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tannique, de mon firè^e, de mm y et de M. d'Antmigues^ mil n'avait ei» connaissance de la m^ sion politique de moa neveu. Quant à M. d*Anr traigiies, je n'avais aucun sujet de soùpçooner ses intentions ni ses vues^ non plus que sa fidélité pour la causfB qui avait été Poccasion et le but de notre liaison» S'étant annoncé lui-même à Londres, comme diargé dhine correspondance secrète avec la Russie ^ qui agissait aipra de coo^ cert avec l'Angleterre contre l'ennemi coamun , je lui avaÎGi communiqué l'objet et les détails de ma correspondance» avec le ccMnité royaliste de Paris. D'après la confiance que lui témoignait le secrétaire d'État lord Howick, je n'avais vu sl^ cun inconvénient à l'initier dans le secrel dm voyage de mon nev^eu.
M. d-Ântraigues me fii observer que ce matheureux jeune komme ayant eui dés lettres 4e recommandation- pour Qamboueg d'un des piremiers commis de la maison de Goûts et ccNaapa* gme (personne très respectsdile et digne de coor fiapce ) j il était possible qu'il eut été trahi par cette voie ; mais j'étais peu porté à fixer ^ndireotement un tel soupçon sur un homme qui ne pour vait avoir imaginé que mon neveu eut été chai^ d'aucune mission politique.
Ceci prouve du moins que M. d^Antraigaes,
même après la catastrophe, non seulement ne dirigeait point ses soupçons sur Perlet, mais ne révoquait même pas en cloute l'existence du comité secret de Paris. S'il parut changer d'opinion peu de temps après , s'il intrigua de concert avec M. le comte de Puisaye , pour s'emparer de la direction exclusive de cette correspondance , ce fut uniquement par des motifs d'ambition et de rivalité qui finirent par nous diviser^ et par semer, entre nous la mésintelligence.
M. d'Antraigues et M. de Puisaye , ligués ensemble, étaient mutuelletnent dévorés de l'ambition de conduire à eux seuls , et à l'exclusion même de Louis XVni , les affaires du parti royaliste. M. de Puisaye me dit en présence du cohite d'Antraigues et du général Danican : a Votre fortune est (c assurée : laisse^nous faire. Quant à Louis XYIII , oc il ^st à cent lieues de ce qui nous occupe : s'il ce peut se rétablir lui-même, tant mieux pour lui. «Je puis, quand je voudrai, être créé duc de <c Bretagne : j'ai deux cent mille hommes à ma et disposition. Croyez, nion cher Fauche, que nos « ressources sont puissantes , et que ceux qui s'at- 'c tacheront à nous n'y perdront pas.»
C'est avec de pareilles déceptions que MM. d'Antraigues et de Puisaye faisaient illusion au gouvernement britannique, ou aux ministres qu'ils
approchaient. Le comte d'Antraigues avait dit à Dumouriez : « Accréditez - moi au bureau de la « guerre , et je vous rendrai le même service aux « relations extérieures. » Je n'ai jamais appris que le comte d'Antraigues ait été reconnaissant envers Dumouriez ; mais je sais que ce dernier parlait de M. d'Antraigues comme du seul homme capable, de sauver l'Europe.
M. Canning étant arrivé au ministère, et témoignant le désir de se mettre en rapport avec quelques Français qui connussent bien l'état réel de la France , on lui désigna le comte d'Antraigues et Henri Larivière ; c'étaient , comme on a pu en juger depuis , les deux hommes les plus opposés à ce* que le ministère britannique s'occupât des intérêts immédiats des Bourbons , et à cet égard ils se mettront eux-mêmes à découvert à l'époque de l'arrivée prochaine du Roi en Angleterre , époque dont j'aurai aussi à retracer les particularités.
Une circonstance nouvelle vint encore me susciter de nouveaux adversaires, et un plus grand nombre d'ennemis. Voici comment : M. l'abbé Hatel, dit Le Moine ^ demandait au noble lord Howick un solde de 5,ooo livres sterling pour balancer, disait-il, les avances qu'il avait faites par suite de la correspondance secrète qu'il était parvenu à
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établir sur les côtes de Boulogne; dans le temps où Napoléon menaçait l'Angleterre d'une descente. Le noble lord n'ayant pas le loisir de prendre connaissance de cette affaire, lui donna d'abord un à-compte de deux mille louis, laissant le solde pour être payé après examen. Dans: ce même montent , M. Leclerc BoisvalojQ , qui était retourné en Angleterre, et quatre ou cinq agens subalternes de M. l'abbé Ratel, assaillaient le bureau des affaires étrangères pour obtenir des remboursemens et des indemnités touchant leurtravail, que l'abbé Ratel refusait de prendre à sa charge. M. Leclerc Boisvalon demandait une somme de deux mille loûis. MM. Durieu, Saint-Remi et autres, réclamaient des sommes plus ou moins considérables. . M. Ganning , en entrant au ministère , voulut mettre fin à ces réclamations , après toutefois les avoir fait examiner. Il pria M. Hammond , soussecrétaire d'État aux affaires étrangères, de me charger d'apurer les comptes de ces messieurs. Je vis ep conséquence M. l'abbé Ratel , qui me témoigna sa surprise de ce que j'étais choisi pour cet objet. Je liii observai que je n'avais rien moins que sollicité cette comn^ission. délicate ; mais qu'il ne devait pas craindre d'avoir affaire à moi pour un tel règlement; qu'au surplus il pouvait se rendre auprès de M. H^immônd, pour connaître
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les iotentions du ministre. M. Hammond lui coqfinna que j'avais l'ordre d'examiner ses comptes^ et que je l'avais si peu sollicité , que je ne demandais pas mieux qu'il réglât directement avec le ministère un objet de cette nature. L'abbé Ratel , en rentrant chez lui , m'écrivit une lettre assez déplacée, dans laquelle il déclinait mon intervention dans cette afiEaiire; je ne balançai pas à me rendre de suite chez M. Hammond, qui comprit parfaitement que, dans la situation des choses, il y allait de mon honneur que ce règlement ne pût avoir lieu désormais que par mes soins. En conséquence , il me remit un ordre par écrit pour que M. l'abbé Batel eut à s'entendre avec moi à cet effet Nommé ainsi définitivement pour examiner et régler le compte de M. l'abbé Ratel , dit Le Moiney par rapport au gouvernement britannique , il en résulta pour moi un travail aussi pénible que fastidieux , mais qui me mit au fait de la nature des agences de Paris , de Boulogne et d'Abbeville, ainsi que des principales circonstances qui accompagnèrent leur établissement, et amenèrent leur dissolution.
