‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 212 sur 393 · MORT DE LA MARQUISE DE SAINT-SIMON · texte numérisé non relu

MORT DE LA MARQUISE DE SAINT-SIMON

elles étoient aimées, et si aucune ne penchoit à être religieuse. Il se mit ensuite à plaisanter avec moi sur le mariage de M. de Lauzun, puis sur le mien; il me dit, malgré cette gravité qui ne le quittoit jamais, qu'il avoit su du maréchal que je m'en étois bien acquitté, mais qu'il croyoit que la maréchale en savoit encore mieux des nouvelles.

A peine mon mariage étoit-il célébré que la marquise de Saint-Simon mourut, à quatre-vingt-onze ans, à Paris. Elle étoit tante paternelle du duc d'Uzès, veuve en premières noces du marquis de Portes, chevalier de l'ordre, tué devant Privas, frère de la connétable de Montmorency, mère de Mme la princesse de Condé et du dernier duc de Montmorency, décapité à Toulouse. Elle en avoit eu la première femme de mon père et Mllc de Portes. Elle étoit veuve du frère aîné de mon père, dont elle avoit eu les biens, et nous en avoit laissé les dettes, sans en avoir eu d'enfants. C'étoit une femme d'esprit, altière et méchante, qui n'avoit jamais pu pardonner à mon père de s'être remarié, et qui l'avoit, tant qu'elle avoit pu, séparé de son frère. Ce fut ainsi un deuil sans douleur. La duchesse d'Uzès, veuve du fils de son frère et fille unique du feu duc de Montausier. mourut en même temps.

La perte de deux hommes illustres fit plus de bruit qud celle de ces deux grandes dames: de la Fontaine, si connu par ses Fables et ses Contes, et toutefois si pesant en conversation, et de Mignard, si illustre par son pinceau. Il avoit une fille unique parfaitement belle. C'étoit sur elle qu'il travailloit le plus volontiers, et elle est répétée en plusieurs de ces magnifiques tableaux historiques qui ornent la grande galerie de Versailles et ses deux salons, et qui n'ont pas eu peu de part à irriter toute l'Europe contre le Roi, et à la liguer plus encore contre sa personne que contre son royaume.

Barbançon, premier maître d'hôtel de Monsieur, mourut aussi, si goûté du monde par le sci de ses chansons et l'agrément et le naturel de son esprit.

246 ÉCHANGE DE MEUDON Eî DE CUOISY. [1695]

Le Roi, accoutumé à dominer dans sa famille autant pour le moins que sur ses courtisans et sur son peuple, et qui la vouloit toujours rassemblée sous ses yeux, n'avoit pas vu avec plaisir le don de Ghoisy à Monseigneur, et les voyages fréquents qu'il y faisoit avec le petit nombre de ceux qu'il nommoit à chacun pour l'y suivre. Cela faisoij une séparation delà cour, qui, à l'âge de son fils, ne se pou* voit éviter, dès que le présent de cette maison l'avoit faii naître; mais il voulut au moins le rapprocher de lui. Meudon, bien plus vaste, et extrêmement superbe par les millions que M. de Louvois y avoit enfouis, lui parut propre pour cela. Il en proposa donc l'échange à Barbezieux, pour sa mère, qui l'avoit pris dans les biens pour cinq cent mille livres, et le chargea de lui en offrir quatre cent mille livres de plus, avec Ghoisy en retour. Mme de Louvois, pour qui Meudon étoit trop grand et trop difficile à remplir, fut ravie de recevoir neuf cent mille livres, avec une maison plus à sa portée et d'ailleurs fort agréable; et le même jour que le Roi témoigna désirer cet échange, il fut conclu. Le Roi ne l'avoit pas fait sans en avoir parlé à Monseigneur, pour qui ses moindres apparences de désirs étoient des ordres. Mme de Louvois passa depuis les étés en bonne compagnie à Ghoisy; et Monseigneur n'en voltigea que de plus en plus de Versailles à Meudon, où, àl'imitation du Roi, il fit beaucoup de choses dans la maison et dans les jardins, et combla les merveilles que les cardinaux de Meudon et de Lorraine et MM. Servien et de Louvois y avoient successivement ajoutées.

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