TOME III. a
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à M. Leckrc , sa pension fut fixée à trois cents louis, ou à sept mille deux cents francs jpar an , qu'il touche depuis 1807, et qu'il continue à percevoir aujourd'hui.
Cette affaire étant parvenue à la connaissance de M. de Puisaye, excita sa jalousie. M. de Puisaye trouva d'autant plus mauvais que j'eusse été diargé d'une pareille commission, que sa maxime était : a que ce qui sort de la Trésorerie anglaise (f ne doit jamais y retourner. » Il pril l'alarme en Voyant que j'avais obligé l'abbé Ratel , non seulement de se désister de sa réclamation , mais de regorger une somme plus forte; il se plaignit hautement de la confiance qu'on venait de placer en moi. a C'est vraiment étonnant, disait-il, a de voir le gouvernement anglais employer un a Suisse à inspecter les comptes d'un émigré fran- (I çais. » Mais il ne tenait pas ce langage par égard pour la personne de qui j'avais examiné les comptes; bien loin de là, puisqu'il haïssait l'abbé Ratel et en était jaloux ; mais il sentait tout ce qu'il aurait à craindre s'il prenait fantaisie aii gouvernement de lui demander compte de l'emploi de l'argent qu'il avait reçu lui-même pour la cause royale.
Quant au comte d' Antraigues , il gardait à mon égard beaucoup plus de mesure ; et loin de rom-
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pre avec lui, je cherchais au contraire, dans les circonstances critiques où se trouvait Louis XVUI, à le ramener au point de servir les intérêts du Roi , tant je comptais sur la puissance de son talent et la chaleur de son zèle.
Par une suite d'événemens fôcheux et imprévus , le Roi allait bientôt se trouver dans la i)écessité de quitter une seconde fois son asile de Mittau. Louis XYIII savait que cette guerre loiJQtaine où Napoléon était venu attaquer, pour ainsi dire corps à corps , l'empire russe , sur le vaste champ de bataille entre la Yistule et le Niémen, donnait aux royalistes de l'intérieur des espérances; il savait que l'irritation des esprits, causée déjà par tous les genres d'abus et d'oppression , s'étendait de la Vendée en Bretagne , à Bordeaux , à Marseille et dans tout le Midi , partout où les Bourbons avaient le plus de partisans ; mais il savait aussi que la lassitude extrénxe des Vendéens , et l'habitude de voir Napoléon revenir vaiiiqueur de toutes ses guerres, arrêtaient les mouvemens et les entreprises que provoquaient ses abus de pouvoir, et son gouvernement inique. De loin en loin des émissaires royalistes débarquaient en Bretagne ou en Normandie ; mais presque toujours ils tombaient dans les emr bûches de la police impériale , dont tant de delà-
teurs étaient aux gages. La gaerre seule pouvait faire changer la face du monde ; mais celle qui ravageait alors la Pologne , la Prusse' royale , et qui d'abord avait donné des espérances , ne tournait pas plus que les guerres précédentes à l'avantage de la cause des Bourbons. C'est ce qui ne tarda pas à se manifester : jamais les destinées de l'Europe ne furent plus gravement compromises qu'à la suite de la bataille de Frîedland , perdue par les Russes, le i4 juin 1807. Un armistice fut conclu peu de jours après à Tilsit. Là y Napoléon et Alexandre eurent plusieurs entrevues dans un pavillon élevé sur un radeau au milieu du Niémen , et un traité de paix fut signé le 7 juillet entre la Russie et l'Empire français. Ainsi Napoléon , poussé encore par la fortune à pleine voile , semblait renverser à jamais les espérances des royalistes et des princes de la maison de France.
La paix de Tilsit eût cimenté l'asservissement de l'Europe , si, de même que Napoléon , l'empereur Alexandre avait eu l'arrière-pensée de partager le monde pour le disputer ensuite à son compétiteur. Ce duumvirat n'en mit pas moins l'Europe en péril : sur le continent , les Bourbons n'eurent ^us d'asile.
