‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 158 sur 393 · MORT DU DERNIER · texte numérisé non relu

MORT DU DERNIER

Cependant nous cherchions avec soin les moyens de récuser le premier président, lorsque son dépit nous les fournit lui-même. Nous vivions avec lui en attendant comme s'il rétoit déjà. Magneux et Aubry, intendants de MM. de la Trémoille et de la Rochefoucauld, également habiles et attachés à leurs maîtres, et vifs sur notre affaire, étoient par là devenus odieux au premier président; il n'avoit pu s'en cacher, nous le savions, et par cela même jamais il n'entendoit parler de nous que par eux. Ce mépris que nous affections, et que nous publiions même, le désoloit tellement, qu'un jour qu'ils étoient allés lui parler, il leur dit qu'il ne pouvoit pas douter que nous ne cherchassions toutes sortes de moyens pour le récuser, que la chose n'étoit pourtant pas difficile, puisque nous n'avions qu'à mettre le duc de Gesvres en cause, duquel il avoit l'honneur d'être parent. Il fut servi avec promptitude: M. de Gesvres reçut le surlendemain une assignation de notre part. La raison s'en voit ci-dessus dans la généalogie: il étoit fils de la fille et sœur des deux ducs de Piney Luxembourg. Je ne comprends pas comment aucun de nous ni de notre conseil ne trouva pas ce moyen. Le premier président ne tarda pas à se repentir de nous en avoir avisés; mais il demeura récusé.

L'affaire en resta là pour cette année. La belle saison rappela M. de Luxembourg et ses trois fils en Flandres; pas un de ses gens d'affaires, ni de ses protecteurs, ne voulurent s'en charger en son absence, non plus que l'abbé de Luxembourg, son fils. La mort du duc de Sully, qui arriva pendant la campagne, fit un délai naturel de quatre mois, et la maladie de Portail, notre rapporteur, dura jusqu'à la fin de l'année, et gagna la mort de M. de Luxembourg, que je rapporterai en son temps.

Cet hiver finit enfin la fameuse maison de Longuevillov si connue par la fortune inouïe et si prodigieusement soutenue jusqu'à son extinction. M. de Longueville, qui parut tant de divers côtés pendant les troubles de la minorité de Louis XIV, n'avoit laissé Que la duchesse de

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Nemours de son premier mariage avec la sœur de la princesse de Carignan et du dernier comte de Soissons, prince du sang, tué à la bataille de Sedan, le dernier de cette branche. De son second mariage avec la fameuse duchesse de Longueville, sœur de Monsieur le Prince, le héros, et de M. le prince de Conti, il n'avoit eu que deux fils : le cadet, d'une grande espérance, tué au passage du Rhin, sans alliance ; l'autre, d'un esprit foible, qu'on envoya à Rome, que les jésuites empaumèrent, et que le Pape fit prêtre. Revenu en France, il devint de plus en plus égaré, en sorte qu'il fut renfermé dans l'abbaye de Saint-Georges, près de Rouen, pour le reste de sa vie, où il n'étoit vu de personne, et Monsieur le Prince prit l'administration de ses biens. Il mourut les premiers jours de février, et il se trouva un testament de lui, fait à Lyon, allant à Rome, par lequel il donne tout son bien à son frère, tué depuis au passage du Rhin, et à son défaut et de sa postérité, à Madame sa mère, et après elle à MM. les princes de Conti l'un après l'autre. L'aîné de cesprinces étoit mort il y avoit déjà longtemps, en sorte que celui-ci devint le seul appelé à ce grand héritage, que Mmcde Nemours résolut bien de lui contester. M. de Soubise fit presque en même temps le mariage de l'héritière de Ventadour avec son fils aîné. Elle étoit veuve du prince de Turenne, fils aîné de M. de Bouillon et son survivancier, tué à Steenkerque et mort le lendemain, de ses blessures, écrivant à sa maîtresse. 11 avoit montré par plusieurs pointes qu'il n'étoit pas indigne arrière petitfils du maréchal de Bouillon, pour ne parler de rien plus récent; et le cardinal de Bouillon en eut une telle douleur qu'il força le P. Gaillard, jésuite, fort attaché à eux tous, d'en faire l'oraison funèbre. Il n'en avoit point eu d'enfants dans un assez court mariage ; mais elle y avoit eu le temps de se faire connoître par tant de galanteries publiques, qu'aucune femme ne la voyoit, et que les chansons qui avoient mouché * s'étoient chantées en Flandres, dans l'armée, où

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