‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 102 sur 393 · QUEL ÉT01T SAINT-MÉGRIN · texte numérisé non relu

QUEL ÉT01T SAINT-MÉGRIN

Je compte aussi que bien des gens se moqueront de moi; mais il ne sera pas dit qu'un rang de prince étranger, ni un bâton de maréchal de France terniront ma gloire et attaqueront mon honneur. Si j'accepte, on ne doutera jamais qu'on ne m'ait retenu dans mon devoir par une grâce, et je n'y consentirai jamais. »

Trois jours eatiers se passèrent en cette dispute, sans jamais pouvoir être ébranlé. 11 répondit respectueusement à la Reine, mais sèchement, dans le sens qu'il avoit fait, à Saint-Mégrin , et ajouta, pour qu'elle n'en prît rien pour elle, qu'il ne manqueroit jamais au fils et à la veuve de son maître. 11 en manda autant au cardinal Mazarin. mais avec hauteur. Cet Italien n'étoit pas fait pour admirer une action si grande. Dira-t-on de plus qu'elle étoit trop au-dessus de la portée de la Reine? Il arriva ce que Saint-Mégrin avoit prédit : le péril passé, on n'y songea plus; mais mon père aussi ne fit l'honneur à l'un ni à l'autre de les en faire souvenir. Il continua ses dépenses et ses services avec le même zèle jusqu'à la fin des troubles. Et voilà comment Louis XIII lui avoit bien prédit tout l'usage et le grand parti qui se pouvoit tirer de Blaye, lorsqu'il lui en donna le gouvernement.

Il faut maintenant dire qui étoit Saint-Mégrin. Il s'appeloit Esthuert, et par une héritière de Caussade il en joignoit le nom au sien. C'étoit un fort homme d'honneur, quoique très-bien avec la Reine mère. Il avoit eu leschevaulégers de la garde, et les avoit cédés à son fils, qui avoit aussi ceux de la Reine mère. Ce fils fut un jeune favori du temps, avec du mérite, qui avoit fort servi pour son âge, et qui avoit commandé une armée en Catalogne : il fut tué au combat de la porte Saint-Antoine. La Reine en fut fort affligée, et le cardinal aussi; ils le firent enterrer dans l'abbaye de Saint-Denis. Sa veuve, sans enfants, a été depuis duchesse de Chaulnes, femme de l'ambassadeur et gouverneur de Bretagne. La sœur de ce jeune favori épousa M. du Broutay, du nom de Quelen, dont elle a eu postérité; elle se remaria à la Vauguyon, ambassadeur en

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