‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 106 sur 393 · COMBAT DE MON PÈRE · texte numérisé non relu

COMBAT DE MON PÈRE

mit des dames du palais auprès de la Reine au lieu de ses filles d'honneur, Mmc de Montespan, qui aimoit ses parents, c'en étoit encore la mode, obtint une place pour ma mère, qui ne se doutoit de rien moins, et le lui manda. Le gentilhomme qui vint de sa part la trouva sortie ; mais on lui dit que mon père ne l'étoit pas : il demanda donc à le voir, et lui donna la lettre de Mme de Montespan pour ma mère. Mon père l'ouvrit, et tout de suite prit une plume, remercia Mmc de Montespan, et ajouta qu'à son âge il n'avoit pas pris une femme pour la cour, mais pour lui, et remit cette réponse au gentilhomme. Ma mère, de retour, apprit la chose par mon père; elle y eut grand regret, mais il n'y parut jamais.

Avant de finir ce qui regarde mon père, je me souviens de deux aventures d'éclat, que j'aurois dû placer plus haut et longtemps avant son second mariage. Un dévolu sur un bénéfice fut cause de la première, qui fît un procès entre un parent de M. de Vardes et un de mon père. Chacun soutint son parent avec chaleur, et les choses allèrent si loin, que Monsieur le Prince prit leurs paroles. Longtemps après, et l'affaire assoupie, Monsieur le Prince la leur rendit, comme à des gens qui n'ont plus rien à démêler. Cette affaire leur étoit demeurée sur le cœur, et bien plus encore à Vardes, qui, après avoir laissé écouler quelque temps, convint avec mon père de se battre à la porte Saint-Honoré, sur le midi, lieu alors fort désert, et que, pour que ce combat parût un rencontre1, et par l'heure et par tout le reste, que 1 3 carrosse de M. de Vardes coupéroit celui de mon père, et que les maîtres, prenant la querelle des cochers, mettroient pied à terre avec chacun un second, et se battroient là tout de suite. C'étoit pendant la régence, et en des âges fort inégaux. Le matin, mon père alla voir Monsieur le Prince et plusieurs des premiers magistrats de ses amis, et finit par le Palais-Royal faire sa cour à la Reine. Il affecta d'en sortir avec le maréchal de Gramont, et d'aller avec lui faire

1. On sait que rencontre était autrefois masculin aussi bien que féminin»

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