‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 225 sur 393 · VILLEROY HABILE COURTISAN · texte numérisé non relu

VILLEROY HABILE COURTISAN

Le maréchal de Villeroy, plus outré que personne, étoit trop bon courtisan pour s'excuser sur autrui. Content du témoignage de toute son armée, et de ce que toute son armée n'avoit que trop vu et senti, et des clameurs dont elle ne s'étoit pas tenue, il dépêcha un de ses gentilshommes au Roi, à qui il manda que la diligence dont Vaudemont avoit usé dans sa retraite Favoit sauvé de ses espérances, qu'il avoit crues certaines, et sans entrer en aucun détail, se livra à tout ce qu'il pourroit lui en arriver. Le Roi, qui depuis vingt-quatre heures les comptoit toutes dans l'attente de la nouvelle si décisive d'une victoire, fut bien surpris quand il ne vit que ce gentilhomme, au lieu d'un homme distingué, et bien touché quand il apprit la tranquillité de cette journée. La cour en suspens, qui pour son fils, qui pour son mari, qui pour son frère, demeura dans l'étonnement, et les amis du maréchal de Villeroy dans le dernier embarras. Un compte si général et si court, rendu d'un événement si considérable et si imminent réduit à rien, tint le Roi en inquiétude : il se contint, en attendant un éclaircissement du temps. Il avoit soin de se faire lire toutes les gazettes d'Hollande. Dans la première qu'il parut, il lut une grosse action à la gauche, des louanges excessives de la valeur de M. du Maine, que ses blessures avoient arrêté le succès et sauvé M. de Vaudemont, et que M. du Maine avoit été emporté sur un brancard. Cette raillerie fabuleuse piqua le Roi, mais il le fut bien davantage de la gazette suivante, qui se rétracta du combat qu'elle avoit raconté, et ajouta que M. du Maine n'avoit pas même été blessé. Tout cela, joint au silence qui avoit régné depuis cette journée, et au compte si succinct que le maréchal de Villeroy lui en avoit rendu , et sans chercher aucune excuse, donna au Roi des soupçons qui l'agitèrent.

La Vienne, baigneur à Paris fort à la mode, étoit devenu le sien du temps de ses amours. Il lui avoit plu par des drogues qui l'avoient mis en état plus d'une fois de se satisfaire davantage, et ce chemin l'avoit conduit à devenir

Page 1