• Quoique le Czar n'eut fait dans le traité aucune»
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Stipulation contraire à l'hospitalité qu'il accordait au Roi, les convenances et les usages de la politique mettaient Louis XYIII dans .Fobligation de s'éloigner de la Russie, devenue l'alliée du, détenteur de son trône. Il fallait se décider à chercher un refuge ailleurs. , »
Je prévis dès-- lors que Louis XVIII se trouverait dans l'obligation de choisir l'Angleterre pour son dernier asile; màis; qu'on lui opposer rait des embarras et des obstacles , que peutêtre il serait utile et. convenable de chercher à écarter. dès à présc^nt. Plein de cette idée, je son* geai à capter M. d'Antraigues : je savais quelle sorte de liaisbn il entretenait. avec les ministres de Sa Majesté Britannique. D'après ce qu'il m'avait donné à entendre , je pouvais croire aussi qu'il avait des instructions de Ik Russie : il m'avait même lu une lettre de l'empereur Alexandre pour me confirmer dans cette opinion. Je sentais com- . bien \m tel homme pouvait apporter d'entraves au rétablissement de Louis XVIII. Voulant le disposer à ne pas être contraire au Roi dans des circonstances si fâcheuses pour la bonne cause , j'allai le voir afin d'essayer de le ramener, et de -le porter à oublier les torts qu'il se croyait en droit de reprocher à son maître. «Gomment, mon ' « cher Fauche, voulez-vous ^ me dit*il , que je serve
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« le Roi après la lettre qu'il m'a écrite de sa main,
« et qui m'a tant affecté ? Voyez et lisez » et il
me remit la lettre du Roi , qui remontait à 1 797, et dont j'ai déjà Êiit mention : elle commençait par ces mots : «Vous m'avez trompé, monsieur « le comte ; en conséquence je vous retire ma
« confiance » Le reste de la lettre roulait sur
la connaissance qu'avait eue le Roi que la journée du 18 fructidor avait été motivée, par le IHreotoire, d'après les pièces trouvées dans le portefeuille dtà M. d'Antraigues , peu de temps après que ce dernier eût trouvé le moyen de rassurer lui-même le Roi, en lui protestant que son arrestation , ordomiée par BuonaparCe , ne poiuvait compromettre aucun des vrais serviteurs de Sa Majesté dans l'intérieur de la France. Le Rcâ , à <;ette occasion , aVkit donc été fondé à se croire abusé. M. d'Antraigues me montra la réponse peu séante qu'il avait faite à Louis XVIII : je la désapprouvai, et je pris la défense de la lettre du Roi. « Rien de plus naturel , lui dis-je. Com- « méat le Roi n'aurait«il pas été surpris de voir a le Directoire s'appuyer sur une pièce trouvée (c dans votre portefeuille , et cela après l'avoir ce rassuré vous - même sur les suites que pouce vait avoir la violation du droit des gens dans <x votre personne ? Avouez que le Roi a du être
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« profondément blessé de rapparition d'un dote cument , dont, le Directoire faisait un si cruel « usage contre ses sujets fidèles dans i'inté-* a rieur?» Je lui observai en^ outre que rarrivée du Roi en Angleterre , que je regardais conanie infiniment probable dans les circonstances où se trouvait le continent , lui fournirait les occasions d'établir sa justification complète , et qu'à la fin kfs services que sa position actuelle le mettait dans le cas de rendre à la bonne cause feraient oublier le pasté ; qu'ainsi en bon et fidèle sujet du Roi , il ne potrvait se refuset* d'employer- ses talens au service de son souverain légitime. « Ne «devez-vous pas, ajoutai- je, dans uoe cirçon- « stance si iuiportante , sacrifier des ressentimiens «de cette nature, et leis mettre tout-à-fait dans « l'oubli pour servir et votre souverain et la na- « tiôn ? Vous le devez, et vous le pouvez par le « crédit dont vous jouissez auprès des ministres « du roi d'Angleterre, qui , je le sais , font un cas « infini de vos lumières et de vos talens; »
A ces mots le comte se rengorgea. « Eh bien « oui. Fauche, me dit-il ; je vous retrouve toujours « dans toutes les bonnes occasions, quand il s'agit « de servir le Roi; eh bien oui, je le servirai; il « est roi de France; fût -il une buse, je le ser- « virai. »
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Sati$£Biitde cette conversation, et persuadé que j'avais ramené au Roi tm homme de mérite tel que M. d'Antraigues , j'eus en*rentrant chez moi la bonne pensée , pour cimenter cet heureux rapprochement, de lui ùàre cadeau d'une superbe boite en or , ornée d'un excellent portrait de Louis XYL Cette boîte avait été donnée par cet infortuné prince à M. de Curt , député de la Martinique , pour services personnels rendus au Roi : je l'avais acquise de sa veuve pour le prix de soixante-quinze louis. M. d'Ântraigues accepta mon^ cadeau, et m'écrivit à cette occasion la lettre suivante, datée du i*' de juillet 1807.
