‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 215 sur 393 · MALADIE DU MARÉCHAL DE LORGES · texte numérisé non relu

MALADIE DU MARÉCHAL DE LORGES

gnie. 11 se fixa pour toujours à la cour, où il fut en pleine faveur, et y gagna beaucoup plus qu'il n'eût pu espérer de la guerre, au grand dépit de Barbezieux, qui eut à compter avec M. de Vendôme, lequel, secouru de M. du Maine, ne le laissa pas broncher à son égard.

Tout le monde partit pour les armées. Celle du Rhin ne tarda pas à le passer; mais à peine étions-nous sur le prince Louis de Baden et en état d'entreprendre, que M. le maréchal de Lorges tomba extrêmement malade, le lundi 20 juin, au camp d'Unter-Neisheim, sa droite appuyée à Bruchsall et les ennemis retranchés à Eppingen. On manquoit de fourrage, parce que ce n'étoit pas un lieu à demeurer et qu'il n'y en avoit guère dans le voisinage. L'armée, qui toujours en est si avide, pensa moins à elle qu'à son général. Tous les majors de brigade eurent ordre de demander instamment que l'on ne décampât point, et jamais armée ne montra tant d'intérêt à la vie de son chef, ni d'amour pour sa personne. 11 fut à la dernière extrémité, tellement que, les médecins qu'on avoit fait venir de Strasbourg désespérant entièrement de lui, je pris sur moi de lui faire prendre des gouttes d'Angleterre; on lui en donna cent trente en trois prises : celles qu'on mit dans du bouillon n'eurent aucun effet, les autres dans du vin d'Espagne réussirent. Il est surprenant qu'un remède aussi spiritueux, et qui n'a rien de purgatif, ait mis ceux qui avoient été donnés en si grand mouvement, et qui, depuis plus de vingt-quatre heures qu'on les donnoit, n'avoient eu aucun effet. L'opération fut douce, mais prodigieuse par bas. La connoissance revint, et peu à peu le pourpre parut partout. Cette éruption fut son salut, mais non la fin de la maladie.

Cependant l'armée soufifroit beaucoup; le maréchal de Joyeuse, qui en avoit pris le commandement, nous exposa son état, à moi et aux neveux de M. le maréchal de Lorges. il nous dit que, quoi qu'il pût arriver, il ne prendroit aucun parti que de notre consentement, et en usa en homme de sa naissance, avec toutes sortes de soins et d'égards.

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