NOTICE. XIX
la fermentation qu'eussent produits des États généraux en 1716; la machine dont il voulait qu'on jouât pouvait devenir dangereuse à manier. On va vite en France, et, à défaut de l'abbé Sieyes pour théoricien, on avait déjà l'abbé de Saint-Pierre, qui aurait trouvé des traducteurs plus éloquents que lui pour sa pensée et des interprètes. Et Montesquieu n'avait-il pas vingtcinq ans ?
A dater de ce moment (1715), les Mémoires de Saint-Simon changent un peu de caractère. Membre du conseil de régence, il est devenu un des personnages du gouvernement, et, bien que rarement ses avis prévalent, il est continuellement admis à les donner et ne s'en fait pas faute; on a des entretiens sans nombre où la matière déborde sous sa plume comme elle abondait sur ses lèvres; l'intérêt, qui se retrouve toujours dans de certaines scènes et dans d'admirables portraits des acteurs, y languit par trop de plénitude et de regorgement. Le règne de Louis XIV, où il était contenu, allait mieux à Saint-Simon que cette demi-faveur de la Régence, où il a beaucoup plus d'espace sans avoir pour cela d'action bien décisive. Il ne fut point ministre parce qu'il ne le voulut pas; il aurait pu l'être à un instant ou à un autre, mais il se pliait peu aux combinaisons diverses et n'en augurait rien de bon ; il ne trouvait point dans le duc d'Orléans l'homme qu'il aurait voulu et qu'il avait tant espéré et regretté dans le duc de Bourgogne; il lui reprochait précisément d'être l'homme des transactions et des moyens termes, et le prince, à son tour, disait de son ardent et peu commode ami « qu'il était immuable comme Dieu et d'une suite enragée, » c'est à-dire tout d'une pièce. A un certain jour (1721), Saint Simon4 dans un intérêt de famille, désira l'ambassade d'Espagne, et il l'eut aussitôt. Cette mission fut plus honorifique que politique, et il l'a racontée fort au long1. Ce fut son dernier acte de représentation. La mort subite du-Régent ^1723) vint peu après l'avertir de ce que la ; mort du duc de Bourgogne lui avait déjà dit si éloquemment au icceur, que les choses du monde sont périssables, et qu'il faut, Iquand on est chrétien, penser à mieux. La politique craintive de Fleury aida à lui redoubler le conseil. L'évêque de Fréjus, Idans une visite àM",e de Saint-Simon, lui fit entendre qu'on sau~ Irait son mari avec plus de plaisir à Paris qu'à Versailles. Saint-
1. Moins au long toutefois qu'il n'a semblé jusqu'ici d'après les éditions précédentes : car dans la première qui a servi aux réimpressions, on a ugé à propos de transposer, du tome IIIe au XIXe, plus de cent pages Relatives aux grandesses d'Espagne, et on en a bourré le récit de l'ambaskade de Saint-Simon.