PRÉCAUTIONS DE CHOISEUL
ciers généraux, intriguer M. d'Harcourt, sans s'ébranler en aucune sorte.
Le lendemain de cette retraite, nous fûmes voir leurs camps et leurs travaux, et nous admirâmes les peines qu'ils eurent sans doute à guinder leur canon si haut, et le reste de leurs ouvrages, qui nous parurent prodigieux. Les fourrages leur manquoient, ils tiroient de fort loin leurs vivres, tout enfin les avoit obligés à la retraite. Le maréchal avoit gardé toutes les lettres du marquis d'Harcourt et la copie de ses réponses. 11 avoit mis un petit commentaire concis et fort en marge vis-à-vis des endroits qui le demandoient, et avoit envoyé tout cela au Roi dans un grand cahier.
N'y ayant plus rien à faire et les troupes allant dans leurs quartiers de fourrages, je voulus m'en aller à Paris. Le mois d'octobre étoit fort avancé, M,ne de Saint-Simon avoit perdu M. Frémont, père de Mme la maréchale de Lorges, et elle étoit en même temps heureusement accouchée de ma fille, le 8 septembre. Le maréchal me le permit; il m'avoit traité avec tant de politesse et d'attention que je m'attachai à lui, et qu'il me donna enfin sa confiance, dont à mon âge je me sentis fort honoré. Je savois tout ce qui s'étoit passé entre le marquis d'Harcourt et lui, et il m'avoit montré ce cahier qu'il avoit envoyé au Roi. 11 me pria de conter tous ces détails au duc de Bcauvillier en arrivant, et de l'engager à le servir, ce que j'exécutai tout à fait à la satisfaction du maréchal.