PRÉVENANCES DE CHOISEUL
que Pontchartrain eut toutes les peines du monde à l'empêcher. Ce n'est pas que la Feuillade ne vécût très-mal avec Châteauneuf, secrétaire d'État, et avec sa fille, qu'il avoit épousée dès 1692!; mais un coup de cet éclat leur parut à tous mériter tous les efforts de leur crédit pour le parer.
J'avois vu le maréchal de Choiseul avant partir, chez lui, et chez moi, et j'en avois reçu toutes sortes d'offres el de civilités. Il étoit assez de la connoissance de mon père et comme il étoit plein d'honneur et de sentiments, il s^ piqua de faire merveilles à tout ce qui dans son armée tenoitàM. le maréchal de Lorges. Je trouvai à Philisbourg Milliers, mestre de camp de cavalerie, qui y étoit venu avec un assez gros détachement, et qui s'en retournoit le lendemain à l'armée, laquelle venoit, d'entrée de campa- , gne, de passer le Rhin. En traversant les bois de Bruchsall, | nous trouvâmes les débris de l'escorte qui avoit conduit ; Montgon la veille, et qui avoit été bien battue, assez de | gens tués et pris; et Montgon gagna le camp seul et de | vitesse comme il put. J'avois fait tout ce que j'avois pu ï pour le joindre en arrivant un jour plus tôt à Philisbourg, | et je ne me repentis pas de n'avoir pu y réussir. J'allai omettre pied à terre chez le maréchal de Choiseul. 11 me \ pressa extrêmement de loger au quartier général, mais je Ile suppliai de me permettre de camper à la queue de mon i; régiment, et je l'obtins avec peine. 11 demanda au marquis d'Huxelles comment M. le maréchal de Lorges en usoit avec moi et avec ses neveux, pour que nous ne nous aperçussions de la différence que le moins qu'il lui seroit possible, et en effet il ne se lassa point cU nous prévenir m tout, tant que la campagne dura, et de nous combler d'attentions et de toutes les distinctions qu'il put. De juin, qui commençoit, jusqu'en septembre, le maréchal et le prince Louis de Baden, la plupart du temps dans ses lignes d'Eppingen, ne firent que s'observer et subsister ; après quoi nous repassâmes le Rhin à Philisbourg, où l'arrièrejarde fut tâtée plutôt qu inquiétée, sans le plus léger
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inconvénient. La campagne mérita depuis plus d'attention. Je me servirai de ce loisir jusqu'en septembre, pour faire des courses ailleurs.
La Flandre ne fournit rien du tout cette année : il ne fut question de part et d'autre que de subsistances et que de s'épier. Le prince d'Orange laissa de fort bonne heure l'armée à l'électeur de Bavière, avec lequel il ne se passa rien non plus. Pendant la campagne, le bonhomme du Montai mourut à Dunkerque. 11 avoit un corps séparé vers la mer. G'étoit un très-galant homme, et qui se montra tel jusqu'au bout, à plus de quatre-vingts ans. Il vaqua par sa mort le gouvernement de Mont-Royal et un collier de l'ordre ; et le public et les troupes, qui lui rendirent justice, trouvèrent honteux qu'il n'eût pas été fait maréchal de France : j'ai parlé de lui lorsqu'on les fit. Le marquis de Noailles, qui servoit en Flandres, y mourut de la petite vérole, et ne laissa que deux filles. Le duc son frère eut pour un de ses fils enfant la lieutenance générale d'Auvergne, qu'il avoit.
11 ne faut pas omettre la mort de deux hommes célèbres en genre fort différent, qui arriva en ce même temps : de Varillas, si connu par les histoires qu'il a écrites ou traduites, et du Plessis, écuyer de la grande écurie, et le premier homme de cheval de son siècle, quoique déjà fort vieux.
Une autre mort fit plus de bruit dans le monde, et y eut de grandes suites; c'est ceJle du fameux roi de Pologne Jacques1 Sobieski, qui arriva subitement: ce grand homme est si connu que je ne m'y étendrai pas.
En Catalogne, M. de Vendôme battit la cavalerie d'Espagne; elle étoit de quatre mille hommes, à la tête desquels étoit le prince de Darmstadt. Ils en ont eu le quart tué ou pris, et le comte de Tilly, commissaire général, neveu de Serelaes, est des derniers; et il n'en a coûté qu'une centaine de carabiniers et autant de dragons. Longucval, lieutenant général, fut reconnoître après l'action