‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 251 sur 393 · MORT DE MM DE GUISE · texte numérisé non relu

MORT DE MM DE GUISE

quelques-uns qu'il a faits pour elle. Il venoit de perdre l'abbé qu'il avoit choisi, et qui étoit à souhait : il n'avoit pas cinquante ans et il étoit d'une bonne santé; une fièvre maligne l'emporta. Mme de Guise contribua à faire agréer au Roi celui que Monsieur de la Trappe désira mettre en sa place.

Ce fut la dernière bonne œuvre de cette princesse. Elle tomba incontinent après malade, d'un mal assez semblable à celui dont M. de Luxembourg étoit mort, et qui l'emporta de même, le 17 mars. Elle avoit reçu ses sacrements, et elle mourut avec une piété semblable à sa vie. Le Roi l'aimoit, etl'alla voir deux fois, la dernière le matin du jour qu'elle mourut, et le soir il alla coucher et passer quelques jours à Marly, pour laisser faire les cérémonies. Mais elle les avoit toutes défendues, et voulut être enterrée, non à Saint-Denis suivant sa naissance, mais aux Carmélites du faubourg Saint-Jacques, et en tout comme une simple religieuse : elle fut obéie. On ne sut qu'à sa mort qu'elle portoit un cancer depuis longtemps, qui paroissoit prêt à s'ouvrir. Dieu lui en épargna les douleurs. Elle avoit fait et jeûné tous les carêmes, et toute sa vie n'en étoit pas moins pénitente. Le Roi donna mille écus de pension à Mme de Vibraye, sa dame d'honneur, et cinq cents écus à chacune de ses filles d'honneur. La duchesse de Joyeuse, sa belle-mère, ne la survécut pas deux mois, dans l'abbaye d'Essey, où elle faisoit prendre soin d'elle depuis la mort de Mme d'Angoulême.

Le marquis de Blanchefort, second fils du feu maréchal de Grequy, beau, bien fait, galant, avancé et fort appliqué à la guerre, mourut en même temps à Tournay, sans alliance, et M. de Saint-Geran tomba mort dans Saint- Paul, à Paris. On dit qu' [il] venoit de faire ses dévotions. C'est ce comte de Saint-Geran si connu par ce procès célèbre sur son état, qui est entre les mains de tout le monde. 11 portoit une calotte, d'une furieuse blessure qu'il avoit reçue devant Besançon, du crâne du frère aîné de Beringhen, premier écuyer, à qui un coup de canon Saint-Simon i. 20

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emporta la tête. M. de Saint-Geran étoit court, gros et entassé, avec de gros yeux et de gros traits qui ne promettaient rien moins que l'esprit qu'il avoit. Il avoit été auprès de quelques princes d'Allemagne, lieutenant général, chevalier de l'ordre en 1688, fort pauvre, presque toujours à la cour, mais peu de la cour quoique dans les meilleures compagnies. Sa femme, charmante d'esprit et de corps, F avoit été pour d'autres que pour lui; leur union étoit moindre que médiocre. M. de Seignelay entre autres Favoit fort aimée. Elle avoit toujours été recherchée dans ce qui l'étoit le plus à la cour, et dame du palais de la Reine, recherchée elle-même dans tout ce qu'elle avoit, et mangeoit avec un goût exquis et la délicatesse et la propreté la plus poussée. Elle étoit fille du frère cadet de M. de Blainville, premier gentilhomme de la chambre de Louis XIII, à la mort duquel sans enfants mon père eut sa charge. Sa viduité ne l'affligea pas. Elle ne sortoit point de la cour, et n'avoit pas d'autre demeure. G'étoit en tout une femme d'excellente compagnie et extrêmement aimable, et qui fourmilloit d'amis et d'amies.

On perdit en même temps Mme de Miramion, à soixantesix ans, dans le mois de mars, et c'en fut une véritable 1. Elle s'appeloit Bonneau, et son père le sieur de Rubelle, de fort riches bourgeois de Paris. Elle en avoit épousé un autre, d'Orléans, fort riche aussi, dont le père avoit obtenu lies lettres patentes pour changer son sale et ridicule nom de Beauvit, en celui de Beauharnois. Elle fut mariée et veuve la même année, en 4645, et demeura grosse d'une fille, qu'elle maria à M. de Nesmond, qu'elle vit longtemps président à mortier à Paris, et qui n'eut point d'enfants. Mme de Miramion veuve, jeune, belle et riche, fut extrement recherchée de se marier sans y vouloir entendre. Bussy Rabutin, si connu par son Histoire amoureuse des Gaules et par la profonde disgrâce qu'elle lui attira, et encore plus par la vanité de son esprit et la bassesse de son

i. Et ce fut une véritable perte.

