‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 276 sur 393 · COMTESSE DE BLANSAC CHASSÉE · texte numérisé non relu

COMTESSE DE BLANSAC CHASSÉE

de rage, qui fut renvoyée à Paris avec défense de paroître à la cour. Cette fille étoit mère de Nangis en premières noces, qui avoit plus que mal vécu avec ce premier mari, et qui ruina son fils sans paroître, qui étoit très-riche, qui devint grosse de Blansac, qu'on fit revenir de l'armée pour l'épouser, et elle accoucha de Mmc de Tonnerre la nuit même qu'elle fut mariée.

On ne pouvoit avoir plus d'esprit, plus d'intrigue, plift de douceur, d'insinuation, de tour et de grâces dans l'esprit, une plaisanterie plus fine et plus salée, ni être plus maîtresse de son langage pour le mesurer à ceux avec qui elle étoit. G'étoit en même temps de tous les esprits le plus méchant, le plus noir, le plus dangereux, le plus artificieux, d'une fausseté parfaite, à qui les histoires entières couloient de source, avec un air de vérité et de simplicité qui étoit prêt à persuader ceux même qui savoient, à n'en pouvoir douter, qu'il n'y avoit pas un mot de vrai; avec tout cela une sirène enchanteresse, dont on ne se pouvoit défendre qu'en la fuyant, quoiqu'on la connût parfaitement. Sa conversation étoit charmante, et personne n'assénoit si plaisamment ni si cruellement les ridicules, même où il n'y en avoit point, et comme n'y touchant pas; au demeurant plus que très-galante tant que sa figure lui avoit fait trouver avec qui, fort commode ensuite, et depuis se ruina pour les plus bas valets. Malgré de tels vices, et dont la plupart étoient si destructifs de la société, c'étoit la fleur des pois à la cour et à la ville : sa chambre ne désemplissoit pas de ce qui y étoit et de plus brillant et de la meilleure compagnie, ou par crainte ou par enchantement, et avoit en outre des amis et des amies considérables; elle étoit fort recherchée des trois filles du Roi; c'étoit à qui l'auroit; mais la convenance de sa mère l' avoit attachée à Mme la duchesse de Chartres plus qu'aux autres : elle la gouvernoit absolument. Les jalousies et les tracasseries qui en naquirent résignèrent de Monsieur et de M. le duc de Chartres jusqu'à l'aversion : elle en fut chassée. A force de temps, de pleurs et de souplesses de

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Mmcla duchesse de Chartres, elle fut rappelée. Elle retourna à Marly; elle fut admise à quelques parties particulières avec le Roi. Elle le divertit avec tant d'esprit qu'il ne parla d'autre chose à Mmc de Maintenon; elle en eut peur, et ne chercha plus qu'à l'éloigner du Roi (elle le fit avec soin et adresse), puis à la chasser de nouveau pour plus grande sûreté, et elle saisit l'occasion d'en venir à bout. On se moqua bien de la mère, d'y avoir consenti si inutilement pour la place qu'elle ne pouvoit plus avoir, et par une sotte et folle colère d'honneur et de duperie; mais la fille demeura à Paris pour longtemps.

La duchesse d'Arpajon, mariée belle et jeune à un vieillard qui ne sortoit plus de Rouergue et de son château de Séverac, s'étoit vue noyée d'affaires et de procès, depuis qu'elle fut veuve, au parlement de Toulouse, pour ses reprises et pour sa fille unique, dont des incidents importants l'amenèrent à Paris pour y plaider au conseil. G'étoit une personne d'une grande vertu, d'une excellente conduite, qui avoit grande mine et des restes de beauté. On ne l'ayoît presque jamais vue à la cour ni à Paris, et on l'y appeloit la duchesse des bruyères. Elle ne rétoit qu'à bre- ' vet. Mme de Richelieu mourut fort tôt après son arrivée, et la surprise fut extrême de voir la duchesse d'Arpajon tout à coup nommée dame d'honneur de Madame la Dauphine I en sa place. Elle-même la fut plus que personne; jamais I elle n'y avoit pensé, ni M. de Beuvron son frère : ce fut I pourtant lui qui la fit sans le savoir. Il avoit autrefois été plus que bien avec Mme Scarron; celle-ci n'oublia point ses anciens amis de ce genre : elle compta sur l'attachement I de sa sœur par lui, par reconnoissance et par se trouver I parfaitement isolée au milieu de la cour. On ne pouvoit I avoir moins d'eprit, mais ce qu'elle en avoit étoit fort I sage, et elle avoit beaucoup de sens, de conduite et de dignité; et il est impossible de faire mieux sa charge qu'elle la fit, avec plus de considération et plus au gré de tout le monde. Elle espéra donc être choisie; elle le demanda; le monde le crut et le souhaita; mais les vingt

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