‹ MémoiresChapitre 8 sur 36 · TOME III · texte numérisé non relu

TOME III

s'opposait; et tout iranqi de froid, il regftf^Qitit eu^ite 4a couche en t^toQpant , Mtns même être sOMlagé. C'était alors que les accès de toux le prenaient) et qu'il attendait le jour avec angoisse. Q^Qf) -la crainte de troubler le ^omrneil de num neveu , il ttuissaip tout doucement sous sa couyefture. Mon neveu ne pot;v^t liù ê^re d'aucun secours, et s'irritant de la persécution dont U le voyait )a vfctirqe , ^ laissait aller k des traP^ports d'indignatipn cpie ce boa vieillard lui-mêine cherchait k qaodérer. « Allons, i|llons, pas de «colère, Ini disait-il; tous ces piaux seraient «t quelque jchose pour un jeune bomnie comme « vousj mais pour na vieillard fie mon ^^, ç^n f u'e^t rien ; tfiut cçci n'est ppnr moi qw'une « ^ll^laire expiq^oo- »

Ç,e fpFÛhÇHreux vieillard ^tait réduit ^ la ration de la prison- Q">'PP i"£B P^r (îçla seul de son état de dénùment. Mon neveu me fit dire, par le fidèln Peschi^mps, de lui procurer une bputeille de vin et dij spcre : je n'y manqnai pas. C'ét^t pour soutenir un peu les forces de ce vieil figonjsant : il lut en passait quelques cuillerées par un« petite ouverture qui se tronvait a^ bqs (le la cloison : c'était avec beaucoup de peine que le vieillard s^ baissait pour les prendre et les portpf à sa boucht). top. le brusqua un jour parce qu'il lui de-

mandait un oreiller et une couverture de plus, ce qui fit que mon neveu, indigné, ne désignait plus Popon à son c<»npagnon d'infortune, que par le nom de Judas Iscariote : ils prirent tell^ ment Fhabitude de lui donner ce nom affreux , que, par inadvertance , le vieillard lui-même loi dit uq jour : a M. Judas , ayez la bonté de m'ap* « porter de Veau* »

Les souffrances de cet infortuné augmentèrent à un tel point, qu'il resta gisant sur son grabat, «t qu'il devint dés-lors impossible à mon neveu -de converser avec lui : il n'entendit bientôt plus que le son plaintif que produisait sa respiration , toujours de plus en plus empêchée* Au milieu de la auit, mon neveu fut réveillé par le bruit que faisaient plusieurs personnes, réunies vraisem*blablement autour du lit du malade, et qui parlaient tantôt haut et^tantôt bas. Il reconnut la voix de Souper, médecin de la prison , et bientôt après celle du vieillard , qui paraissait prier avec beaucoup de ferveur. Â un silence remarquable succéda bientôt après des exclamations de colère : « Sortez d'ici, infômes! dit le vieillard avec une a force extraordinaire ; ah ! vous voulez savoir où « est mon fils? vous ne le saurez pas! laisse^moi cr mourir ! vous n'êtes pas un prêtre du Seigneur, « vous êtes de la police !»

Ils sortirent tous , emportant la lumière ; mon neveu n'entendit plus que les accens de douleur du Vieillard épuisé. Le lendemain matin , après un instant de sommeil , en se réveillant il n'entendit plus rien du tout ; le vieillard n'était plus dans son cachot : on l'en avait arraché pour le 4;ransporter à la Force, où il mourut quelques jours après, selon ce qu'apprit d'un des guichetiers mon neveu avant de sortir du Temple.

rétais de mon côté très malheureux personnellement , et très inquiet de ce qui pouvait arriver de fâcheux à Pichegru et à Moreau. Ce qiie m'avait dit M. Desmarets quand j'avais été ramené au*Temple, ne sortait pas de mon esprit. Si le gouvernement avait en effet saisi tous les fils de la conjuration, il était évident que Biionaparte en savait assez déjà pour pouvoir juger tout le parti qu'il pourrait en tirer contre deux généraux qu'il regardait comme ses plus dangereux ennemis. Ce fut alors que pour colorer son injustice envers Pichegru, et en même temps se débarrasser de Moreau, il fit remuer tous les ressorts de la police, dans l'idée d'obtenir de moi des révélations qui compromissent l'un et l'autre de ces généraux.

