‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 101 sur 393 · MON PÈRE ET LE COMTE D'HARCOURT · texte numérisé non relu

MON PÈRE ET LE COMTE D'HARCOURT

La cour s'étoit avancée à l'entrée de la Guyenne, suivie d'une armée commandée par le comte d'Harcourt, si grandement payé d'avance pour la bien servir, et si capable par lui-même de le bien faire ; mais il étoit de la maison de Lorraine et issu des Guises, et voici le contraste : il ne songea qu'à profiter de l'embarras de la cour et du désordre de l'État, pour se rendre maître de l'Alsace et de Brisach, et les joindre à la Lorraine. Sa partie faite, il se dérobe de l'armée, perce le royaume nuit et jour, et arrive aux portes de Brisach. Gomme quoi il manqua de réussir se trouvé dans tous les Mémoires de ces temps-là, et n'est pas matière aux miens. Je me contente de rapporter la belle gratitude du grand écuyer, fait tel aux dépens de mon père, à quoi il faut encore ajouter qu'il tira de ce crime le gouvernement d'Anjou, mis pour lui sur le pied des grands gouvernements, pour vouloir bien rentrer dans l'obéissance ; et que la charge et le gouvernement, toujours sur ce grand pied, ont passé l'un et l'autre à sa postérité. Voici, et en même temps, la contre-partie :

La Beine et le cardinal Mazarin, charmés de la fidélité et des importants services de mon père, jugèrent qu'il étoit à propos de les récompenser pour le bon exemple, ou peut-être de s'en assurer de plus en plus. Pour cela ils lui écrivirent l'un et l'autre en des termes si obligeants qu'ils faisoient sentir leur détresse, et lui dépêchèrent le marqui^ de Saint-Mégrin , chargé de ces lettres et de plus d'une autre de créance sur ce dont il étoit chargé de leur part. Saint-Mégrin portoit à mon père le bâton de maréchal de France, à son choix, ouïe rang de prince étranger, sous le prétexte de la maison de Vermandois , du sang de Charlemagne, dont nous sortons au moins par une femme sans contestation quelconque. Mon père refusa l'un et l'autre. Saint-Mégrin, qui étoit son ami, lui représenta que, le péril passé, il n'auroit rien, et qu'il y avoit de la folie i ne pas accepter une si belle offre, qui a été toute l'ambition des Bouillons. « Je m'y attends bien, répondit résolument mon père, et je les connois trop pour en douter.

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