DUCHESSE DU LUDE DAME D'HONNEUR
fussent, et à qui les ministres qui travailloient chez Mme de Maintenon faisoient la révérence bien bas. Toute inaccessible qu'elle fût, il lui restoit pourtant quelques anciennes amies de l'ancien temps, avec qui elle s'humanisoit, quoique rarement, et heureusement pour la duchesse du Lude, elle avoit une vieille mie qui i'avoit élevée, qu'elle avoit toujours gardée et qui l'aimoit passionnément, qui étoit de l'ancienne connoissance de Nanon, et qu'elle voyoit quelquefois en privance. La duchesse du Lude la lui détacha, et finalement vingt mille écus comptant firent son affaire, le soir même du samedi que le Roi avoit parlé à Monsieur, le matin, avec tant d'éloignement pour elle. Et voilà les cours! Une Nanon qui en vend les plus importants et les plus brillants emplois, et une femme riche, duchesse, de grande naissance par soi et par ses maris, sans enfants, sans liens, sans affaires, libre, indépendante, a la folie d'acheter chèrement sa servitude! Sa joie fût extrême, mais elle sut la contenir, et sa façon de vivre et le nombre d'amis et de connoissances particulières qu'elle avoit su toute sa vie se faire et s'entretenir à la ville et à la cour entraînèrent lex gros du monde à l'applaudissement de ce choix.
La duchesse d'Arpajon et la maréchale de Rochefort furent outrées. Celle-ci fit les hauts cris, et se plaignit sans nul ménagement qu'on manquoit à la parole qu'on lui avoit donnée, sur laquelle seule elle avoit consenti à être dame d'honneur de Mme la duchesse de Chartres : elle confondoit adroitement les deux places de dame d'honneur et de dame d'atour, pour se relever et crier plus fort. S'étoit la dernière.qu'elle avoit chez Madame la Dauphine, et qui lui avoit été promise. M,ne de Maintenon, qui la méprisoit, en fut piquée, parce qu'elle I'avoit fait donner à I M,I,e de Mailly. Elle prit le tour d'accuser la maréchale j d'être elle-même cause de ce dégoût, qu'on ne lui vouloit pas donner, par avoir tellement soutenu sa fille que par considération pour elle on ne I'avoit pas chassée. La maréchale en fut la dupe, et bien qu'en conservant tout son dépit et que la place fût donnée, elle abandonna sa fille.