‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 100 sur 393 · SA FIDÉLITÉ AU ROI · texte numérisé non relu

SA FIDÉLITÉ AU ROI

créance, comme la première fois, et d'une lettre de plus à mon père avec des propositions encore plus fortes. Dès ce que le porteur se fut découvert à mon père, il jugea que c'étoit trop, et sur-le-champ assembla son état-major et. tous les officiers de sa garnison, avec ce qui se trouva de ses amis du voisinage dans Blaye. Là, il leur présenta riiomme du roi d'Espagne, leur montra les lettres qu'il portoit, que mon père n'avoit point voulu décacheter, exposa sa mission en sa présence, puis lui dit que, sans le respect qu'il vouloit garder à une tête couronnée, frère de la Reine mère, il le feroit jeter en ce moment même dans la Gironde avec un boulet aux pieds, mais qu'il eût à se retirer sur-le-champ avec ses lettres et ses propositions, qui ne tenteroient jamais un homme de bien, et qu'il retînt bien, pour en avertir où il appartenoit, que si on se jouoit encore à lui envoyer quelqu'un avec des commissions semblables, il ne ménageroit plus rien, et le feroit jeter dans H rivière. Aussi n'y renvoya-t-on plus.

Mais Monsieur le Prince et tout son parti firent les hauts cris, et, ce qui est remarquable, jamais ni lui ni les siens ne l'ont pardonné à mon père, tant ils l'avoient belle s'ils eussent pu l'entraîner! Cependant mon père fit fondre force canon, pour remplacer celui que la cour lui demanda faute d'autre, mit cinq cents gentilhommes bien armés danc, Blaye, habilla et paya la garnison, et fut dix-huit mois comme bloqué en cet état sans avoir jamais rien voulu prendre sur le pays. Aussi contracta-t-il de grandes dettes, dont il a été incommodé toute sa vie, et dont je me sens encore ; tandis que toutes celles que Monsieur le Prince, M. de Bouillon et bien d'autres avoient faites contre le Roi et l'État ont été très-bien payées, et plus encore, par le Roi même, dans la suite des temps. Mais ce n'est pas tout : mon père, qui avoit beaucoup d'amis dans le parlement et dans la ville de Bordeaux, étoit exactement averti, toutes les marées, de tout ce qu'il s'y passoit de plus secret, et en faisoit part à la cour, et pendant ces malheureux temps il rendit les plus importants services.

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