XX NOTICE
Simon pensai, jrop haut pour ce ministère à voix basse que méditait Fleury. Il ne se le fit pas dire deux fois, et dès ce moment il renonça à la cour, vécut plus habituellement dans ses terres, et s'occupa delà rédaction définitive de ses Mémoires. Il ne mourut qu'en 1755; le 2 mars, à quatre-vingts ans.
Il tournait depuis longtemps le dos au nouveau siècle, et il habitait dans ses souvenirs. Il mourut quand Voltaire régnait, quand V Encyclopédie avait commencé, quand Jean-Jacques Rousseau avait paru, quand Montesquieu ayant produit tous ses ouvrages venait de mourir lui-même. Que pensait-il, que pouvaitil penser de toutes ces nouveautés éclatantes ? On a souvent cité son mot dédaigneux sur Voltaire, qu'il appelle Arouet : « Fils d'un notaire qui l'a été de mon père et de moi... » On en a conclu un peu trop vite, à mon sens, le mépris de Saint-Simon pour les gens de lettres et les gens d'esprit qui n'étaient pas de sa classe. Saint-Simon, dans ses Mémoires, se montre bien plus attentif qu'on ne le suppose à ce qui concerne les gens de lettres et les gens d'esprit de son temps ; mais ce sont ceux du siècle de Louis XIV; c'est Racine, c'est la Fontaine, c'est la Bruyère, c'est Despréaux, c'est Nicole, il n'en oublie aucun à la rencontre. Il a sur Bossuet de grandes paroles, sur Mn,e de Sévigné il en a d'une grâce et d'une légèreté délicieuse. Il sait rappeler au besoin cette vieille bourgeoise du Marais si connue par le sel de ses bons mots, M™ Cornuel. Tels sont les gens d'esprit aux yeux de Saint Simon. Quant à Volaire, il en parle, il est vrai, comme d'un aventurier et d-un libertin : on en voit assez les raisons sans les faire, de sa part, plus générales et plus injurieuses à la classe des gens de lettres qu'elles ne le sont en effet.
On a remarqué comme une chose singulière que, tandis que Saint-Simon parle de tout le monde, il est assez peu question de lui dans les Mémoires du temps. Ici encore il est besoin de s'entendre. De quels Mémoires s'agit-il? Il y en a très-peu sur la fin du règne de Louis XIV. Saint-Simon alors était fort jeune et I n'avait aucun rôle apparent : son principal rôle, c'était celui qu'il se donnait d'être le champion de la duché-pairie et le plus pointilleux de son ordre sur les rangs. C'est ainsi qu'on lit dans une des lettres de Madame, mère du Régent :
« En France et en Angleterre, les ducs et les lords ont un orgueil tellement excessif qu'ils croient être au-dessus de tout; si on les laissoit faire, ils se regarderoient comme supérieurs ; aux princes du sang, et la plupart d'entre eux ne sont pas même véritablement nobles (Gare! voilà un autre excès qui commence). J'ai une fois joliment repris un de nos ducs. Comme il se met-