Il y a bien qui, et non qu'il, au manuscrit
Saint-Simon i. Il
21Ô FOLIE DU CARDINAL t)E BOUILLON. [l69ij
toujours le plus grand, et un nom que des princes du sang avoient porté, avoit comblé son orgueil de joie; le refus le combla de douleur. N'osant se prendre au Roi, il répondit au chevalier de Lorraine un fatras de sottises, qu'il couronna par ajouter qu'il étoit d'autant plus affligé de ce que Monsieur lui manquoit de parole, que cela l'empêcheroit d'être désormais autant son serviteur qu'il l'avoit été par le passé. Monsieur eut plus envie de rire de cette espèce de déclaration de guerre que de s'en offenser. Le Roi d'abord la prit plus sérieusement, mais touché par les prières de M. de Bouillon, et plus encore par la grandeur du châtiment d'une pareille insolence, si elle étoit prise comme elle le méritoit, il prit le parti de l'ignorer, et le cardinal de Bouillon en fut quitte pour la honte, et pour s'aller cacher une quinzaine dans sa belle maison de Saint-Martin de Pontoise, que par un échange il avoit depuis peu trouvé moyen de séculariser par des échanges ', et de faire de ce prieuré un bien héréditaire et patrimonial.
Le marquis d'Arcy étoit mort à Maubeuge, à l'ouverture de la campagne : de gouverneur de M. le duc de Chartres il étoit devenu premier gentilhomme de sa chambre, et le directeur discret de sa conduite. Ce prince, qui eut le bon esprit de sentir tout ce qui] valoit, l'a regretté toute sa vie, et Fa témoigné, par tous les effets qu'il a pu, à sa famille, et jusqu'à ses domestiques. Il étoit chevalier de l'ordre de 1688, conseiller d'État d'épée, et avoit été ambassadeur en Savoie. G'étoit un homme d'une vertu et d'une capacité peu commune, sans nulle pédanterie, et fort rompu* au grand monde, et un très-vaillant homme, sans nulle ostentation. Un roi à élever et à instruire eût été dignement et utilement remis entre ses mains. 11 n'étoit point marié ni riche, et n'avoit guère que soixante ans : homme bien fait et de fort bonne mine. Au retour de l'armée, on fut surpris de celui que le Roi mit auprès de son neveu pour le remplacer. Ce fut Cayeu, brigadier de cavalerie, brave et très-honnôte gentilhomme, qui buvoit bien, et ne savoit
1. La répétition du mot échange est conforme au texte de Saint-Simon.