Je me bornerai ici à en relater la partie purement historique, sauf à en venir ensuite au résultat de mon examen et de mes opérations. Faisons connaître d'abord M. l'abbé Ratel.
DE FAYX»E-^BOR£L. S7S
M. Vûbhé Ratel ,til!it Le Moine^ ^gent ^des{)rtiices à Paris ) avait tl'al:AM*d é^éeùadsmtié k la êépw^ tsitk^ |ii»i* c0nttti»Me'^ àr<époqtiédfe la cùndaiMatioâ à âiort de Vkbbé Letnaitt^v en 1 795. S^élKSât trouvé ^ïjimte itnftiq&ê dan^ ^iBfiéreMes négomfiiDns et aiMte^ secrètes du jpàrtî royaliste découvertes par la police de Paris , et en dernier lieu au èujetide l'agence dirigée par M. flydè de ïîêuville en iddo^ il était lieureusetnent parven«i à se soustraire à tout^ les reoherdhes en se sauvant en At^eterre. Là sês l'elfirttom dan^ rintérieur delà France , et ses connai^ancè^ locales^ le firent employer de notrveau dans l'intérêt des Boui4>ons.
Î5e son côté , M. Leclerc Boisval<>n était alors , à Paiis, le chef de là correspondâ?nce secrète que M. Dutheil, à Londres , (eoYinnuniqûait au gouvernement britannique , au notodéfs pfinceà français.
Oii ise rappellera qu'à nrota arrivée à Paris, en ï 9où, , J'avàii&éfjé lïîis en rapport ^véôM. Léélerc ; mais j'ignorais alors complètement x^'il fût )e ptincipal correspondant de M. t)ûtheil à Lôtid^es. J'ai eu depuis, dans des débats d'îtitérèts privés , à me plaindre des procfédés de M* Leclerc ; mais à Dieu ne pïaise que mes différends avec tnpi me portent à le juger îdi avec prévention , ou à ne paÀ lui rendre historiquement la jUstiûe qui ïùi est due. Je l'avouerai, j'ai noùtrl à %on ^gard des
préventions; injustes; mais un examen approfondi des isàtSy et les papiers authentiques qui me servent de documens, m'ont mis sur la voie de la vérité et de l'équité ; or, je serai juste et vrai à l'égard de M. Leclerc comme à l'égard de tout autre. Je donnerai d'abord quelques notions sur ses antéôédens.
Julien-René Leclerc Boisvalon est né en i j&n , à Bazoches : il venait d'être fait prêtre lorsque la révolution éclata. Attaché aux anciens, principes, il se prononça ouvertement contre les nouvelles maximes. Exposé à de graves dangers pendant les crises du :3 1 juin et du i o août 1 79a , il n'échappa aux massacres de septembre. qu'en se réfugiant dans le bois de Yincennes.; mais dédaignant de profiter de ia loi de la déportation volontaire, offerte à ceux qui avaient échappé à cestnassacres , il rentra dans Paris, se dépouilla de l'habit ecclésiastique, et se fit clerc de procureur. Parvenu ainsi à se faire passer pour un homme de loi , il fut accrédité comme jurisconsulte. Son nouvel état lui permit de fixer à Paris son domicile. Là, il se lia successivement avec les hommes connus depuis pour avoir appartenu aux diverses agences du parti royaliste , tels que l'abbé Lemaltre, le chevalier des Pommelles, Brottier, etc. Bientôt même il s'asspcia à letirs tra*
vaux comme à leurs périls, de même que Fabbé Ratel. J'ai rendu compte, dans mon treizième chapitre % comment, par sa présence d'esprit, il parvint à sauver les papiers de l'agence , lorsqu'au mois de mars 1797 le Directoire fit arrêter les agens de Louis XVIII , Brottier, Lavilheurnoy et Duverne de Presle. M. Leclerc parvint à réunir les autres agens , et k faire prendre de nouvelles mesures pour l'accomplissement du plan prescrit par leUoi: les élections furent influencées; le parti royaliste prit un accroissement prodigieux; mais la catastrophe du 1 8 fructidor (4 septembre 1797) renversant toutes ces espérances, rendit nuls tant de travaux auxquels j'avais coopéré de mon côté. En 1800, M. Leclerc se rendit à Londres, où il eut avec M. de Conzié, évpque d'Arras, qui jouissait de l'entière confiance de Monsieur, frère du Roi, diverses conférences sut les moyens de rapprocher le général Moreau de Pichegru, son ancien ami. Sur la demande de M. dé Conzié, il lui remit un projet que le prélat accueillit, et qui vraisemblablement servit de base à celui dont on me confia l'exécution peu de temps après. A cette époque, M. Leclerc était retourné à Paris, afin d'y renouer les fils de la cor-
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respondâttce interrompue par b-sâisie des papic»^ de M. Hyde de Neuville. Attiré dans la capitale, il sy «entoura dlieaimes éclairés et courageux ; il etitretint avec le Rôi et les princes une correspondance très active , qui contenait des rap[>orts et des document précieut.