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cœur, quoique très-brave à la guerre, lavouloit épouser absolument, et protégé par Monsieur le Prince, qui n'eut pas, àans les suites, lieu de se louer de lui, l'enleva et la conduisit dans un château. Tout en y arrivant, elle prononça devant ce qu'il s'y trouva de gens un vœu de chasteté, juiis dit à Bussy que c'étoit à lui à voir ce qu'il vouloir faire. Il se trouva étrangement déconcerté de cette action si fortç. et si publique, et ne songea plus qu'à mettre sa proie en liberté et à tâcher d'accommoder son affaire. De ce moment Mme de Miramion se consacra entièrement à la piété et à toutes sortes de bonnes œuvres. C'étoit une femme d'un grand sens et d'une grande douceur, qui de sa tête et de sa bourse eut part à plusieurs établissements très-utiles dans Paris; et elle donna la perfection à celui de la communauté de Sainte-Geneviève, sur le quai de la Tournelle, où elle se retira et qu'elle conduisit avec ; grande édification, et qui est si utile à l'éducation de tant de jeunes filles et à la retraite de tant d'autres filles et veuves. Le Roi eut toujours une grande considération pour elle, dont son humilité ne se servoit qu'avec grande réserve et pour le bien des autres, ainsi que de celle que lui témoignèrent toute sa vie les ministres, les supérieurs ecclésiastiques et les magistrats publics. Sa fille, dont la maison étoit contiguë à la sienne, se fit un titre d'en prendre soin après sa mort, et devenue veuve se fit dévote en titre d'office et d'orgueil, sans quitter le monde qu'autant qu'il fallut pour se relever sans s'ennuyer. Elle s'étoit ménagé les accès de sa mère de son vivant, et les sut bien cultiver après, surtout Mme de Maintenon, dont elle se vantoit modestement. Ce fut la première femme de son état qui ait fait écrire sur sa porte : hôtel de Nesmond. On en rit, on s'en scandalisa; mais l'écriteau demeura, et est ilevenu l'exemple et le père de ceux qui de toute espèce &nt peu à peu inondé Paris. C'étoit une créature suffisante, aigre, altière, en un mot une franche dévote, et lont le maintien la découvroit pleinement. Mme de Sévigné, si aimable et de si excellente compagnie,

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mourut quelque temps après à Grignan, chez sa fille, qui étoit son idole et qui le méritoit médiocrement. J'étoïs fort des amis du jeune marquis de Grignan, son petit-fils. Cette femme, par son aisance, ses grâces naturelles, la douceur de son esprit, en donnoit par sa conversation à qui n'en avoitpas; extrêmement bonne d'ailleurs, et savoit extrêmement de toutes sortes de choses, sans vouloir jamais paroître savoir rien. t

Le P. Séraphin, capucin, prêcha cette année le carême à la cour. Ses sermons, dont il répétoit souvent deux fois de suite les mêmes phrases, et qui étoient fort à la capucine, plurent fort au Roi, et il devint à la mode de s'y empresser et de l'admirer; et c'est de lui, pour le dire en passant, qu'est venu ce mot si répété depuis : sans Dieu point de cervelle. Il ne laissa pas d'être hardi devant un prince qui croyoit donner les talents avec les emplois. Le maréchal de Villeroy étoit à ce sermon; chacun, comme entraîné, le regarda. Le Roi fit des reproches à M. de Vendôme, puis à M. de la Rochefoucauld, de ce qu'ils n'alloient jamais au sermon, pas même à ceux du P. Séraphin : M. de Vendôme lui répondit librement qu'il ne pouvoit aller entendre un homme qui disoit tout ce qu'il lui plaisoit sans que personne eût la liberté de lui répondre, et fit rire le Roi par cette saillie; M. de la Rochefoucauld le prit sur un autre ton, en courtisan avisé : il lui dit qu'il ne pouvoit s'accommoder d'aller, comme les derniers de la cour, demander une place à l'officier qui les distribuoit, s'y prendre de bonne heure pour en avoir une bonne, et attendre, et se I mettre où il plaisoit à cet officier de le placer. Là-dessus, et tout de suite, le Roi lui donna pour sa charge une quatrième place derrière lui, auprès du grand chambellan, en sorte que partout il est ainsi placé : le capitaine des gardes derrière le Roi, qui a le grand chambellan à sa droite et le premier gentilhomme de la chambre à sa gauche, et jamais que ces trois-là, jusqu'à cette quatrième que M. de la Rochefoucauld sut tirer sur le temps pour sa charge, qui n'en avoit point, qui est nouvelle,

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