BATAILLE DE LA MARSAILLE
Sainte-Brigitte, après quoi il perdit une grande bataille le dimanche 4 octobre, près de l'abbaye de la Marsaglia. Clérembault en apporta la nouvelle. Le combat dura depuis neuf heures du matin jusqu'à quatre heures après midi. On prétend qu'ils y ont perdu dix-sept mille hommes, trente-six pièces de canon, leurs bagages, cinquante étendards ou drapeaux. Les deux armées se cherchoient mutuellement. Au moment que le combat commença, M. Gatinat s'aperçut que le dessein de Monsieur de Savoie étoit tout sur sa gauche. Il y porta la gendarmerie et encore d'autres troupes qui n'y étoient pas attendues, et qui non-seulement soutinrent tout l'effort que les ennemis espéroient imprévu, mais qui les renversèrent. Mais ce désordre se rétablit, et cette droite ennemie fit bien mieux que leur gauche, qui fut enfoncée : à la fin la victoire fut si complète, que la retraite des ennemis devint une fuite, et que Monsieur de Savoie fut poursuivi jusqu'à la vue de Turin. M. Gatinat avoit soixante-quinze escadrons et quarante-huit bataillons, et Monsieur de Savoie quatrevingts escadrons et quarante-cinq bataillons. Ceux des religionnaires françois y ont combattu en désespérés, et s'y sont presque tous fait tuer.
Caprara et Louvigny ne vouloient point que Monsieur de Savoie donnât la bataille ; mais il s'y est opiniâtre, en fureur d'avoir vu brûler sa belle maison de la Vénerie par Bachevilliers deux jours auparavant. Le Roi l'avoit trèsexpressément ordonné, en représaille des feux que Monsieur de Savoie avoit faits en Dauphiné, et tout nouvellement dans la vallée de Pragelas, sans même pardonner aux églises. Nous y avons perdu la Hoguette, lieutenant général et très-bon, force officiers de gendarmerie, entre autres le chevalier de Druy, major fort au goût du Roi, et quelques brigadiers et colonels. Les ennemis conviennent de la perte de douze mille hommes, dont deux mille prisonniers. Ce qui est resté de troupes espagnoles se retira dans le duché de Milan.
Le Roi envoya Chamlay concerter avec le maréchal