CHAPITRE XII
Bataille du Ter en Catalogne. — Palamos, Girone, Castel-Follit pris. — M. de Noailles fait vice-roï de Catalogne. — Bombardements aux côtes ; Dieppe brûlé. — Belle et diligente marche de Monseigneur et de M. de Luxembourg du camp de Vignamont. — Préférence de l'avis de l'intendant à celui du général, qui coûte une irruption des ennemis en Alsace. — Les ennemis retirés au delà du Rhin. — Procédé entre les maréchaux de Lorges et de Joyeuse, raccommodé par les marquis d'Huxelles et de Vaubecourt. — Maréchal d'Humières, sa fortune et sa famille ; sa mort. — Maréchal de Boufflers, gouverneur de Flandres et Lille ; maréchal de Lorges, gouverneur de Lorraine; duc du Maine, grand maître de l'artillerie; duc de Vendôme, général des galères.
M. de Noailles fit passer le Ter à son armée , le 28 mai , devant le marquis de Villena, ou duc d'Escalone (car c'est le même), vice-roi de Catalogne, et le défit : quinze cents prisonniers, tout le canon et le bagage, et les ennemis en fuite et poursuivis. Ils y ont perdu cinq cents hommes, M. de Noailles trois cents. Le vieux Chazeron, chevalier du l'ordre et premier lieutenant général de cette armée, eut tout l'honneur du passage et du combat. M. de Noailles ne passa le Ter que pendant la déroute des ennemis ; au moins c'est ce qui se débita, et qui a été cru. Nous y avons eu peu d'officiers principaux blessés, et gagné force draoeaux. Le commandant de la cavalerie espagnole, un
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sergent-major et quelques colonels ont été pris. Le marquis de Noailles, frère du maréchal, qui a apporté cette nouvelle, en fut brigadier avec huit mille livres de gratification, outre sa course. Palamos fut emporté, le 7 juin, Tépée a la main : on leur y a tué trois cents hommes, et pris six cents. La citadelle se rendit peu après, c'est-à-dire le 10, la garnison de quinze cents hommes prisonnière de guerre. La place est considérable par son port et par elle-même. Cela fit chanter des Te Deum et valut une lettre, delà main du Roi, à la vieille duchesse de Noailles. C'étoit une sainte fort aimable, qui avoil été longtemps dame d'atour de la Reine mère, et bien avec elle et avec le Roi; toujours vertueuse à la cour, et depuis longtemps retirée à Châlonssur-Marne, dans une grande solitude, et se confessant tous les soirs à l'évêque son fils.
M. de Noailles suivit sa pointe, et prit Girone en six jours de tranchée ouverte. La place capitula, le 29 juin, et la garnison de trois mille hommes ne servira point jusqu'au 1er novembre. Une si riante campagne valut au duc de Noailles des patentes de vice-roi de Catalogne, dont il prit possession dans la cathédrale de Girone, et n'y oublia rien de toutes les cérémonies et les distinctions qui pouvoient le flatter.
11 prit encore, par la témérité d'un seul homme, le château de Castel-Follit, sur un pain de sucre de roche, fort haut, qui commande toute la plaine. Il prit envie à un soldat déterminé d'aller voir si le premier retranchement étoit gardé par beaucoup de monde : il le trouva abandonné, et y entra l'épée à la main, faisant de grands cris pour être suivi. 11 le fut de cinq ou six autres, qui entrèrent avec lui dans le second. 11 étoit, l'on dit, plein de monde, mais qui s'épouvanta tellement de se voir attaqué dans un poste cru inaccessible, qu'ils crurent, aux cris, avoir un assaut à soutenir; et, s'enfuyant, donnèrent une si chaude alarme au château, et furent si vivement poursuivis par ce petit nombre, qui cependant s'étoit fort accru, qu'ils entrèrent tous pêle-mêle, et que