a Tai reçu hier au soir vos lettres, mon cher a M. Fauche, ainsi cpie la boite ornée du portrait «c de feu Louis XYL II est absolument contre mes « manières de recevoir des présens ; mais j'avoue a qu'il ne dépend pas de moi de refuser le portrait « de mon maître, qui m'est offert par celui qui a <c tant fait pour son service, et qui a tant souffert « pour notre cause ; je l'accepte, et je vous en « remercie de bon «œur, etc. »
Tétais donc fondé à espérer que M. d'Antrair gués se dévouerait nouvellement au service de Louis XYIII; mais quelques semaines lui suffirent pour me désabuser , en me montrant qu'il avait oublié ses promesses.
Déjà le Roi avait pris la résolution de quitter Mittau, et de se rendre par la Suède en Angleterre. J'en eus connaissance presque aussitôt par^ M. le comte de la Châtré % à qui le comte d'Avaray venait de faire part de l'intention du Roi , en l'invitant à se concerter j avec moi à ce sujet. «Voyez Fauche, lui disait-il , pour qu'il sonde oc nos amis , et aussi les dispositions du gouvercrnément britannique. » Je n'eus rien de mieux k faire que de prendre l'avis de sir Charles Flint, si dévoué à la bonne cause, et qui, de son côté, avait l'oreille des ministres prépondérans. a II «convient, me dit -il, que le Roi vienne ex « abrupto ; car si on en fait un objet de diplo- « matie, il pourrait être pris , à son égard, une « résolution qui ne le satisferait pas. Un parti « que vous connaissez, et qui voudrait tout con- « dnire , obtiendrait indubitablement une réso- «lution qui peut-être mettrait le Roi dans la «nécessité de se rendre ailleurs qu'en Angle- « terre. » En effet , Puisaye et d' Antraigues parlaient déjà d'Edimbourg. Je communiquai à l'instant ces informations au comte de la Châtre , et j'en fis une note confidentielle , que j'adressai directement au comte.d'Avaray par mon frère
' Depuis duc. de la Châtre.
4io MEMOIRES
François , qui était en station à Godiembourg , pour y soigner le service de la correspondance du continent.
Le Roi s'étant dirigé de Mitfau vers la Baltique au mois d'octobre , s'embarqua d'abord pour la Suède avec le duc d'Angouléme , et arriva sans accident à Grothembourg, où était depuis deux jours te duc de Berri, venant d'Ëlzinbourg audevant de son royal oncle et de son auguste frère. Le Roi y trouva aussi mon frère, qui eut le bonheur, dans cette circonstance, d'être utile non seulement au Roi , mais à toute sa suite. Ce Ait là qu'il fit la' connaissance personnelle de M. de Damas-Crux ' , menin de M^"" le Dauphin. Le projet qu'avait le Roi de passer en Angleterre avait transpiré ; déjà méine le roi de «Suède avait fait mettre à sa disposition la frégate suédoise la Fraya.
Le gouvernement anglais n'en avait encore reçu aucun avis officiel, mais seulement une communicatiçn par voie indirecte. Dans ces circonstances, M. de Puisaye et M. d'Antraigues se joignirent au parti que j'ai déjà signalé comme étant contraire à la présence et^ aux dépeins de Louis XVUI. Faisant tout ce qui était en leur pouvoir pour déterminer le ministère à ne pas
' Aujourd'hui le duc de Damas-Crux.