M. Lederc l'envbyait d'abord à Boulogne à M. l'abbé Ratel ^ dit Le M^iM, qui j était posté pour observer par lui-même ce point important, et pour foire passer à Londres ses renseigneinens partitculièrs avec ceux de la capitale par la voie des bateaux pécheurs de la càte.
M. Lederc n'employait qu'un secrétaire , dont il bornait les fonctions à copier les bulletins, ou à les écrire sous sa dictée. Il recevait , pour les émoluiâens de ce secrétaire et à titre d'indemnité pour lui-même , la iaible somme de sèise livres sterling treisse schellings six penoès par mois : ti n'avait pas demandé davantage.
Les indemnités que M. l'abbé Ratel> à Boulogncv, percevait pour lui personnellement formaient un chapitre de 'dépense bien autrement considérable. L'abbé Ratel s'était établi près de Boulogne , cheè une dame de c6nditîon sans fortunei Là il fit venir auprès de lui mademoiselle Spère, dite madame Derlan, avec qui il avait des relations intimes. C'était une perscmne d'aîilèurs
singulièrement déirouée au parti royaliste ^ et M^ périeure même à son sexe par son esprit^ son intelligence et son courage; elle y joignait les charmes de la beauté, ce qui explique ponrquc»^ dans son parti / on la désignait âooâ le nom de Belle-Peau,
L'abbé Ratel ne se trouvant bientôt plus assez commodément dans la jolie maison de campagne qu'il occupait aux environs de Boulogne, prit^ sous son nom , un château voisin , sans cesser de conserver la petite maison; il fit venir ses meubles de Paris, et en ^rnit son habitation nouvelle.
Au moment de la paix d'Amiens, il accourut promptement à Londres afin d'y solliciter des récompenses pécuniaires et un traitement annuel pour les services qu'il avait rendus jusquet-là. Le résultat de sa demande fut qu'il obtint^ tant pour lui que pour mademoiselle Spère , une somme d'environ mille huit cents livres sterling^ en argent , et un traitement annuel de six cents livres sterling, dont trois cent soixante livres pour lui-même.
M. Leclerc , au contraire , poussa alors la délicatesse au point de demander qu'il ne fût sollicité pour lui-même aucune récompense pareille de la générosité de Sa Majesté Britannique, parce qu'il n'avait jamais été mu que par le seul désir
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d'être utile aux intérêts de la cause commune de l'Angleterre et de la monarchie légitime. S. A. ]&. Monsieur y frère de Louis XVni, ayant désiré qu'il continuât la correspondance pendant la paix 9 il en fit le service comme par le passé et aux mêmes conditions.
Cependant, à Londres, c'était l'abbé Ratel qui allait succéder à M. Dutheil comme intermédiaire de la correspondance secrète entre les princes français et le gouvernement anglais. Des bruits, avants-coureurs d'une prodiaine rupture , ayant pris, au mois d'avril 1 8o3, une grande consistance, Tabbé Ratel manda à M. Leclerc que M. Dutbeil s'étant tout-à-fait retiré des affaires publiques , il serait son successeur pour la présentation des nouveisiux bulletins destinés à être communiqués au ministère anglais. Lorsque la guerre eut réellement éclaté , M. Leclerc lui adressa donc à luimême la correspondance clandestine, qui n'était, à proprement parler, que la continuation de la précédente, de la même manière, avec la même pureté de zèle, de dévoùmeht et d'intention, comme du temps de M. Dutheil.
Par événement, il se trouva alors en être le seul et unique chef pour toute la France ; il se fit un devoir rigoureux et même un véritable point d'honneur de la porter à un degré d'intérêt tel
qu'elle ne l'avait jamais obtenu auparavant. Ses efforts furent couronnés d'un succès quifut apprécié. Dans toutes ses lettres , l'abbé Ratel lui faisait les remercîmens les plus gracieux de la part du gouvernemopt anglais. Voici comment s'exprima depuis à ce sujet M. Leclerc. «La plupart de « ceux qui nous secondaient dans ce travail le fai- « saient uniquement par pur zèle, par royalisme, a par le désir désintéressé de pouvoir par là con- « tribuer au rétablissement dé Tordre en Europe. et Guidées par ce seul motif, beaucoup de per- « sonnes marquantes et en place s'empressaient «ide donner, soit à nous-mêmes, soit à nos amis « de Paris , les renseignemens qui parvenaient à c< leur connaissance. Grands et petits , riches et « pauvres, nous aidaient également de tous leurs (c moyens. Sans cette assistance gratuite et gêné- « reuse , jamais cette correspondance n'aurait pu « être ce qu'elle était , quelque somme d'argent « qu'on y eût d'ailleurs sacrifiée, w
Cependant mon arrestation et ma détention au Temple , et successivement les révélations de Querelle , ainsi que la saisie de quelques objets de cette même correspondance , ayant fixé l'atteûtion de la police sur M. Leclerc, il en eut avis, et s'éloigna de Paris par prudence, mais avec le dessein pourtant de se réfugier sur les bords de
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la mer, »jx environs même de Boulogne. Il savait qu'à la paix d'Amiens l'abbé Ratel avait alloué à la personne (c'était, comme on Fa vu, une dame sans fortune) qui l'avait caché chez «lie , au péril de sa vie y une petite âomme fixe par mois à titre d'indemnité. Il alla s'établir secrètement dans sa maison , jadis montée et louée aux frais de Monsusub, frère du Roi, mais dont <m avait déchargé depuis la cassette du prince.