Je n'étais resté ^u secret que neuf jours , et j'en étais redelvable à la lettre que j'avais adressée à

DE rAUCHE-BOREL. »&

ma femme : j'ai dit que cette lettre était destinée pour Fauconnier. Je l'avais prévenu] qu'elle lui parviendrait , de sorte qu'à sa^ réception il courut la livrer à la police. Là, on s'en amusa beaucoup, à cause du ton plaisant et jovial qui y régnait : c'était un oiseau en cage qui chantait en reprenant son vol. Cette lettre porta dans les esprits la conviction que je ne m'étais évadé que pour retourner au sein de ma famille, et que, par conséquent^ je ne tenais en rien à là conspiration dont on prétendait avoir saisi tous les fils.

Le conseiller d'État Real se montrait seul moins crédule. C'était lui d'ailleurs que Buonaparte venait d'investir d'un grand pouvoir d'investigation, pour suivre et compléter les recherches dans cette importante et nouvdle affaire. Real avait montré une grande joie en apprenant que j'étais tombé dans ses filets. Il se réjouissait de* tenir enfin celui qu'il retrouvait , dîsait-il , dans toutes les bonnes occasions , voulant désigner par là les différentes tentatives que j'avais faites dans l'intérêt du pouvoir légitime. Il souriait singu* lièrement à l'idée de posséder sous les verroux du Temple le libraire qu'on vofait si souvent ^ selon ses propres expressions , accourir à Paris avec un manuscrit sous le bras et une cons^ piration dans sa poche.

iS MÉMOIRES

Le 3i janvief il vint au Temple ai grande tenue, me fit appeler au greffe , et après m'avoir hit asseoir, me dit d'un tou composé et poli :

« Je suis Real , honoré de la confiance du pre* tf mier consul pour vous interroger. Vous savez « que c'est moi qui ai décizîfiFré la correspondance «c trouvée dans les fourgons du général Klin^in ; <c que je connais en conséquence toutes vos rela-«c( tions avec un général traître à la patrie , et qui tf n'a cessé depuis sa déportation de servir les (t ennemis de la France ; nous savons que vous ce connaissiez ses projets et ses plans à Tépoque ce du i8 fructidor. Nous savons que partant de « Londres , vous n'êtes pas venu à Pftris sans de « nouvelles instructions de sa part, pour des mi- « litaires ou personnes ayant des places dans le c( gouvernement. Nous connaissons votre fana-^ « tisme pour la royauté. Vous êtes l'agent le plus ce actif des ci-devant princes français et du gour a vemement anglais.

« Si vous n'êtes pas vrai dans lés réponses que « j'attends de vous, je puis vous livrer à une cornet mission militaire , qui en vingt-quatre heures « peut finir votre affaire.

tf Par exemple, il est inutile de continuer, ainsi cr que vous l'avez fait dans vos précédens interlï rogatoires , l'éloge d'un général qui a perdu

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ff la confiance de la nation , et qui &'est rendu « aux ennemis de la patrie. Tous avez été chargé «c par lui et les princes de réorganiser de nou* a velles intrigues dans Paris. Vous êtes d'ailleurs «arrivé sous un nom supposé., et vous avez a ainsi cherché à tromper la surveillance de la « police; mais croyez qu'elle est très biefn instruite « de tout ce que vous êtes venu faire.

« Je yoUs dispense aussi de me parler de l'af* a faire de Bâfras ; elle nous est suffisamment «c connue^ »

Je puis affirsÉer que ce préacbbul^ de M. Real est rapporté ici à peu près mot k mot*

Les manière^ et le ton de M^ Real m'inspiraient une sorte de confiance, et en le fijiant avec calme et attention ^ je lui répondis de la mdnière suivante.

. û Je suis bien chanâé que le premier consdl ^ ait investi de sa confiance M. Réal^ et qu'il toit « chargé de m'interrogér.

«Puisque vous ave2 déchiffré vous-^m'éme la «dorrespondanoe d'Offeiiibourg, vous aVè:^ pu « ju^er mieux que personne la part que j'ai pu y « prendre : ma mission auprès dû général Piehea gru n'a rien eu que d'honorable , et sous ce tf rapport j'en appelle à tous les tribuuau jl et à « tous 1^ partis en Frstnce. De gfàcé , mettez-^6i

^ en jugement , aj&n de terminer une captivité qui « ruine ma famille et mes affaires, pour lesquelles ce je 5uis uniquement venu à Paris, avec un passe^ a pprt sous mon vrai nom. » ^ •

Je répondis conune je le devais k toutes les questions que me fit le conseiller d'État Real , et en même temps avec les ménagemens que commandait ma position. A l'égard de Pichegru, je répétai en substance ce que j'avais dit dans mes . premiers interrogatoires du mois de juillet 1 802 , qu'il était naturel de croire que ce général aurait désiré faire au 1 8 fructidor ce que Buonaparte avait fait ensuite lui-même au 18 brumaire ; que s'il eut réussi, la France aurait quatre cent mille hommes de plu$ ; qu'elle n'aurait pas perdu sa marine en Egypte 9 qu'elle aurait conservé Saint-Domingue, et qu'enfin à cette époque il n'y avait aucun bon Français qui ne souhaitât un changement dans le gouvernement que Buonaparte , plus heureux , était venu renverser le 1 8 brumaire.

