtes ici pour traiter des afi&ires d'une haute gra- « vite. Vous êtes en contact avecde-gralids per* « sonnages. Je vous préviens que vous ne termine nerez. de long-temps l'affaire dont il s'agit. Je ce vois dans votre jeu que vous allez faire un a voyage ; que vous serez chargé d'une commisfc sion très importante. Vous réussirez jusqu'à un «certain point; mais faut«il vous le dire, vous a serez mis en . prison dans une tour. »

Je lui, demandai , en riant, combien de temps je resterais prisonnier.

«Long -temps, long -temps, me dit- elle en « examinant les cartes , très long-temps. »

-^ B^ sprtirais-je enfin ?

a— T Oui, mais avec de grandes. difficultés , et « seulement par la protection d'augustes person- « nages, Pendant votre captivité ^ vous perdrez vos a plus proches parens. Cependant , prenez coucc rage. Après avoir lutté long-temps contre l'ad- «versité, vous finirez par triompher de tous

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a VOS ennemis , qui sont bi^n nombreux et bien «acharnés »

Mài&' ce qui fût dans le cas de me surprendre bien davantage, c'est que trois jours après je reçus mes insiTuctions , qui avaient pour objet de me rendre à Paris afin de rapprocher et de réconcilier les généra:ux Moreau et Pichegru , et cela dans le but d'arrêter l'ambition de Buonaparte dans sa marche rapide.

Ces dames ne pouvaient avoir eu aucune connaissance de ce qui allait se passer, puisque je l'ignorais moi-même. Jamais hasard ne servit mieux ma devineresse. J'eus bien souvent occasion de pensera elle pendant ma longue captivité.

Voyons maintenant pourquoi et comment je fus lancé de nouveau sur la scène politique.

Quelques personnes , dévouées à la cause des Bourbons , avaient pensé que pour arrêter l'ambition de fiuonaparte , il pouvait être aussi utile qu'avantageux de réunir les généraux Pichegru et Moreau dans les mêmes vues et dans les mêmes intérêts. En approfondissant cette idée, on était fondé à croire qu'une telle réunion de talens et de moyens , en procurant la paix à l'Europe , forcerait, en quelque sorte, la France au bonheur et au repos. On savait d'ailleurs d'une manière certaine que plusieurs généraux, fatigués de

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l'ambitioa de Buonaparte, ea avaient oiarqué da mécontentement, et que celui de Moreau n'était plus un secret : or^ te but des ministres de Sa Majesté Britannique et des prinoes français étant d'aviser ma, moyens de réunir, le plus promptement possible, Pîçhegra et I^reau, j'avais été désigné par Pichegru lair-méme comme rbomme le plus capable d'inspiret- une entière confiance à Moreau. Telle était la substance de ma mission.

Quant à Picbegru , quelles étaient ses dispositions ? ISe venait^il pas d'être excepté nominatif vement de ramnistieaccordéeà tous les proscrits? L'injustice et la jalousie de Buonaparte étaient évidentes à son égard. Oit pouvait demander à tout bomme impartial si la conduite de Buona* parte, comme premier consuU relativement à Pichegru, n'était pas de nature À provoquer l'indignation de ce général?

D'un autre -coté ^ je n'ignorais pas que Pi<^egru savait à quoi s'en tenir sur la dénonciation pu^ blique que Moreau avait été forcé de faire contre lui i et qu'il serait -porté sans otfïbrt k un rappro* cbement.

ijes dispositions dfi Moreau n'étaient pas moins Êivorables.

Comn^e tout ce que je vais rapporter ici est en

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opposition directe atec les versions et les conjeo» tures qui ont été imaginées ou mises en avant sur l'époque où le général Moreau a été sondé et pressenti dans les intérêts de la maison royale, et sur les sentimens qui l'animaient en secret; comme d'ailleurs ma négociation, par son antériorité , confond tout œ qu'on lit de relatif k ce sujet dans les mémoires publiés îusqu'ici, je vais en apporter en preuve l'attestation qui, m'a été donnée en 1 820 , lorsque mes ennemis et mes détracteiirs jugèrent à propos d'élever quelques doutes sur la sincérité et l'exactitude de mes récits , bornés alors à des comnmnications confidentielles. Voici donc le document qui leur sert, pour aiqsi dire, de base :

« Je , soussigné , déclare avoir été chargé par «mon gouvernement, en septembre 1801, d'é- « crire à M. Fauche-Borel , alors retourné dans lé «sein de sa famille, à Neuchâtel en Suisse, à « l'effet de l'engager à se rendre à Londres sur- « le-champ , pour affaire urgente qui avait râper port à des intérêts de la plus haute importance « pour la cause royale de France. En foi de quoi a j'ai signé le présent , à Paris, ce 34 avril i8ao.

«5^/ié/t:. W. FLINT.»

Cette mission me convenait et me flattait à

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tous égards, et malgré les périls imminens qui me menaçaient, je partis de Londres pour Paris le 5 juin 1802, non sans en avoir conféré plusieurs jours avec Pichegru et avec les princes, et de l'assentiment du ministère anglais. Je savais d'ailleurs qu'au fond ce que j'avais à faire n'était pas difficile , car il était aisé de rapprocher deux hommes pleins d'estime l'un pour l'autre , et qui n'étaient momentanément désunis que par l'artifice des scélérats.