Paris n'en restait pas moins le foyer de la correspondance : un chef ^ mis à la place de AI. Leclerc dans cette capitale; deux collaborateurs; un agent établi à Brest; un employé marquant du bureau de là guerre; un autre encore plus marquant du bureau de la marine, et le secrétaire de M. Lederc , telles étaient les personnes de l'intérieur dont les rapports secrets étaient ajoutés aiix siens.
On se procura le premier rapport général sur l'armée , circonstances et dépendances , dont l'état renfermait des détails aussi précieux qu4mmenses, quant au moral et au matériel : trois mille six cents francs furent alloués au commis à qui on en était redevable.
M. Lcclerc s'était établi près de Boulogne, parce que cette ville était le point essentiel, à «causé du rassemblement de toutes les forces de
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terre et de mer dont pouvait dispoaer Buompavte, et ^e d'ailleurs c^était précisément Veoidiroit pax où s'effectuaient les coinzDUtticat4on& avec l'Anglelerrek Mais une femme que: Fabbé Ratel avait Biécontentée à l'époque de la paix d'Amiens, après l'avoir initiée dana le secret dea af&ires du Roi ^ se porta, pa? pure vengeance, contre lui à révéler tout ce qu'elle savait , et à dénoiicer toutes les persojimes.de ee pays^là qui secondaient M. Leclerc dans soa travail
Il fut dès^lora obligé de se transporter ailleurs, et. il fit choix du voisina^ d'Abbe^Ue pour échapper mm perquisijtiions qui se faisaient^ soit à Boulogne > soit aux environs, à chaque instant du }Our et de la nuit. Mais le péril n'ea fut pas moins imminent , parce que cette ciircoBstance fit que la cete qui s'étend depuis le Hairre jusr qu'au-delà de Dunkerque fut tout à coup infestée d^une bande de: gendairmes déguisés et d'espions accourus de Paris, et faisant continuellement des incursions jusqu'il quinze à vingt lieues dans l'intérieur des terres.
Cet état yiolent , qui exposait à chaque instant M, Leclerc au danger d'être pris et de perdre ]a vie ,. ne l'empêcha pas une seule minute de suivre intj?épidemefitt le cours de ses opérations, qm, néanmoins , se trouvaient souviCtit éMravées. Il
paya jusqu'à quarante louis chaque commuaica*tion avec l'Angleterre. Elles étaient enfin solide^ ment, régulièrement et heureusement rétablies par le point duTréport , lorsqu'au commencement de février 1 8o4 les révélateurs de la conspiration, attribuée au malheureux général Pichegru, au général (reorges et autres, signalèrent cet endroit et les environs comme étant ceux où plusieurs conjurés devaient être cachés. M. Leclerc alors posté à Abbeville même, s'y croyait en toute sûreté. Mais le nommé Philippe, de Tréport, qu'il avait employé long-temps à porter ses paquets , s'étant vendu à la police , fit connaître sa retraite au général Savary , et cet agent de Buonaparte vint à Abbeville pour l'arrêter. Il se présenta. devant sa demeure dans la nuit du 1 5 au i6 février i8o4- M. Leclerc, donties soupçons étaient éveillés depuis plusieurs jours par les nombreuses arrestations qui avaient eu lieu , fut aussitôt debout, reconnut Philippe et les* soldats qui se cachaient dans la rue, réveilla Durieu, Fun de ses agens, et la dame Denys, propriétaire de la maison , à laquelle il traça la marche qu'elle devait suivre pour son propre intérêt, après leur évasion , qu'ils effectuèrent en franchissant deux murailles, dont une avait quasante pieds de hauteur. Us apprirent ensuite que
la veuve '. ùlippe à la
tête des g s menaces,
avait elle- t et Savary
à la cacb lement les
effets, ma 1ère. Parmi
ces papiers, il y avait des mÎQUtes de plusieurs bulIetÎDS dont on ne lui avait pas encore accusé réception, ou qui se trouvaient encore entre les mains de ses agens de la côte. La police les ayant publiés, les journaux français du temps en parlèrent, et le firent toujours en rendant forcément hommage au mérite de ce travail confidentiel.