M. Real m'avait prescrit de ne point parler de l'ex-directeur Barras, et je me bornai à dire que je n'avais rien à révéler à son sujet, puisque Buonaparte avait reçu de Barras lui-même toutes ses confidences.

Pojur donner plus de force aux accusations qu'on préparait contre Pichegru et Moreau,

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M. Real voulait que je reconnusse comme autographe et véritable la pièce que Buonaparte prétendait avoir trouvée en Italie ^ dans les papiers du comte d'Antraigues , et en outre que j'avouasse que j'étais venu à Paris pour négocier avec Moreau et y suivre les intelligences de Pichegru et de Ge()rges. Je répondis sur ce dernier point, qui * était le plus délicat, que sachant Pichegru et Moreau brouillés depuis le 1 8 fructidor, je n'aurais rien vu de criminel en cherchant à les réconcilier, si j'avais été en mesure de le faire ; que je l'aurais désiré tout autant que dé voir Buonaparte rappeler le conquérant de la Hollande , et contribuer ainsi à opérer le rapprochement de trois hommes véritablement faits pour s'apprécier et s'estimer; que relativement aux intelligences dont il était question , de Pichegru et de Georges à Paris, je n'avais aucune idée de ce qu'on voulait me dire ; que je ne connaissais que très superficiellement le général Georges, l'ayant peu vu à Londres; mais qu'il devait paraître évident à M. Real lui-même , qui me questionnait, qu'étant détenu au Temple depuis un an et demi , je ne pouvais* être au fait de ce qu'on tramait au-delà des mers.

Enfin, quant au papier dont on exigeait de moi la reconnaissance, je m'y refiisai obstiné -

9<i MÉMOmiS

ment Je demandai à eet égard deux chdieà :

d'abord qu'on me produisit cette pièce (|u'on disait avoir été trouvée dans le portefeuille dil comte d'Antraigiles ; car ayant une connaissance paMiculière de son écriture ^ je pourrais jiiger si lé document était authentiqué ; ensuite je demandai à être confronté avec M« de Montgdillard, qui prétendait àvbir appris beaupeoufi de choses de * ' Pichegru, quoiqu'il n'eût jamais pu l'aborder, k raison du mépris qu'avait pour lui ce généraL On se garda bien de m'accordef l'une ou l'autre de ces demandes , de sorte que mes réponses devinrent inutiles ati projet de Buonapdtte.

Toutefois M. Real , itistruit par M. Destoarèti» des circonstances dé ma querelle à Neuchàtel avec M. de M ontgailjàrd , au sujet des lettres qti'âvait réclamées le prince dé Cdndé , itie fit ob« ^ server qu'il serait bien aise de pouvoir mettre ce récit sous les yeux du premier cotil»ul. Je tue hâtâsii de le rédiger dans tous sed détails, et il parut si curieux à Buonaparte j ^u'it chargea M. Dés^ marets d'en faire vérifier les faits sûr les lieux mêmes. M. Desmarets donùa cette tnissipti k M* J.*H. L'Hardy. Son rapport coffstàtànt là vérité de ma déclaration à cet égard , oit en inféi'à que j'avais été sincère dans mes autres répdtisës ; et ceci i avec d'autres circonstances qù<ï je rappor-

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terai ^ contribua dès-lors à me placer dans une position moins fa<^eiise.

La chambre que j'ayàis habitée venait de m'étre rendue ; de plus on leva le secret de mon neveu ^ qui n'était plus visité gue par le rancunier con* cierge : mon neveu fut placé dans la mifae chambre avec moi. Cette réunion inopinée fut un sujet de félicitation réciproque ; car nous avions bien souffert Tun et l'autre tout le temps qui s'était écoulé depuis que j'avais été repris. La surveillance d'ailleurs ne cessait pas d'être très active et très gênante. On ne perm^ait plus aux prisonniers de se promener ensemble dans la cour ;, on ne leur donnait qu'utie demi • heure pour prendre solitairement cet exercice-

Quand c'était le tour de l'abbé David de sor* tir, il dirigeait ses pas du coté de la cour où était la fenêtre de notre chambre ^ et là il nous faisait des signes d'intell^ence qui exjM^imaieilt son inquiétude. Il parvenait mém^ quelquefois k nous jeter furtivement de petits billets , quand il n'était pas observé de trop près : nous y répondions avec 2^1e quand cela nous était possible.

