MONSIEUR DE NOYON MOQUÉ
l'espèce des auditeurs, et de leur admiration unanime, et des bontés du Roi à cette occasion. Monsieur de Paris, chez lequel il voulut aller triompher, ne l'aimoit point; il y avoit longtemps qu'il avoit sur le cœur une humiliation qu'il en avoit essuyée : il n'étoit point encore duc, et la cour étoit à Saint-Germain, où il n'y avoit point de petites cours comme à Versailles; Monsieur de Noyon, y entrant dans son carrosse, rencontra Monsieur de Paris à pied; il s'écrie, Monsieur de Paris va à lui, et croit qu'il va mettre pied à terre; point du tout; il le prend de son carrosse par la main, et le conduit ainsi en laisse jusqu'au degré, toujours parlant et complimentant l'archevêque, qui rageoit de tout son cœur; Monsieur de Noyon, toujours sur le même ton, monta avec lui, et fit si peu semblant de soupçonner d'avoir rien fait de mal à propos, que Monsieur de Paris n'osa en faire une affaire ; mais il ne le sentit pas moins. Cet archevêque, à force d'être bien avec le Roi, de présider aux assemblées du clergé avec toute l'autorité et les grâces qu'on lui a connues, et d'avoir part à la distribution des bénéfices, qu'il perdit enfin, s'étoit mis peu à peu au-dessus de faire aucunes visites aux prélats, même les plus distingués, quoique tous allassent souvent chez lui. Monsieur de Noyon s'en piqua, et lui en parla fort intelligiblement. G'étoient toujours des excuses. Voyant enfin que ces excuses dureroient toujours, il en parla si bien au Roi qu'il l'engagea à ordonner à Monsieur de Paris de l'aller voir. Ce dernier en fut d'autant plus mortifié qu'il n'osa plus y manquer aux occasions, et aux arrivées, et que cette exception l'embarrassa avec d'autres prélats considérables.
On peut donc imaginer quelle farce ce fut pour Monsieur de Paris que cette réception d'Académie; mais qu'il n'en pourroit être pleinement satisfait tant que Monsieur de Noyon continueroit de s'en applaudir: aussi ne manqua-t-il pas l'occasion de sa visite pour lui ouvrir les yeux, et lui faire entendre, comme son serviteur et son confrère, ce qu'il n'osoit lui dire entièrement. 11 tourna longtemps sans
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pouvoir être entendu par un homme si rempli de soimême, et si loin d'imaginer qu'il fût possible de s'en moquer; à la fin pourtant il se fit écouter, et pour l'honneur de l'épiscopat insulté, disoit-il, par un jeune homme, il le pria de n'en pas augmenter la victoire par une plus longue duperie, et de consulter ses vrais amis. Monsieur de Noyon jargonna longtemps avant de se rendre, mais à la fin il ne put se défendre des soupçons, et de remercier l'archevêque, avec qui il convint d'en parler au P. de la Chaise, qui étoit de ses amis. Il y courut en effet au sortir de l'archevêché. Il dit au P. de la Chaise l'inquiétude qu'il venoit de prendre, et le pria tant de lui parler de bonne foi, que le confesseur, qui de soi étoit bon, et qui balançoit entre laisser Monsieur de Noyon dans cet extrême ridicule et faire une affaire à l'abbé de Caumartin, ne put enfin se résoudre à tromper un homme qui se fioit à lui, et lui confirma, le plus doucement qu'il put, la vérité que l'archevêque de Paris lui avoit le premier apprise. L'excès de la colère et du dépit succéda à l'excès du ravissement. Dans cet état il retourna chez lui, et alla le lendemain à Versailles, où il fit au Roi les plaintes les plus amères de l'abbé de Caumartin, dont il étoit devenu le jouet, et la risée de tout le monde.
Le Roi, qui avoit bien voulu se divertir un peu, mais qui vouloit toujours partout un certain ordre et une certaine bienséance, avoit déjà su ce qui s'étoitpassé, et F avoit trouvé fort mauvais. Ces plaintes l'irritèrent d'autant plus qu'il se sentit la cause innocente d'une scène si ridicule et si publique, et que, quoiqu'il aimât à s'amuser des folies de Monsieur de Noyon, il ne laissoit pas d'avoir pour lui de la bonté et de la considération. Il envoya chercher Pontchartrain, et lui commanda de laver rudement la tête à son parent, et de lui expédier une lettre de cachet pour aller se mûrir la cervelle, et apprendre à vivre et à parler, dans son abbaye de Busay en Bretagne. Pontchartrain n'osa presque répliquer : il exécuta bien la première partie de son ordre; pour l'autre il la suspendit au lendemain,