Après son heureuse évasion d'Âbbeville , M. Leclerc prît la résolution de passer. en Angleterre; mais , presque nu ( étant dépouillé de tous ses effets), il lui fallait traverser le nord de la France , la Belgique , la Hollande , le nord de l'Allemagne , et ne voyager que la nuit; en un mot, il lui fallait courir mille dangers jusque dans le Holsteîn. Il ne pouvait regagner les communications avec l'Angleterre, et avec quelque apparence de sûreté, qu'en suivant cet itinéraire et s'armant de précaution. M. Leclerc partit d'Abbeville pour Saint- Omer avec un guide et ô/eas. chevaux; il prit un second guide , également à cheval , dans la Belgique , pour arriver plus sûrement à la frontière. Ceux-ci furent remplacés par d'autres, qui le
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conduisirent jusqu'en Hollande par plusieurs détours, de nuit, et «ans avoir été vus par \es nombreuses patrouilles des douanes et des gendarmes qui couvraient tout le pays à cause de la conspiration.
'n trouva les mêmes di£Gicultés et la même surveillance en Hollande ; il eut recours à des voitures extraordinaires et à de nouveaux guides pour franchir la frontière ^ ce ne put être qu'en se jetant de côté sur Émerick et par un nouveau détour.
Arrivé à Émerick , il apprit que Tétat des choses n'était guère meilleur en .Allemagne, et que Napoléon y faisait arrêter qui bon ïoi semblait. Il lui fallut, d'après cela, se diriger vers les bords de la mer par de petits endroits obscurs et ignorés, sans passer par les grandes villes, et surtout par Munster, où il savait que des émissaires français étaient eu permanence. Ces voyages furtifs si'exécutaient en extra-poste et par des chemins détournés. M. Leclerc arrive enfin à Stade ; mais il est forcé d'y rester en panne près d^un mois, tant à cause des gls^ces, que faute d'embarquement pour l'Angleterre.
Enfin il part de là sur un bâtiment pour Tonrïingen , d'où il met à la voile pour Londres. Il y arrive au mois d'avril 1 8o4 , et y trouve l'abbé
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Ratel, à qui il rend compte de ses opérations et de sa gestion, et en outre qu'une somme dé seize mille francs lui a été enlevée avec ses papiers à Abbeville par le général Savary.
£n jetant un coup d'œil sur le simple résultat du compte général rendu par M. Leclerc à l'abbé Batel, je vis que toute la dépense £sdte dans l'intérieur de la France pour l'objet seul dé la correspondance secrète, qui avait duré neuf mois, ne s'élevait pas au-delà de deux mille six cents livres sterling.
L'abbé llatel dit à M. Leclerc qu'il n'avait plus de fond^ entre ses mains; mais il lui annonça qu'il avait formé une demande en traitement annuel pour lui , demande pour laquelle il n'avait pu faire passer encore la décision définitive qui devait couronner les réclamations d'un plein succès.
Un mois ou cinq semaines après le retour de M. Leclerc à Londres , son départ pour le continent fut résolu de nouveau. U devait avoir principalement pour objet de rechercher et de retrouver, s'il était possible, le moyen de renouer la correspondance secrète avec les collaborateurs de Paris.
L'abbé Ratel mit àla disposition de M. Ledèrc, à cet effet , onze cents livres sterling d'une part ,
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et douze cent treize pistoles en or de l'autre. M..Leclerc partit de Londres le a5 mai, accompagné du jeune comte Dambly, qu'il avait connu dans son dernier voyage en Allemagne, et à qui il avait remarqué des qualités précieuses : il était animé par une grande chaleur de sentiment aussibien pour les intérêts de l'Angleterre que pour la cause de la monarchie légitime. Le jeune comte, d^ailleurs, savait l'allemand, et même un peu l'anglais. Tous deux allèrent s'embarquer à Harwich. Suivant ce qui avait été convenu à Londres, ik devaient d'abord aller s'établir à Westeriède, au milieu du duché d'Oldembourg , chez un aubergiste sûr : c'était un émigré français; et ensuite remettre la lettre de recommandation que M. Hammond leur avait fait donner, avant leur départ, pour M. le comité de Bentbeim , dont les États ne sont qu'à cinq lieues de Westeriède. Il eût été trop dangereux , surtout pour M; Leclerc, de se rendre dlTsum par terre dans le duché d'Oldembourg, puisqu'il aurait fallu traverser tout le pays de Hanovre, occupé alors par les Français. Un bâtiment parut nécessaire pour le transporter, avec son compagnon de voyage , sur les côtes du duché; mais le patron se dédit, et les deux voyageurs furent obligés de se rendre en extra-poste d'Usum à Tonningen. Là ils furent
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plus heureux; ils frétèrent un navire pour la rade de Stade, où ils arrivèrent en peu de jours. Prenant«ensuite , sur la côte et sur là route, des extra-postes , ils furent conduits ainsi à We&terlède, qui n'en est éloigné que de vingt à trente lieues.
. Ils y arrivèrent le ii juin; mais là toutes les tentatives pour faire conduire de suite le comte d'Âmbly furtivement à Paris, afin de s'y abou* cher avec les anciens collaborateurs de M. Leclerc, furent d'abord inutiles. On présentait le moment comme encore trop dangereux pour feire entrer clandestinement quelqu'un, surtout un Français, dans l'intérieur de la France; il fallait attendre , disait-on , l'issue du procès dé Moreau, Georges et compagnie; après quoi, la chose serait sans doute très praticable. M. Leclerc prit le parti de temporiser, les circonstances n'étant réellement pas &vorables pour rouvrir une nouvelle correspondance : la surveillance de la police française, toujoursvtrès grande, exerçait partout son despotisme.