Cependant le troisième débarquement avait eu lieu le 16 de janvier, toujours au pied de la falaise de Béville^ k l'aide du même cutter anglais qui avait facilité lès deux premietis sous le

commandement du même capitaine Wright. Cette fois Pichegru et .Lajolais étaient du nombre des arrivans jetés sur la côte. Georges Cadoudal, Raoul Gaillard et Joyau s'étaient portés au-devant d'eux , et les avaient accompagnés et dirigés sur Paris. Un quatrième débarquement était annonce. Pichegru venait presser le dénoûment.

Lajolais alla de suite chez Moreau pour le décider à voir secrètement Pichegfu, et à conférer ensemble. On savait qu'un sentiment prédominait dans l'âme de ces deux illustres mécontens , et faisait taire tous les autres : ce sentiment c'était leur haine commune contre Buonaparte , qui s'était emparé du gouvernement de leur pays : tous deux ne voyaient en lui qu'un oppresseur. Moreau consentit donc à voir Pichegru, quoiqu'il désapprouvât sa présence à Paris.

La première conférence eut lieu sur les boulevards de la Madelaine à neuf heures du soir; Georges y était. On ne put s'entendre sur les moyens d'attaquer et d'abattre l'ennemi commun. Les délais furent aggravés par de nouvelles arrestations très importantes que fit la police. Ces arrestations, qui se succédaient, ne pouvaient manquer d'amener tôt ou tard l'entière découverte d'une conjuration qui était flagrante.

La police en pénétrait chaque jour de plus en

plus le mystère , soit par suite du bonheur de ses investigations , soit*par le pur effet du hasard. Jlia tour du Temple semblait destinée à devenir le réceptacle des conjurés. Il s'y passa presque sous mes yeux un événement qui porta le dernier coup à la conjuration : je vais en rapporter les détails.

Athanase- Hyacinthe Bouvet de Lozier, officier royaliste , adjudant- général de Georges , et Tun de ses confîdens intimes , âgé alors de trentesix ans, Favait précédé à Paris où il avait des intelligences. C'était lui qui, sous. lé nom de Beau*^ vais , avait fait préparer une partie des stations pour les conjurés; c'était lui aussi qui recevait la correspondance d'Angleterre : en un mot , c'était l'im des agens lés plus actifs de la conjuration. Il avait fait louer par lai dame Saint-Léger, qui passait pour sa maîtresse, la maison de Chaillot n* 6, où Georges était allé descendre sous le nom de Larive àson arrivée à Paris. Actif et zélé, iï accompagnait fréquemment Georges et Pichegru dans leurs opérations clandestines. Il fut arrêté rue Saint-Sauveur chez la dame Saint-Léger, et conduit au Temple dans la première quinzaine de février 1 8o4* On le mit au secret dans une chambre voisine de la mienne et à côté du cbauffoir commun. Il fut assez rnaltraité d'abord ,

9^^ MB1IQIK£S

et r€0its spécialement à la garde de deux guiche* tiers , entre autres du nomm^ Savard : on l'interrogea très sévèrement. En proie au plus sombre désespoir, la nature de son interrogatoire frappa tellement son ipaagination , que, redoutant de compromettre par suite ses amis , il se pendit le i4 février vers minuit avec sa cravate de soie qu'il attacha au gond d'une porte. Heureusement pour lui, mais malheureusement pour Georges, Pichegru et Moreau , une circonstance fortuite fit qu'au moment même où il se pendait, le guichetier Savard entra dajis sa chambre. Nous fûmes les premiers , mon neveu et moi , à entendre les éclats de la voix de Sàvard criant à tue tête : Au secours ! au secours ! Un couteau l un couteau ! C'était pour couper le nœud de la cravate qui servait de corde au malheureux Bouvet , qui , délivré ainsi , tomba d'abord sur ses pieds , et puis tout dé son long sur le dos sans connaissance. Nous crûmes un moment, à cause du vacarme que faisaient les' guichetiers et les |>orte<:lefe , que ces gens étaient en querelle ets'entre-tuaient Comme nous prêtions l'oreille, nous entendîmes Fauconpier leur dire : ce Transportez-le dans le greffe ; il vient ec de donner quelques signes de vie. » Nous ne savions que penser : .ce trouble et ces paroles nous plongèrent dans l'anxiété le reste de la nuit.

