‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 190 sur 393 · TRAHISON QUI CONSERVE · texte numérisé non relu

TRAHISON QUI CONSERVE

ger. Il n'aimoit point M. de Luxembourg, très-lié à M. de Noailles; et de tout cela naissoit un groupe de chaque côté qui se regardoit fort de travers.

Les succès de M. de Noailles, cette année, en Catalogne, avoient outré Barbezieux. Il en craignoit de nouveau comme des avant-coureurs de sa perte, par le crédit augmenté de ses ennemis. Tout ce qui avoit été exécuté en Catalogne aplanissoit les voies du siège de Barcelone, et cette conquête mettoit le sceau à celle de toute cette principauté, et mettoit le Roi en état d'attaquer avec succès, à la fin de l'hiver, le cœur de l'Espagne. Il avoit toujours eu ce but, et M. de Noailles, qui savoit par le Roi même l'affection qu'il avoit à ce projet, et qui en vit enfin les moyens si avancés, n'en souhaitoit pas moins l'exécution, et avec d'autant plus d'ardeur qu'elle assuroit solidement la viceroyauté qu'il avoit obtenue, augmenteroit son éclat et sa faveur, et le rendoit nécessairement le général de l'armée qui attaqueroit l'année suivante l'Espagne, par les endroits les plus sensibles et les plus aisés à pénétrer, et à la forcer à demander la paix, dont il auroit toute la gloire. Il pressa donc le Roi de donner ses ordres à temps pour le mettre en état d'entreprendre ce siège avec sûreté, et M. de Barbezieux, qu'il mettoit au désespoir, n'osoit manquer à ce qui lui étoit prescrit, et qui étoit éclairé par le double intérêt de M. de Noailles de ne manquer de rien à temps, et de ne le pas ménager s'il n'avoit toutes choses à point.

Une flotte de cinquante-deux vaisseaux partit le 3 octobre de Toulon, chargée de cinq mille deux cents hommes de troupes prises en Provence de celles de M. de Vendôme; et rien ne manquoit plus qu'à mettre la main à l'œuvre, lorsque M. de Noailles voulut rendre au Roi un compte particulier de tout, et recevoir directement ses ordres, et le tout à l'insu de M. de Barbezieux. Pour une commission si importante pour lui, il choisit Genlis, qui, étant sans bien et sans fortune, s'étoit donné à lui, et qu'il ne faut point confondre avec le vieux Genlis dont j'ai parlé plus haut, et à qui il ne cédoit point. Ce Genlis gagna

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