‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 242 sur 393 · PICOTERIE DES PRINCESSES · texte numérisé non relu

PICOTERIE DES PRINCESSES

le Roi alloit chez Mnie de Maintenon, qui alors dînoit souvent à la table du Roi, se mettoit vis-à-vis de lui (les tables étoient rondes), ne mangeoit jamais qu'à celle-là, et soupoit toujours seule chez elle. Pour expliquer le fait il falloit mettre ce tableau au net.

Les princesses n'étoient que très-légèrement raccommodées, comme on Ta vu plus haut, et Mme la princesse de Conti intérieurement de fort mauvaise humeur du goût de Monseigneur pour la Choin, qu'elle ne pouvoit ignorer, et dont elle n'osoit donner aucun signe. A un dîner pendant lequel Monseigneur étoit àla chasse, et où sa table étoit tenue par Mme la princesse de Conti, le Roi s'amusa à badiner avec Madame la Duchesse, et sortit de cette gravité qu'il ne quittoit jamais, pour, à la surprise de la compagnie, jouer avec elle aux olives. Gela fit boire quelques coups à Madame la Duchesse; le Roi fit semblant d'en boire un ou deux, et cet amusement dura jusqu'au fruit et à la sortie de table. Le Roi, passant devant Mme la princesse de Conti pour aller chez Mme de Maintenon, choqué peut-être du sérieux qu'il lui remarqua, lui dit assez sèchement que sa gravité ne s'accommodoit pas de leur ivrognerie. La princesse, piquée, laissa passer le Roi, puis se tournant à Mme de Châtillon, dans ce moment de chaos où chacun se lavoît la bouche, lui dit qu'elle aimoit mieux être grave que sac à vin, entendant quelques repas un peu allongés que ses sœurs avoient faits depuis peu ensemble. Ce mot fut entendu de Mmc la duchesse de Chartres, qui répondit assez haut, de sa voix lente et tremblante, qu'elle aimoit mieux être sac à vin que sac à guenilles : par où elle entendoit Clermont et des officiers des gardes du corps, qui avoient été, les uns chassés, les autres éloignés, à cause d'elle. Ce mot fut si cruel qu'il ne reçut point de repartie, et qu'il courut sur-le-champ par Marly, et de là par Paris et partout. Madame la Duchesse, qui, avec bien de la grâce et de l'esprit, a l'art des chansons salées, en fit d'étranges sur ce même ton. Mmc la princesse de Conti, au désespoir, et qui n'avoit pas les mêmes armes, ne sut que devenir.

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