‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 174 sur 393 · MARÉCHAL D'HUMIÈRES · texte numérisé non relu

MARÉCHAL D'HUMIÈRES

naturel, et qui séparoit toute idée d'orgueil d'avec la dignité et la liberté d'un homme qui ne veut ni se contraindre ni contraindre les autres. Il avoit les plus plaisantes colères du monde, surtout en jouant, et avec cela le meilleur homme du monde, et que tout le monde aimoit.

Il avoit le gouvernement général de Flandres et de Lille, où il tenoit comme une cour, et avoit fait un beau lieu de Mouchy, à deuxlieuesde Gompiègne, dont il étoit capitaine. Le Roi l'avoit souvent aidé à accommoder Mouchy, et y avoit été plusieurs fois. M. de Louvois, qui à la mort du duc du Lude voulut rogner l'office de grand maître de l'artillerie en faveur de sa charge de secrétaire d'État, fit faire le maréchal d'Humières grand maître en son absence, comme il revenoit d'Angleterre complimenter, de la part du Roi, le roi Jacques II sur son avènement à la couronne. Ce ministre contribua beaucoup à le faire faire duc vérifié, et à lui faire accorder la grâce très-singulière de faire appeler dans ses lettres celui qui avec l'agrément du Roi épouseroit sa dernière fille, belle comme le jour, et qu'il aimoit passionnément. Il avoit perdu son fils unique sans alliance au siège de Luxembourg. Il avoit marié sa fille aînée au prince d'Isenghien, en obtenant un tabouret de grâce, et la seconde à Vassé, vidame du Mans, qui s'étoit remariée à Surville, cadet d'Hautefort, dont elle avoit été longtemps sans voir son père.

Le maréchal mourut assez brusquement, à Versailles. Il regretta amèrement de n'avoir jamais pensé à son salut ni à sa santé, il pouvoit ajouter à ses affaires, et mourut pourtant fort chrétiennement, et fut généralement regretté. On put remarquer qu'il fut assisté à la mort par trois antagonistes, Monsieur de Meaux et l'abbé de Fénelon, qui écrivirent bientôt après l'un contre l'autre, et le P. Gaffaro, théatin, son confesseur, qui s'étant avisé d'écrire un livre en faveur de la comédie, pour la prouver inno-

ente et permise, fut puissamment réfuté par Monsieur de Meaux.

Le maréchal de Boufflers eut le gouvernement de Lille

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