‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 243 sur 393 · PICOTERIE DES PRINCESSES · texte numérisé non relu

PICOTERIE DES PRINCESSES

Monsieur, le roi des tracasseries, entra dans celle-ci, qu'il trouva de part et d'autre trop forte ; Monseigneur s'en mêla aussi : il leur donna un dîner à Meudon, où Mmc la princesse de Gonti alla seule, et y arriva la première; les deux autres y furent menées par Monsieur. Elles se parlèrent peu, tout fut aride, et elles revinrent de tous points comme elles étoient allées.

La fin de cette année fut orageuse à Marly. M,uc la duchesse de Chartres et Madame la Duchesse, plus ralliées par l'aversion de Mme la princesse de Conti, se mirent, au voyage suivant, à un repas rompu, après le coucher du Roi, dans la chambre de Mme de Chartres au château. Monseigneur joua tard dans le salon. En se retirant chez lui, il monta chez ces princesses, et les trouva qui fumoient avec des pipes qu'elles avoient envoyé chercher au corps de garde suisse. Monseigneur, qui en vit les suites si cette odeur gagnoit, leur fit quitter cet exercice; mais la fumée les avoit trahies. Le Roi leur fit le lendemain une rude correction, dont Mme la princesse de Conti triompha. Cependant ces brouilleries se multiplièrent, et le Roi, qui avoit espéré qu'elles finiroient d'elles-mêmes, s'en ennuya, et un soir à Versailles, qu'elles étoient dans son cabinet après son souper, il leur en parla très-fortement, et conclut par les assurer que, s'il en entendoit parler davantage, elles avoient chacune des maisons de campagne où il les enverroit pour longtemps, et où il les trouveroit fort bien. La menace eut son effet, et le calme et la bienséance revinrent, et suppléèrent à l'amitié.

Page 1