NOTICE. XIII
et bien fendus, le nez un peu long et qui relève sa physionomie, une bouche gracieuse, les joues pleines, le visage ovale, et une gorge qui ne peut être ni mieux taillée ni plus belle. Tout cela ensemble forme un air modeste et de grandeur qui imprime du respect : elle a d'ailleurs toute la beauté d'âme qu'une personne de qualité doit avoir, et elle ira de pair en mérite avec M. le du de Saint-Simon son époux, l'un des plus sages et des plus accomplis seigneurs de la cour. » Saint Simon a parlé en bien de* endroits de sa femme, et toujours avec un sentiment touchanf de respect et d'affection, l'opposant à tant d'autres femmes ou inutiles, ou ambitieuses quand elles sont capables, et la louant en termes charmants de « la perfection d'un sens exquis et juste en tout, mais doux et tranquille; et qui, loin de faire apercevoir ce qu'il vaut, semble toujours l'ignorer soi même, avec une uniformité de toute la vie de modestie, d'agrément et de vertu. »
On a de Saint-Simon et de sa femme, vers cette époque de leur mariage, deux beaux portraits par Rigaud, que possède M. le duc actuel de Saint-Simon. Le portrait gravé de Saint-Simon est joint à la présente édition.
Quoiqu'il faille prendre garde de trop raisonner sur les portraits, et que l'air de jeunesse du nouvel époux jure un peu avec l'idée que donnent ses Mémoires, on remarque pourtant que sa figure et sa physionomie sont assez bien celles de son œuvre : la figure est fine, l'œil assez doux peut se courroucer et devenir terrible; il a le nez un peu en l'air et assez mutin, la bouche maligne et d'où le trait n'a pas de peine à partir. Mais l'idée de force, qui est si essentielle au talent de Saint-Simon, reste absente, et elle est sans doute dissimulée par la jeunesse.
Saint-Simon avait servi à la guerre convenablement et avec application pendant plusieurs campagnes. Après la paix de Ryswick, le régiment de cavalerie dont il était mestre de camp fut réformé, et il se trouva sans commandement et mis à la suite. Lorsque la guerre de la Succession commença (1702), voyant i de nouvelles promotions se faire dans lesquelles figuraient de moins anciens que lui et y étant oublié, il songea à se retirer du service, consulta plusieurs amis, trois maréchaux et trois hommes de cour, et sur leur avis unanime « qu'ui? duc et pair de sa naissance, établi d'ailleurs comme il étoit ei ayant femme et enfants, n'alloit point servir comme un haut-Ie-pitd dans les armées et y voir tant de gens si différents de ce qu'il étoit, et, qui pis est, de ce qu'il y avoit été, tous avec des emplois et les régiments, » il donna, comme nous dirions, sa démission; i, écrivit au Roi une lettre respectueuse et courte, dans laquel 'e, sans alléguer d'autre raison que celle de sa santé, il lui mar-