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recevoir le ÎEtoi, M. de Puisaye et M. d'Antraigues conseillaient de Fertvoyer de préférence à Edimbourg. M. Ganning était célni qui , dans le conseil, s'opposait le plus à FadMiission du Rôi en Angleterre ; ce ftit Kii qui ckai^ea M. Brooke , chef de \ alienroffice y de se reiidre à cet effet, immédiatement, à Yarmouth : ses instructions portaient de faire débarquer Louis XVin à Leith, port d'Edimbourg, et de lui donner pour résidence le palais de Holyroôd , le même où avait résidé M. le comte d'Artois. Une estafette y fut expédiée sur-ïe^hamp, avec Tordre de foire les préparatifs nécessaires. En même temps oh fit partir, pour tous les ports où il était possible que touchât le Roi^ des courriers avec des instructions de Tambassadeur de Suède destinées au capitaine de la frégate la Fraya : il lui était enjoint d'aller mouiller à Leith, d'y débarquer Tauguste voyageur, qui y trouverait des personnes chargées de le recevoir et de l'accompagner à Edimbourg.
informé presque aussitôt et des intentions du Roi et des ordres donnés pour diriger Sa Majesté vers l'Ecosse , je sommd M. d'Antraigues d'employer son crédit pour éviter au Roi un désap-^ pointement si préjudiciable à ses intérêts. Mais M. d'Antraigues , intimement lié à M. de Puisaye, n'était plus dans les mêmes dispositions* où j'étais,
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parvenu à le ramener au mois de juillet précédent. L'un et l'autre se croyaient intéressés à éloigner Sa Majesté, afin de rester les intermédiaires entre elle et le gouvernement britannique. Là lettre que m'écrivit M. d' Antraigues , sous la date du a6 octobre , ne me laissa plus aucun doute à cet égard. En voici un extrait :
oc On m'apprend aussi que Louis XYin va arec river, et qu'il est déjà à Sheemess; je souhaite «que ce voyage lui soit heureux; je le désire « pour la chose publique , et qu'il n'ait jamais de « reproches à faire aux conseils et aux intrigués or qui ont amené le Conseil à faire cette démarche, ce Au reste, tout cela ne me regarde pas, ne me « regardera jamais de ma vie ; et je vous prie à oc l'avenir de ne jamais me parler, ni m'écrire <^ rien qui y ait le moindre rapport. Je s^is Russe, (c je vivrai et mourrai fidèle sujet de l'empereur «de Russie, tant qu'il daignera me garder au «c nombre de ses sujets. »
Cette lettre faisait un contraste singulier avec celle qu'il m'avait écrite précédemment, et surtout avec ses promesses. Mais les démardbes des princes français , des amis du Roi , et la fermeté du Roi lui - même , allaient triompher de cette ligue malveillante.
Quand la Fraya eut mouillé dans la rade
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dTarmouth, Louis XVni apprenant la résidence qui lui était des.tinée, refusa de s'y rendre et d'aller débarquer à Leitb : « Ce n'était point , a dit-il, un asile qu'il venait demander; il en avait a un assuré en Russie, où il avait laissé la Reine V et Madame Royale, sa nièce. L'objet de son «voyage était d'une nature entièrement politi- « que, ayant uniquement pour objet ses intérêts a comme roi de France. » T^ Roi ajouta qu'il retournerait en' Russie plutôt que d'aller en Ecosse, ou plutôt, que d'être traité autrement qu'un souverain qui venait réclamer l'aide de la Grande-Bretagne. Ceci occasionna une délibération dn cabinet, pendant laquelle Louis XVUI fut obligé de rester trois jours à bord de ia Fraya.
L'influence de M. Canning fut contrebalancée dans le conseil. Les ministres se décidèrent en &veur*de la présence de Louis XVni, et l'une des causes principales furent les espérances que faisait naître la correspondance fictive qu'entretenait Perlet , é* dont l'intérêt se soutenait , comme on a pu le voir, par la direction que lui imprimait Buonaparte lui-même, ce qui lui don- , nait toute l'apparence de la véril ministres. Il en résulta un double côté le Roi semblait pouvoir s'ét:
sitiouB que nourrissait encore pou
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de la France, et de l'autre le cabinet de Saint- James Irestait réellement dans la persuasion quM existait dans Paris un comité royaliste clandestin composé de personnages infloens. Ainsi la Providence voulut qu'au moins les perfides madiinations de Perlet tournassent au profit de la cause du Roi dans cette circonstance décisive.
