‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 157 sur 393 · AVEC LE PREMIER PRÉSIDENT · texte numérisé non relu

AVEC LE PREMIER PRÉSIDENT

toient pas de les quitter, et sans autre réponse, fit tirer son rideau, et se tourna de l'autre côté. À l'arrivée du courrier, Riparfonds fit une seconde lettre à M. de Rohan, de la dernière force, pour l'engager à revenir ; elle fut signée de dix ou douze ducs qui se trouvèrent à l'assemblée, et portée tout de suite par un autre courrier.

Je m'étois donné une violente entorse, qui m'avoit empêché de me trouver aux deux assemblées d'où on avoit dépêché ces deux courriers, mais j'étois instruit de ce qui s'y étoit passé. Je n'avois donc point signé la lettre commune, ni écrit en particulier. Ma surprise fut donc grande de voir arriver ce second courrier chez moi avec une lettre de M. de Rohan, par laquelle il expliquoit ses prétendues raisons de demeurer à Moret, et me prioit de faire ses excuses. J'envoyai aussitôt cette lettre à l'assemblée, qui se tenoit pour attendre la réponse. A sa lecture, l'indignation fut grande ; on ne put plus douter de la défection préméditée, et on admira avec raison qu'un homme d'esprit comme M. de Rohan nous sacrifiât, et son honneur même, à une réconciliation personnelle dont il se fïattoit par là avec le premier président, duquel l'orgueil ne lui pardonneroit jamais les bassesses qu'il lui avoit fallu faire pour se délivrer de ce procès.

Le coup manqué de la sorte, nous nous tournâmes à d'autres moyens. Ce fut d'allonger par celui des ducs d'Uzès et de Lesdiguières. Ce dernier étoit un enfant sous îa tutelle de sa mère, espèce de fée, demeurant presque toujours seule dans un palais enchanté, et sur qui presque personne n'avoit aucun crédit. M. de Ghaulnes, qui la voyoit quelquefois, s offrit de lui parler, et il en obtint la reprise de son fils avec nous, au lieu du feu duc son père, qui n'avoit pas encore été faite. De M. d'Uzès je m'en chargeai, et il voulut bien se joindre à nous, sous prétexte que si ces anciennes pairies renaissoient ainsi de leurs cendres, il s'en trouveroit d'antérieures à son érection, qu'il avoit intérêt d'empêcher d'avance de pouvoir se mettre en prétention.

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