Saint-Simon ne donne pas le texte de l'arrêt
± Les mots imprimés en italique sont soulignés dans le manuscrit.
320 PRÉVARICATION DE IIARLAY. [4696]
et à qui est-ce enfin à décider des dignités et de leur effet, sinon à celui qui en est le seul maître, dispensateur et arbitre suprême, et à la source incorruptible de la justice? Nous demandons cette grâce à Votre Majesté avec toute la soumissionettoutel'instance dont nous sommes capables, et aucun de nous ne la désire avec une ardeur moins vive que la restitution de ses biens et de son honneur, également contents et soumis au succès, tel qu'il puisse être, pourvu que sa décision sorte de la bouche de l'oracle de la justice. »
Dès que j'eus achevé ce projet de mémoire, j'allai le porter au duc de la Trémoille, à qui j'avois mandé de ne s'en aller pas à Marly que je ne l'eusse vu. Mmc de la Trémoille et la duchesse de Crequy, sa mère, qui en entendirent la lecture avec lui, auroient bien voulu qu'il l'eût porté au Roi. Il en avoit aussi grande envie, mais la scène de M. de la Rochefoucauld et sa foiblesse les en détourna. Je ne trouvai pas mieux mon compte avec le duc de Chaulnes, à qui je le portai, et de là je m'en revins chez moi plus fâché, s'il se pouvoit encore, que je n'en étois sorti. Il étoit pourtant vrai que le Roi trouva le jugement contre toutes les formes et très-extraordinaire, et qu'il s'attendoit aux plaintes qui lui en seroient portées. Il s'en expliqua même à son dîner d'une manière peu avantageuse au Parlement, et toute sa promenade, le soir, dans ses jardins se passa à ouïr M. de Chevreuse, qui revenoit de Paris, et à lui faire des questions peu obligeantes pour les juges. Mais l'obstination de M. de la Rochefoucauld, qui tourna en dépit contre soi-même, rendit tout inutile, et me combla de déplaisir, que j'allai chercher àémousser à la Trappe pour y profiter du temps de la semaine sainte. En revenant, j'appris que le Roi, à son retour à Versailles, avoit fort parlé de ce jugement au premier président; que ce magistrat l'avoit fort blâmé, et dit au Roi que notre cause étoit indubitable pour nous, et qu'il l'avoit toujours et dans tous les temps estimée telle. C'était se jeter à luimôme la dernière pierre. Pensant ainsi, quel juge, après
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tout ce qu'il fît contre nous, jusqu'à nous forcer à le récuser, et après en faire plus ouvertement contre nous sa propre chose! S'il ne le pensoit pas, quel juge encore et quel prévaricateur, de répondre au Roi avec cette flatterie sur ce qu'il voyoit quel étoitson sentiment!
Les juges eux-mêmes, honteux de leur jugement, s'excusèrent sur la compassion de l'état de M. de Luxembourg, tombé de toute pairie sans cet expédient, et sur l'impossibilité qu'il gagnât jamais la préséance de l'ancienne érection de 1581, dont ils lui avoient laissé la chimère : c'est-à-dire qu'après s'être déshonorés par le jugement, ils montrèrent par là la honte qu'ils en ressentoient. M. de Luxembourg fut reçu au Parlement au rang de 1662!, le vendredi 4 mai suivant; le duc de la Ferté et deux autres de la queue seulement s'y trouvèrent. 11 vint chez nous tous, mais aucun ne voulut d'aucun commerce ni avec lui ni avec ses juges. Nous portâmes tous nos remerciements à l'avocat général Daguesseau, qui pour la première fois de sa vie fut tondu, et dans la seule cause qu'il eût peut-être plaidée, où cela étoit de droit impossible par son seul caractère d'avocat général.