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JLe &it e^t que d^iu^ minutes plus tard , c'en était iait de Bouvet de liosier, et qu'il eût em-^ porté son secret avec lui. Les soins qu'on lui pro* digua le ramenèrent à la vie* La poUce , instruite de cet événement, ordonna qu'aussitôt que le prisonnier serait en état de supporter la voiture , on eut k l'amener devant MM. Béai et Desmarets. Le concierge Fauconnier remplit sa mission avec un zèle iremarquable* Yers une heure après mi* nuit il fut dans le cas de conduire à* la police celui qu'il venait» par ses soins empressés, de rendre à l'ei^istence.

LÀ cet homme , qui avait voulu se donner la mort pour ne pas compromettre ses amis , et em* porter avec lui son secret, ramené des portes du tombeau n'en fut que plus accessible à la maladie de l'amour de la vie. Ayant demandé à être cou* duit devant le grand-juge , il fit devant lui une déclaration spontanée bien autrement importante que les révélations de Querelle , par la raison qu'étant lui-même plus avant dans la conjuration , il en connaissait toutes les ramifications , et en av^it si^ivi la pifirçhe la plus récente. Querelle, détenu au Temple depuis plus de tifois mois , n'avait rien pu dire qui fut dans lé cas de compromettre Moreau, et la police n'avait encore aucune dpnnée certaine spr l^ pré^ncie de Pi-

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chegru dans Paris , et surtout sur ses conférenœs avec Moreau , qu'on ne pouvait tout au plus que suspecter. ^

Il en fut tout autrement dès que Bouvet de Lozier eut fait la déclaration suivante :

ce Cest un homme qui sort des portes du tomce beau , encore couvert des ombres de la mort , a qui demande vengeance de ceux qui , par \eut « perfidie, l'ont jeté lui et son parti dans l'abîme « où il se trouve.

<( Envoyé pour soutenir la cause des Bourbons, <c il se trouve obligé, ou de combattre pour Mocr reau , ou de renoncer à une entreprise qui était «c l'unique objet de sa mission.

« Je m'explique :

ce Monsieur ' devait passer en France pour se « mettre à la tête d'un parti royaliste ; Moreau oc promettait de se réunir à la cause des Bourbons ; «les royalistes rendus en France, Moreau se « rétracte. "

' Aujourd'hui Charles X.

* Dans les débats, Qouvet de Lozier se rétracta sur ce point essentiel de sa déclaration au sujet de Moreau. «J'ai changé « d'opinion, dit-U, sur un point de ma déclaratioii , et j'en ai « pris note. J'ai dit dans n[ia déclaration que Moreau a donnd « lieu y a fait naître la conjuration. Je le croyais; mais il me u paraît démontré c|ue Moreau n'a pas donné d*espérance ni M fait naître la conjuration. Taî dit que Moreau s'était rétracté.

« Il leur propose de travailler pour lui , et de « le faire noitimer dictateur.

tf L'accusa tioD que je porte contre lui n*est a appuyée peut-être que de demi-preuves.

« Voici les faits ; c'est à vous de les apprécier : ce un général qui a servi sous les ordresdeMoreau, <x Lajolais, est envoyé par lui auprès du prince à « Londres; Pichegru était Vintermédiaire ; Lajolais ce adhère , au nom et de la part de Moreau , aux a points principaux du plan proposé.

a Le prince propose son départ; le nombre des « royalistes en France est augmenté , et dans les a conférences qui ont lieu à Paris entre Moreau, «Pichegru et Georges, le premier manifeste ses « intentions , et déclare ne pouvoir agir que pour « un dictateur , et non pour un Roi !

<c De là l'hésitation , la dissension , et la perte <t presque totale du parti royaliste.

u Lajolais était auprès du prince au commence- « ment de janvier de cette année, comme je l'ai ec appris par Gleorges.

M Mais Moreau ne pouvait pas se rétracter, puisqu'il n'ayait tt rien promis. Jâi cru alors qu'il avait promis ; il n'ayaît pas tt promis. Moreau n*a pas donné lieu II la conjuration , ni fait « naître la conjuration. U n a pas fait naître la conjuration , « suivant moi; je le vois prouvé par la déclaration des autres M prévenus, Lajolais,. Coucher j et Rolland. 1»

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