CHAPITRE XL
Situation des opposants avec le premier président Harlay. — Duc de Chaulnes ; il négocie l'assemblée de toutes les chambres avec le premier président Harlay, qui lui en donne sa parole, et qui lui en manque. — Rupture entière des opposants avec le premier président Harlay. — Harlay, premier président, récusé par les opposants. — Mort du dernier des Longuevilles. — Prince et princesse de Turenne.
— Mariage du prince de Rohan. — Mrae Cornuel. — Mariage du duc de Montfort, du duc de Villeroy, de la Châtre. — Distribution des armées. — Beuvron et Matignon refusent le Monseigneur au maréchal de Choiscul, et le lui écrivent par ordre du Roi. — Le Roi me change de Flandres en Allemagne. — M. de Crequy chassé hors du royaume, et pourquoi. — Mrae du Roure exilée en Normandie. — Monseigneur préfère la Flandre au Rhin ; la Feuillée lui est donné pour son Mentor. — Je vais à l'armée d'Allemagne. —
— Belle marche du maréchal de Lorges devant le prince Louis de Baden.
Le procès avec M. de Luxembourg, renvoyé au Parlement, y recommença avec la même vigueur, la même partialité, la même injustice. Comme nous nous vîmes exclus d'en sortir, nous ne songeâmes plus qu'à chercher les moyens d'obtenir l'assemblée de toutes les chambres, selon la forme de pairie, l'usage et le droit en pareils procès. Pour y parvenir, il n'y avoit que deux voies, la procédure ou la négociation. La dernière étoit bien la plus sûre, si elle
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réussissoit ; mais la difficulté étoit la situation où nous nous trouvions avec le premier président, qui pou voit seul assembler les chambres à sa volonté, mais avec qui nous ne gardions plus de mesures. Fort peu de nous le saluoient lorsqu'ils le rencontroient, pas un n'alloit chez lui, quoique nous sollicitassions tous nos autres juges, et tous parloient de lui sans ménagement. Il le sentoit d'autant plus vivement que c'étoit l'homme du monde le plus glorieux, le plus craint, le plus ménagé, et qui n'avoit jamais été mené de la sorte ; et ce qui le touchoit le plus, c'étoient les plaintes prouvées que nous faisions de sa probité et de son injustice, parce qu'il se piquoit là-dessus de la plus austère vertu, dont nous faisions tomber le masque.
Personne ne se vouloit donc charger d'une négociation aussi difficile avec lui, lorsque M. de Chaulnes, qui s'étoit acquis une grande réputation et une grande considération par les siennes au dehors, voulut bien hasarder celle-ci. C'étoit, sous la corpulence, l'épaisseur, la pesanteur, la physionomie d'un bœuf, l'esprit le plus délié, le plus délicat, le plus souple, le plus adroit à prendre et à pousser ses avantages, avec tout l'agrément et la finesse possible , jointes1 à une grande capacité et à une continuelle expérience de toutes sortes d'affaires , et la réputation de k plus exacte probité, décorée à l'extérieur d'une libéralité et d'une magnificence également splendide, placée et bien entendue , et de beaucoup de dignité avec beaucoup de politesse. Il eut du premier président l'heure qu'il désira.
11 ouvrit son discours par les raisons que nous avions de nous plaindre de son procédé, et lui fit sentir après, avec délicatesse, qu'il n'y a point de place où on ne soit exposé à des ennemis; que tout le monde étoit convaincu de sa partialité pour M. de Luxembourg; que seize pairs de France, et dont plusieurs fort bien auprès du Roi ou grandement établis , n'étoient pas toujours impuissants à beaucoup nuire; que le seul moyen d'effacer sa partialité
1. Possible, au s'ngulier, jointes, au pluriel, c'est bien ainsi que Saint- Simon a écrit.