‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 108 sur 393 · DE M. DE LA ROCHEFOUCAULD · texte numérisé non relu

DE M. DE LA ROCHEFOUCAULD

temps sans faire avertir M. de la Rochefoucauld de ce qui venoit d'arriver à ses exemplaires. On peut croire aussi çno ce dernier en fut outré. Gela fit grand bruit alors, et mon père en fit plus que Fauteur ni ses amis : il avoit la vérité pour lui, et une vérité qui n'étoit encore ni oubliée ni vieillie. Les amis s'interposèrent. Mon père vouloit une satisfaction publique. La cour s'en mêla, et la faveur naissante du fils, avec les excuses et les compliments, firent recevoir pour telle celle que mon père s'étoit donnée sur les exemplaires et par ses discours.

On prétendit que c'étoit une méprise mal fondée sur ce que Madame la Princesse, venue furtivement à Paris pour réclamer la protection du Parlement sur la prison des princes ses enfants, avoit présenté sa requête elle-même à la porte de la grand'chambre, appuyée sur mon oncle, qui, par la proximité, n' avoit pu lui refuser cet office, que cela avoit fait espérer qu'il suivroit le parti, ce qu'il ne fit toutefois jamais, et qu'ayant un grand crédit sur mon père, qui étoit à Blaye, il l'engageroit avec sa place dans les mêmes intérêts. Tous ces propos furent reçus pour ce qu'ils valoient, et les choses en demeurèrent là après cet éclat, mon père n'en pouvant espérer davantage; et de l'autre côté par la difficulté de soutenir un mensonge si fort avéré par tant de gens principaux et des premières têtes encore vivants et qui savoient la vérité, qui n'avoit jusque-là jamais été mise en doute. Mais il est vrai que jamais MM. de la Rochefoucauld ne l'ont pardonné à mon père, tant il est vrai qu'on oublie moins encore les injures qu'on fait que celles même qu'on reçoit.

Mon père passa le reste d'une longue et saine vie de corps et d'esprit, sans aucune faveur, mais avec une considération que le Roi se tenoit comme obligé de lui devoir, et qui influoit sur les ministres, entre lesquels il étoit ami de M. Colbert : la vertu étoit encore comptée. Les seigneurs principaux, même fort au-dessous de son âge, et les plus de la cour, le voyoient chez lui et y mangeoient quelquefois, où je les ai vus. 11 avoit beaucoup d'amis parmi les

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