J'allai m'embarquer à Douvres pour Calais. Je trouvai sur mon paquebot mademoiselle Lenoir, dame de compagnie d'une famille anglaise, qui rentrait dans sa patrie après une longue absence. Notre paquebot était un des premiers qui arrivaient en France depuis la guerre et par suite du traité d'Amiens. En abordant, les passagers furent insultés par les matelots. Ce fut une véritable explosion d'injures contre les Anglais; Nous arrivâmes ainsi au milieu des huées jusqu'à l'hôtel Dessaint. Mademoiselle Lenoir , fort aimable personne , et les autres passagers en furent non, seulement déconcertés , mais effrayés.

Je partis pour Paris immédiatement, et à mon arrivée dans cette capitale je descendis rue et hôtel des Bons-Enfans , avec mademoiselle Lenoir. Mon premier soin fut d'écrire un mot au gé-

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néral Moreau, qui me donna un rendez -vous dans la maison où il était alors, petite rue Saint- Pierre, chez sa belle-mère, madame Hulot. On me fit entrer dans une chambre tout ornée de glaces. J'étais persuadé qu'un seul mot de Pichegru deyait lui rendre le cœur de Moreau. Après avoir fait* part au général de l'objet qui m'amenait près de lui , il me répondit avec un ton de gravité : a C'est le plus beau moment de ma vie que a celui où j'entends par votre organe, JML Fauche* ce Borel , que le général Pichegru n'a point par- « tagé les sentimens de ceux qui ont prétendu « que je l'avais trahi au i8 fructidor. Yoici ce qui if est arrivé : je reçus du général Desaix, mon ami, a; une lettre datée de Milan , qui m'apprenait que 9 le général en chef Buonaparte venait de faire ce arrêter l'émigré comte d'Antraigues , dans ' le 9 portefeuille duquel on avait trouvé une conver** «sation avec le comte deMontgaillard, qui rap- «^ pelait les relations du prince, de Condé avec le cc: général Pichegru, et qui avait quelque rapport «avec upe autre correspondance trouvée dans le o. fourgon du générai Klinglin,pris à Offembourg, «et que lui , Desaix , avait parcourue pendant qu'il a était à Kehl pour se guérir d'une blessure ; que a n'ayant rien trouvé dans cette correspondance « qui pût compromettre Pichegru, il me conseillait

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« néanmoins d'envoyer tous ces papiers au Direct a toire , afin de ne pas être compromis dans cette «c affaire si elle devait avoir des suites. Tavais « cette correspondance depuis plus de ' quatre ce mois ; elle était à la connaissance de mon état- <f major; Desaix, Régnier et Andréossi ne l'avaient <c pas jugée d'un intérêt assez grand pour en'oc-^ a cuper le Directoire. L'ayant jugée comme eux « une correspondance de simple espionnage , je « la rassemblai , d'après l'avis de Desaix et des « officiers de mon état-major, qui prirent con-* « naissance de la lettre que je recevais de Desaix : «j'en formai un paquet, et j'adressai le tout, le « 17 fructidor, au citoyen Barthélémy, Pun des « directeurs , qui se trouvait plus compromis que or ne pouvait l'être Pichegru , parce que son nom « s'y trouvait mentionné plus que celui de ce gé- « néral. Par cette marche, te directeur Barthélémy a pouvait, en son particulier, juger de l'usage à en « faire. Malheureusement mon envoi ne parvint à <x Paris que vingt-quatre heures après l'arrestation « du directeur Barthélémy , Pichegru , Willot et « autres ; il tomba en conséquence dans les mains « des autres directeurs, qui en firent l'usage qu'on « sait pour justifier la fatale journée du 1 8 fruc- «ctidor..... » Ce fut alors que Moreau, après un moment de silence , ajouta : « Il Êiut attendre

cr tout des événemens ; il faut user les hommes et «[les choses ; de grands événemens peuvent amener « des circonstances heureuses ; et Buonaparte les a fera naître. Puisque Pichegru est en Angle- « terre , dites-lui qu'il y reste , pour ne revenir ce en aucun temps en France, qu'ayant un prince « à sa droite et la charte constitutionnelle à la a main. Dites-lui en même temps que vous lui « ferez mes amitiés , qu'il se défie de ses alena tours, et surtout de la famille Lajolais. »

Pour donner une idée à Moreau des sentimens de clémence et d'oubli qui animaient le cœur du Roi, je lui remis la copie des lettres patentes qui devaient être échangées contre l'engagement qu'avait promis de souscrire Barras, en 1799, pour le rétablissement de la monarchie; en outre, j'y joignis la lettre autographe du Roi sur ce même objet, et qui était restée dans mes mains.

Je savais que le général Moreau pouvait compter sur l'appui de Barras, et qu'ils étaieqt en correspondance intime à cette époque.

Là se borna notre entrevue.

Je ne m'abusai cependant pas sur ma position , ni sur la surveillance dont je pouvais être l'objet. Mais d'un autre côté l'Angleterre était en paix avec la France, et je pensais que, né sujet de 3. M. le roi de Prusse, j'avais le droit de me

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