‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 291 sur 393 · J RETRAITE DES IMPÉRIAUX · texte numérisé non relu

J RETRAITE DES IMPÉRIAUX

d'aller à eux pour les combattre, mais de rompre tous leurs desseins en barrant de la montagne au Rhin, nos inondations étoient faites, en sorte qu'il n'y avoit que deux ouvertures, par lesquelles on ne pouvoit sortir qu'un à un. La raison du maréchal fut donc que s'il n'y avoit clans la plaine que ces petits pelotons que nous voyions, ce n'étoit pas la peine d'aller à eux pour leur faire doubler le pas; que si, au contraire, il y avoit des troupes derrière les haies et ce qui bôrnoit notre vue, il ne falloit pas exposer Saint-Frémont à être battu sous nos yeux sans pouvoir être secouru, et faire ainsi, sans raison, une mauvaise affaire et honteuse, d'une bonne, puisque les ennemis se retiroient sans avoir pu exécuter quoi que ce soit. Saint- Frémont, qui avoit aussi ses souterrains, et qui étoit ami du marquis d'Harcourt, ne laissa pas d'être accusé d'avoir écrit qu'il n'avoit tenu qu'au maréchal de Ghoiseul de battre l'arrière-garde des ennemis, sans qu'il eût pu le lui persuader. Les ennemis avoient retiré leurs postes le long du ruisseau et des inondations, qui n'étoient qu'à une portée de carabine des nôtres, toute la nuit précédente en grand silence, et y avoient laissé leurs feux tant qu'ils avoient pu durer, et en même temps retiré tout ce qu'ils avoient de canons en batterie; et l'artillerie qui n'y étoit pas et leurs bagages, les avoient fait passer à Worms avec quelque peu de troupes sur leur pont de bateaux, qu'ils défirent aussitôt après. Leur armée marcha fort vite à Mayence, où elle repassa le Rhin, dédaigna de prendre Eberbourg et Kirn, deux bons châteaux qu'il ne tenoit qu'à eux * de prendre, et se mirent aussitôt après en quartiers de fourrages, non oans force querelles entre les généraux, enragés d'avoir tant éclaté en menaces et en grands projets et de n'avoir pu rien exécuter. Cela fut uniquement dû à la capacité et à la fermeté tout ensemble du maréchal de Choiseul, qui laissa tonner la cour, crier ses premiers offi -

1. Saint-Simon a bien écrit eux et, quelques mots plus loin, mirent, au pluriel.

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