Du "vieux Weissloch
% Saint-Simon écrit goffre, conformément à l'orthographe de son temps.
wez le Dictionnaire de M. I.ittré, au mot Gaufre.
semble beaucoup plus nombreux que nous, et leur situation rendoit fort délicat de défiler devant eux dans la plaine d'Hockenun. Le plus fâcheux inconvénient étoit l'humeur du maréchal de Joyeuse, qui ne se communiquoit à personne, et à qui il échappoit des brusqueries si fréquentes et si fortes, même aux officiers généraux les plus principaux, que personne n'osoit lui parler et que chacun l'évitoit et le laissoit faire. Enfin l'excès du besoin lui fit prendre son parti. Il le communiqua d'abord au comte du Bourg, maréchal de camp, puis à Tallart, lieutenant général, enfin à Barbezières, un de nos meilleurs maréchaux de camp, qu'il chargea d'aller reconnoître ce qu'il vouloit savoir, et de l'exécution s'il la trouvoit possible. Barbezières prit ce qu'il voulut d'infanterie et de cavalerie, et en chemin on lui fit trouver beaucoup d'outils. Je fus de ce détachement.
Barbezières en marchant m'apprit le dessein. 11 alloit visiter les ruines de Manheim, que M. de Louvois avoit fait brûler en 1688, avec tout le Palatinat; et il alloit voii si dans leurs derrières on pourroit faire un pont de bateaux, pour le passage de l'armée. En passant le ruisseau de Schweitzingen, il y laissa le bonhomme Charmarel, lieutenant-colonel de Picardie et un des meilleurs et des plus estimés brigadiers d'infanterie, avec beaucoup d'infanterie, avec ordre d'y faire une centaine de ponts. Arrivé aux ruines de Manheim, il fit demeurer toutes les troupes dans la plaine qui est au-devant, prit avec lui cent maîtres et ceux qu'il avoit menés pour travailler, et alla tout reconnoître. 11 me permit de le suivre. Nous fîmes le tour de tout ce qui étoit la ville et le château de Manheim ; nous coulâmes ensuite derrière ces ruines, le long du Rhin, pour en reconnoître les bords; et après qu'il eut tout fort exactement examiné, il jugea que le pont y seroit construit avec facilité au moyen que je vais expliquer.
On pouvoit mettre l'entrée du pont en sûreté avec peu de travail dans ces ruines et peu d'infanterie à le garder. Il se trouvoit en cet endroit du Rhin une petite île d'abord et une plus grande ensuite, ce qui donnoit l'i commodité