D'après ces motifs, et sur le refus formel cpi'avait exprimé le Roi de se rendre à Leith, et de là en. Ecosse , le ministère ne s'opposa plus à ce qu'il prit terre à Yarmoutb, comme il le désirait.
Nous fûmes immédiatement chargés , M. le comte de la Châtre et moi, de trouver aux environs de Londres une halûtation convenable où le Roi pût faire décemment sa résidence. Noos nous étions fixés à la superbe possession -de M. Drummond , à Stammore ; mais comme elle se trouvait trop rapprochée de Londres, et q^e, par une sorte de concession faite à la circonstance ^ on avait déterminé que le Roi resterait à la distance de quarante milles de Ig^rapitale, le duc de Buckingham offrit au. Roi, avec une grâce toute chevaleresque , son château de Gossfield-House, qui fut accepté.
Le Roi ayant débarqué à Gossfield-House, je me hâtai d'écrire la lettre suivante à M. le comte d'Avaray.
DE FAUCHE-BOHEL. 4iS
« Monsieur le Comte ,
« L'arrivée de Sa Majesté ici , dans les circon- « stances actuelles, est un coup d'Etat, et j*en « bénis le ciel ; mais , monsieur le comte , il est « instant que Sa Majesté trouve les moyens de o traiter elle-même , et le plus directemt « sible , ses intérêts avec les ministres , et q « de rien entamer, Sa Majesté soit mise :
« rant de certaines intrigues qui ont eu li' « qu'elle puisse les apprécier, et se préseï a embûches qu'on ne manquera pas de « pour entraver la seule marche qui puisse en- « core donner des chances heureuses et éloigner a les intrigues et les intrigans de toutes les classes. « Le Roi , Paris et les ministres , avec un homme « dévoué et de confiance , doivent seuls conduire (( des intérêts aussi majeurs , et croyez, monsieur « le comte, que toutes les fois qu'on sortira de « cette ligne , et qu'on voudra employer des « hommes sortis de France depuis nombre d'an- «nées, on ne fera, malgré leur talent et leur a prétendue influence dans l'intérieur , que des « victimes et beaucoup de mat. L'expérience du « passé ne confirme que trop cette triste vérité.
« Je suis, avec respect , etc. ,
«i Signée FAUCHE-BOREL. »
Je me présentai moi-même à Sa Majesté , et je
4i6 MÉMOIRES DE FAUCHE- BOREL.
lui rendis compte de Fétat des choses. J'osai lui dire que tant qu'elle ne traiterait pas directement avec les ministres de Sa Majesté Britannique , on, verrait ses intérêts livrés à des intermédiaires intriganS) tels que les Puisaye , les d'Antraigues et autres , qui gâteraient les affaires en voulant les faire cadrer avec leurs vues personnelles. Mon observation parut faire impression sur le Roi , et sur M. le comte d'Avaray en particulier. Sa Majesté daigna me faire cette question : Comment elle pourrait se mettre en rapport direct avec les ministres ? Je lui répondis qu'en s'adressant à lord Hawkesbury % ministre de l'intérieur, sa seigneurie s'empresserait , sans aucun doute , de se rendre à l'invitation de Sa Majesté, ce qui eut lieu effectivement ; et on peyt dire que la cause des Bourbons fut dès-lors en bonnes mains.
MM. de Puisaye et d'Antraigues ne me pardonnèrent pas mes démarches, qu'ils qualifièrent d'intrigues , et dès ce moment ils méditèrent leur vengeance jpojgLtr,e,^.i^:,,ojEi^y(epr^ dans le Chapitre suivant quels déplorables succès ils obtinrent , et comment je parvins toutefois à me garantir des effets de cette persécution d'un nouveau genre.
. ■ Depuis, lord Liverpool. «