Sur ces entrefaites, le comte de Bentheim, qui était absent, revint <lans ses États, et fat informé de la lettre que M. {jcclerc avait à lui remettre de la part de M. Hammond. Le pays du comte ayant un port de mer, renfermait beaucoup d'es-^
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pions aux gages de Buonapaite ; aussi ne voulutnl s'aboucher ni avec M.Leclerc ni avec M. d'Ambly, qu'à trois lieues au milieu des bois , et^ moitié chemin de Yarel à Westerlède. M. Lecl^*c eut
rhonneut de lui présenter luincnéme le paquet que lui adressait M. Hammond. Il le lut, et assura M. Lederc qu'il lui é^t impossible de lui donner la moindre protection , même la plus indirecte, dans son petit pays , à cause des agens français qui y exerçaient une surveillance vraiment in^ quisitoriale. Il l'exhorta à rester à Westerlède, qui étant située dans les bois, à une grande distance des iHJIes environnantes, lui paraissait à lui-même un lieu plus convenable pour la sûreté des deux voyageurs. '' . .
La réponse des ag^is mis en campagne ne fut pas plus £&vorable pour la rentrée du comte d'Âmbly en France par la Hollande et la Belgique : on ne voulait pas sortir de ce point*là. Il &llut attendre.
M. Leclerc rendit compte de toiftes ces circonstances à l'abbé Ratel dans sa correspondance , qui se faisait en encre sympathique. Il résolut alors d'envoyer chercher en France un homkne de campagne nommé Benoît, qui lui avait servi de guide jusqu'à la frontière, lors de sa ^te, et 'sur lequel on avait aussi spéculé à Londres. Cet
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homme était depuis le . commencement de« la révolution expert dans l'art de faire pénétber furtivement les frontières de France , soit pour y entrer^ spit pour en sortir. M. Leçlerc manda aussi un jeune négociant de Groningue, bien pepsant, qui, après l'avoir accrédité àVarel, lui avait fait offre de service. Il lui envoya un exprès à cheval : cet émissaire amena avec lai le négociant, qui consentit volontiers à se rendre près dudit 3enoit, pour le presser de venir s'aboucher ^vec M< Leclerc , en Allemagne.
Diepuis le 25. de juillet, jusque vers le i^' septembre, que le comte d'Ambly partit décid^ent })our se rapprocher des frontières de ce coté du Bhin, M. Leclerc fit de fréquens voyages à Iiingen, à Ëmden, à Oldembourg, etc., dans la vue de pénétrer tout ce qui se disait et se passait 4aBS le. nord de rÂllemagne, par rapport aux Français. U ajoutait par là ses propres rensei-* gnemens au bulletin des agens d'un baron hollandais qui avait désiré . se mettre en communication avec les ministres de Sa Majesté Britannique. M. Leclerc ne dissimulait pas à l'abbé Eatel qu'il était lui-mémê extrêmement mécontent du peu d'intérêt qu'il trouvait aux nouyelles qu'il lui envoyait.
Dans ses voyi^es^ il eut occasion^ 4^ se her
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avQp deux commissaires de l'armée française de Hahovre, qui lui apprirent qu'entre autres, un nommé Mactel, maître de langues, demeurant rue Piccadilly, à Londres , était un des espions du gouvernement français, en Angleterre : il fit part de cet avis à l'abbé Ratel , qui le communiqua au gouvernement anglais.
Le comte d'Ambly partit enfin pour Munster, où il devait essayer de s'accréditer auprès du colonel prussien d' Yvembis , pour lequel il avait une lettre ancienne de recommandation. S'il réussissait dans ce plan , il devait passer outre jusqu'à ce qu'il put fi^nchir la fi*ontière d'une manière ou d^autre. M. Lederc lui remit trois cent soixante fi*édérics, tant pour ses frais de route, que pour les premières dépense^ qu'il aurait à faire dans l'intérieur. Il fut bien accueilli par le colonel d'Yvemois , qui lui fit donner par le général gouverneur de Munster un passe-port, comme Neuchàtelois , avec lequel il s^avança vers Francfort, pour y concerter sa rentrée en France, avec un négociant de sa connaissance particu-lière. Il informa de ce bon succès M. Lederc, qui avait depuis*long-temps le dessein de se porter lui-même à Munster, pourvu qu'il pût s'y accréditer, ce qui était indispensable, à cause de deux espions que Buojaaparte y entretenait en qualité
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d'agens diplomatiques pour le service de.soa année de Hanovre. Il fit dès4ors un voyage à Munster pour aller y prendre des informations provisoires. De Munster, il fut à Coesfeld, ensuite à Billesbeck, où il trouva enfin l'un de ses collaborateurs, M. de La Porte, et mademoiselle Roussel de Préville ^ qui s'était également dévouée à la cause des Bourbons. Après quoi il revint à Westerlède.
Là, il rendit compte à l'abbé Ratel de la néces« site où il se trouvait d'aller se fixer à Munster; cette ville étant pliis centrale, il Itii conviendrait mieux deVl'babiter sous tous les rapports. Il quitta Westerlède , extra-poâte , pour Munster v le I*' novembre 1804. De là, il fut sur les bords du Bbin , pour s'y aboucher avec le négociant allemand qui avait contribué à la rentrée du comte d^Ambly, dont il n'avait plus aucune nou* velle. Ce négociant, qui lui servait d'intermédiaire, lui confirma qu'il avait préparé et procuré le passage du Bbin san$. malencontre au jeune voyageur;, qu'il l'avait guidé et accompagné jusqu'à Aix-la-Chapelle. M. Leclerc n'apprit que plus tard que le malheureux comte d'Ambly était devenu fou peu de temps après son arrivée à Paris : ce fâcheux contre-temps l'affecta beaucoup et dérangea une partie de ses combinaisons. Après
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son entrevue avec le négociant allemand, il revint à Munster, et s'y fixa.
