‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 224 sur 393 · VAUDEMONT ÉCHAPPÉ AU PLUS GRAND DANGER · texte numérisé non relu

VAUDEMONT ÉCHAPPÉ AU PLUS GRAND DANGER

Maine d'attaquer et d'engager l'action, comptant de le soutenir avec toute son armée, et qui pour arriver à temps âvoit besoin que les ennemis fussent retardés, puis empêchés de marcher par rengagement dans lequel notre gauche les auroit mis. Impatient de ne point entendre l'effet de cet ordre, il dépêche de nouveau à M. du Maine, et redouble cinq ou six fois. M. du Maine voulut d'abord reconnoître, puis se confesser, après mettre son aile en ordre, qui y étoit depuis longtemps, et qui petilloit d'entrer en action. Pendant tous ces délais, Vaudemont marchoit le plus diligemment que la précaution le lui pouvoit permettre. Les officiers généraux de notre gauche se récrioient. Montrevel, lieutenant général le plus ancien d'eux, ne pouvant plus souffrir ce qu'il voyoit, pressa M. du Maine, lui remontra l'instance des ordres réitérés qu'il recevoit du maréchal de Villeroy, la victoire facile et sûre, l'importance pour sa gloire, pour le succès de Namur, pour le grand fruit qui s'en devoit attendre, de l'effroi et de la crudité * des Pays-Bas après la, déroute de la seule armée qui les pouvoit défendre. !1 se jeta à ses mains, il ne put retenir ses larmes; rien ne fut refusé ni réfuté, mais tout fut inutile. M. du Maine balbutioit, et fit si bien que l'occasion échappa, et que M. de Vaudemont en fut quitte pour le plus grand péril qu'une armée put courir d'être entièrement défaite, si son ennemi, qui la voyoit et la comptoit homme par homme, eut fait le moindre mouvement pour l'attaquer.

Toute notre armée étoit au désespoir, et personne ne se contraignoit de dire ce que l'ardeur, la colère et l'évidence suggéroit. Jusqu'aux soldats et aux cavaliers montroient leur rage sans se méprendre; en un mot, officiers et soldats, tous furent plus outrés que surpris. Tout ce que put faire le maréchal de Villeroy fut de débander trois régiments de dragons, menés par Artagnan, maréchal de camp, sur leur arrière-garde, qui prirent quelques drapeaux et mirent quelque désordre dans les dernières troupes qui faisoient l'arrière-garde de tout.

1. Les précédents éditeurs ont donné nudité; le manuscrit porte bien crudHc

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