‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 11 sur 393 · XIV NOTICE · texte numérisé non relu

XIV NOTICE

quait le déplaisir qu'il avait de quitter son service. « Eh bien! Monsieur, voilà encore un homme qui nous quitte » dit le Roi au secrétaire d'État de la guerre Chamillart, en lui répétant les | termes de la lettre; et il ne le pardonna point de plusieurs années ] à Saint-Simon, qui put bien avoir encore quelquefois l'honneur d'être nommé pour le bougeoir au petit coucher, mais qui fut . rayé in petto de tout acheminement à une faveur réelle, si jamais il avait été en passe d'en obtenir. 11 avait vingt-sept ans.

Un ou deux ans après, à l'occasion d'une quête que Saint- Simon ne voulut point laisser faire à la duchesse sa femme, ni aux autres duchesses, comme étant préjudiciable au rang des ducs vis à vis des princes, le Roi se fâcha, et un orage gronda sur l'opiniâtre et le récalcitrant : « C'est une chose étrange, dit à ce propos Louis XIV, que depuis qu'il a quitté le service, M. de Saint-Simon ne songe qu'à étudier les rangs et à faire des procès à tout le monde. » Saint-Simon averti se décida à demander au Roi une audience particulière dans son cabinet; il l'obtint, il s'expliqua, il crut avoir au moins en partie ra-. mené le Roi sur son compte, et les minutieux détails qu'il nous ! donne sur cette scène, et qui en font toucher au doigt chaque circonstance, montrent assez que pour lui l'inconvénient d'avoir été dans le cas de demander l'audience est bien compensé par le curieux plaisir d'y avoir observé de plus près le maître, et par cet autre plaisir, inséparable du premier, de tout peindre et raconter.

Peu après, à l'occasion de l'ambassade de Rome, qu'il fut près d'avoir un peu à son corps défendant et qui manqua, M",c de Maintenon exprimait sur Saint-Simon un avis qui ne démentait point son bon sens : elle le disait « glorieux , frondeur et plein de vues. » Plein de vues, c'est-à-dire de projets systématiques et plus ou moins aventurés. Cette opinion , dans laquelle M",e de Maintenon resta invariable, atteste l'antipathie des natures, et n'était pas propre à donner au Roi une autre idée que celle qu'il avait déjà sur ce courtisan médiocrement docile. Plus on accordait à un homme de son âge du sérieux, de la lecture et de l'instruction en lui attribuant ce caractère indépendant, plus on le rendait impossible dans le cadre d'alors et inconciliable Les envieux et ceux qui lui voulaient nuire trouvaient leur compte en le louant : on le faisait passer, par sa liberté de parole et sa hauteur, pour un homme d'esprit plus à craindre qu'à employer, et dangereux. Il avait beau se surveiller, il avait des silences expressifs et éloquents, ou des énergies d'expression qui emportaient la pièce ; « il lui échappoit d'abondance de cœur des raisonnements et des blâmes. » Quand on le lit aujourd'hui, on

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