Ceci explique pourquoi je le rencontrai dans cette ville à ma sortie du Temple , et à mon passage pour me rendre à Berlin. J'ai laissé entrevoir les préventions et les défiances qui s'étaient empa^ rées de mon esprit à Toccasion de cette rencontre^ que je n'avais pu croire fortuite. Ces préventions n'ont pu se dissiper qu'en Angleterre, et quand j'ai eu connaissance de tous les faits qui précèdent.
M. Leclerc Boi^valon était à Munster au moment où Buonaparte faisait enlever /contre le droit sacré des gens, le ministre de Sa Majesté Britannique à Hambourg, sir Georges Rumbold, et où lui-même apprenait sa propre condamna*^ tion à mort par contumace , condamnation pro* noncée par la commission militaire séante à Rouen '. Il n'en resta pas moins ferme au poste dont il avait fait le centre de ses opérations.
En 1 806 , il envoya droit à Paris le négociant allemand qui lui servait d'intermédiaire , à l'effet d'y voir en son nom ses connaissances et ses anciens collaborateurs, n'ayant pas eu de leurs nouvelles par suite de l'accident survenu au comte d'Âmbly.
' L9 10 bniaaire an xm, 1*' noyembre i8o4-
Le nord de rAUemagne ayant été envahi cette même année par les troupes de Napoléon , M. Leclerc vint se réfugier de nouveau en Angleterres II y produisit son compte de dépense que le ministère n'avait jamais le temps de lire. Prenant alors en secret la résolution de rédiger un mémoire très circonstancié de toutes ses opéra* tions y il entra dans les détails nécessaires pour mettre toute sa gestion dans le plus grand jour. <r Je croyais, y disait-U , qu'en éclairant ainsi la re* ce ligion du gouvernement sur tant d'événemens tf passés , ce serait le mettre lui-même à portée a de juger sainement de ce qu'il y aurait de plus a convenable et de plus utile à faire dans Tinté- « rêt de la France , soit qu'il voulût y rétablir une « correspondance secrète, soit qu'il se décidât à « y tenter un jour quelque autre entreprise que « ce lut. »
Mais M. Hammond , qui avait fort goûté les bulletins de M. Leçjerc Boisvalon , ne voulait pourtant voir etreconnaitre que la. personne qui avait été l'intermédiaire entre lui et M. Leclerc. Cette personne , c'était M. l'abbé Ratel. Quand M. Leclerc sut que j'étais chargé de l'examen des comptes de ce dernier , il eut recours à moi , et me communiqua son mémoire et ses réclamations.
^9^ MÉnrOIRES
« J'ai articulé , m'écrivit-il % comme constant «que les frais de la correspondance secrète <x n'avaient pas été au-delà de 3,3oo livres ster- « ling, sur quoi a,ooo seulement avaient été reçus flc par moi jusqu'au mois d- avril 1 8o4- Si le miniscc tère a réellement délivré pour le même objet «ç 1 5 à !io,ooo liv. sterling , comme j'ai les plus a fortes raisons de le croire, ibest évident que le <x surplus de la dépense effective doit entièrement ce se trouver dans les mains de M. Le Moine ( l'abbé <K Ratel ) , ou dans les miennes propre
«t Tai demandé la vérification de ce fait impor- « tant qui intéresse essentiellement mon honneur. « L'honnête homme provoque toujours, en pareil « cas, la plus grande lumière : le fripon seul va se «c cacher dans les ténèbres les plus épaisses. Il ce s'agit ici de mon honneur et de ma probité qui « me sont mille fois plus chers que la vie même. ce J'ai souvent bravé les dangers de perdre celle- « ci ; mais nulle considération sur la terre ûe me c( ferait abandonner les soins de ma propre répu- (c tation , à quelque extrémité que je me trouve « réduit ou en proie.
ttJe dois être jugé digne d'être lu, vu et « entendu.
' Mai 1807.
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« Dans cet état de choses , je vaus conjure , « monsieur, au nom de l'amitié et des services ré- » ciproques que nous avons été dans le cas de «nous rendre avant et pendant votre affreuse tx détention au Temple , de vouloir bien user de « tout votre crédit auprès de S. Ex. M. Çanning, ce pour qu'il daigne engager M. Hammond à me « lire y à m'intèrroger, à m'entendre , à me con- «fronter, s'il le faut, et à me juger sans répu- «c^nance comme saps prévention. » ^
Tout ceci me fit voir clairement que, dans l'esr pace de trois années au plus, dés sommes considérables, qu'on faisait monter de i5 à ao,ooo livres sterling, avaient été délivrées par les ministres du roi d'Angleterre pour les seuls frais de cette correspondance secrète ; que M. Leclerc n'avait dépensé pourtant que 3,3oo livres sterling, sur quoi a, 000 livres seulement avaient été reçues par lui.
De l'examen des comptes de M. Leclerc il résultait un reliquat en sa faveur de 1,891 livres sterling, ou 45,4oo francs, qui lui furent payés, grâce à mes soins et à mes diligences.
