‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 105 sur 393 · SECOND MARIAGE DE MON PÈRE · texte numérisé non relu

SECOND MARIAGE DE MON PÈRE

Saint- Luc, auprès de la duchesse d'Angoulême. Elles étoient lasses du couvent, et leurs mères n'aimoient point à les avoir auprès d'elles. Toutes deux étoient parentes de Mrac d'Angoulême, fille de M. de la Guiche, chevalier de Tordre et grand maître de l'artillerie, et veuve, qui les prit avec elle, et chez qui elles furent toutes deux mariées.

Ma mère étoit l'Aubespine, fille du marquis d'Hauterive, lieutenant général des armées du Roi et des états généraux des Provinces-Unies, et colonel général des troupes françoises à leur service. La catastrophe du garde des sceaux de Châteauneuf, son frère aîné, mis au château d'Angoulême, lui avoit coûté l'ordre, auquel il étoit nommé pour la Pentecôte suivante de 1633, et le bâton de maréchal de France, qui lui étoit promis. M. de Gharost, devant qui le cardinal de Richelieu donna l'ordre d'arrêter les deux frères, qui avoit porté le mousquet en Hollande sous mon grand-père, comme presque toute la jeune noblesse de ces temps-là, et qui l'appeloit toujours son colonel, se déroba et vint l'avertir comme il jouoit avec les filles d'honneur de la Reine. Mon grand-père ne fit aucun semblant de rien ; mais un moment après, feignant un besoin pressant, il demanda permission de sortir pour un instant, alla prendre le meilleur cheval de son écurie, et se sauva en Hollande. Il étoit dans la plus intime confidence du prince d'Orange, qui lui donna le gouvernement de Breda. Il avoit épousé l'héritière de Ruffec, de la branche aînée de la maison de Volvyre, dont la mère étoit sœur du père du premier duc de Mortemart; elle étoit fort riche. Mon grand-père passa une grande partie de sa vie en Hollande, et mourut à Paris en 1670.

Le second mariage de mon père se fit la même année, en octobre. Il eut tout lieu d'être content de son choix : il trouva une femme toute pour lui, pleine de vertu, d'esprit, et d'un grand sens, et qui ne songea qu'à lui plaire et à Ift conserver, à prendre soin de ses affaires et à m'élever de son mieux. Aussi ne la voulut-il que pour lui. Lorsqu'on

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