L'apurement des comptes de M. l'abbé Ratel donna lieu à un travail plus pénible. Il réclamait encore 3,ooo livres sterling. Le résultat de l'examen de ses comptes fut que nçn seulement il
n'avait aucun droit à cette balance , mais encore que c^était à lui à satisÊdre les justes demandes des cinq agens secondaires qu'il avait employés, et qui , pour avoir des indemnités , assiégeaient les bureaux du gouvernement. Ainsi, non seulement la trésorerie, par mes soins, fut débarrassée de la demande de 5,ooo livres sterling ùAto par ces divers agens 9 mais encore des 3,aoo livres sterling réclamées comme balance par l'abbé Rate); et pourtant il n'eut point à se plàindl^e de mes jprooédés. Je puis assurer d'ailleurs qu'il n'était nullement à plaindre luirméme : cent fois , et peut'-étre plus, on lui avait entendu dire qu'il suivait une théorie admirable, et mémein£aiillible, afin de faire valoir les fonds que le gouvernement anglais mettait à sa disposition pour le service de la correspondance secrète.
M. Canning , très satisfait de ce règlement de compte , me le fit témoigner, et chargea M. Ham^ mond de mettre à ma disposition une somme de 1000 livres sterling par an pour fixer les pensions des divers agens dont on voulait reconnaître les services.
Je reçus , à cette occasion , de M. Leclerc Boisvalon un nouveau mémoire qu'il m'adressa ^ le ^% juin 1807, en ma qualité de commissaire nommé par le gouvernement ^ pour lui faire un
rapport sur les traitemens promis à plusieurs personnes qui ont été employées dans f intérieur de la France pour la cause de la légitimité.
Ce Méiqoire se terminait ainsi :
cr II ' résulte évidemment de cet exposé que, fft jusqu'à ma fuite de France au mois de mars « 1804, j^ai fait, au péril continuel de ma irie, le <c service de la correspondance avec le plus grand <t désintéressènient , avec le dévoument le plus' <c pur, et dans l'unique vue de contribuer de mes <c faibles moyens au rétablissement de la monar- « cfaie légitime dans ma patrie, et par suite au « salut du reste de 1-Europe , qui s'y trouve si incctimement lié. Pour cet effet ^ je n'ai pas craint « d'exposer tout ce que l'homme a de plus cher « au monde. J'ai tout perdu , même jusqu'à la a possibilité et à l'espoir de pouvoir jamais reçu*- « pérer l'état aussi lucratif qu'honorable que ce j'exerçais alors à Paris* Pour toyt dire, en un a mot , je suis condamné à mort , uniquement c< pour les services constans que j'ai eu le bonheur <r de rendre à la cause pendant si long-temps. f:c C'est pour m'indemniser de tous mes sacrifices ce et pour me récompenser de tant de pénibles <ic travaux , qu'un traitement annuel m'a été pror( mis ; il ne m'appartient pas d'en déterminer la c< quotité;
4oo BIÉlfOIRES
« Mais je le dirai hardiment , et sans crainte ce qu'on puisse prouver le contraire, mes services a ont été certainement beaucoup meilleurs , de ce plus longue durée , et surtout bien plus désina téres&és que ceux de M. Le Moine. Il a demandé te et il a reçu des récompenses pécuniaires et un «c traitement annuel, dans un temps où j'ai ex- « primé l'intention et le désir qu'il ne fut rien «sollicité pour moi, tant parce que je n^avais nul oc besoin alors, que parce que je n'avais point été 4c déterminé par quelque. vue d'intérêt que ce fut.
41 II n'exerçait en France aucune profession dont
<c la privation puisse exciter ses regrets , tandis a^que j'y en exerçais une dont la perte est très (c considérable pour moi. Il jouit déjà, depuis plus « de quatre ans , d'un traitement annuel de trois «c cent soixante livres sterling, sans parler de celui «c de mademoiselle Spère, de deux cen^ quarante a livres, qui ne figure pour ainsi dire là que <( comme son préte-nom.
a Je m'abstiens de pousser plus loin ce parai- « lèle , quoique je puisse le faire avec avantage
« sous beaucoup d'autres rapports - ^e finis
« enfin par déclarer que , si je n'avais pas été <K flatté d'avance de l'espérance d'être utile à la <c cause de mon Roi légitime en me livrant à ce ce dangereux service, je n'aurais jamais consenti à
«me charger d'une semblable besogne, quand « bien même on m'eût o£(ert , dès ie commén- « cernent , les récompenses pécuniaires les plus « grandes et le traitement annuel le plus consi- « dérable. La raison en est bien simple ; c'est qu'il a fut et qu'il sera toujours hors de mes principes « et de mes sentimens d'exposer, pour quelque (c intérêt pécuniaire que ce soit , mon : existence « et ma tranquillité personnelle , ainsi que je l'ai ce fait à chaque instant de ma vie pendant tant a d'années, pour le service, de là /correspondance « secrète. »
On avouera que les observations de M. Leclerc méritaient une attention particulière, et je puis dire que je les pris en très sérieuse considération. Mais, d'un autre côté j je' trouvai que la somme qu'on mettait à ma disposilion pour fixer les pensions des- agèhs dont on voulait récompenser le mérite, n'était pas suffisante ; je demandai que, pour être complétée , elle fût portée à douze cents louis par an , ce que le ministère accorda avec sa générosité ordinaire. En conséquence, les agens furent satisfaits, ou du moins je fis pour le mieux. Guidé par le sentiment d'abnégation qui me dominait, et n'usant de mon crédit que pout* les autres, je n'oubliai que moi dans la distribution des faveurs du gouvernement britannique. Quant