‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 303 sur 393 · Voyez ci dessus, p. 213 et note i · texte numérisé non relu

Voyez ci dessus, p. 213 et note i

382 CAILLIÈRES. [1696^

mort du fils, puis ' du père, suivirent d'assez près le mariage. Caillières se livra à la protection de M. de Chevreuse, à qui il plut par ses lettres et par son esprit d'affaires et de raisonnement, et par le soin qu'il prit des affaires des deux filles que son gendre avoit laissées.

C'étoit la vie et l'occupation de Caillières, lorsque le hasard lui fit rencontrer dans les rues de Paris un marchand hollandois fort de ses amis et fort accrédité dans son pays, venu à Paris pour des affaires de prises et de négoces ; ils renouvelèrent connoissance et amitié, parlèrent de la guerre et de la paix, et raisonnèrent tant ensemble, que le marchand lui avoua de bonne foi le besoin et le désir qu'avoit sa République delà paix. Ils approfondirent si bien que Caillières crut en devoir rendre compte à M. de Chevreuse. Iln'étoit qu'un avec le duc de Beauvillier, son beau-frère, qui étoit dans le conseil : il lui mena Caillières; son récit fut goûté. Ces Messieurs le firent voir à Croissy, oncle de leurs femmes, etàPompone, leur ami, qui étoit aussi ministre, et de toutes ces conversations : Caillières fut envoyé secrètement en Hollande. Il revint quelques mois après, et fut encore renvoyé, et de ce dernier voyage il conduisit les affaires au point que les principales difficultés se trouvèrent levées au commencement de l'hiver, et qu'il eut ordre de paroître publiquement comme envoyé du Roi en Hollande. On a vu que Courtin s'excusa d'être plénipotentiaire pour la paix, et que son collègue Harlay l'étant devenu, Crécy le fut nommé : on l'y vouloit pour sa capacité et son expérience, porté par le P. de la Chaise et les jésuites. L'exemple d'un homme de si peu fit mettre Caillières en troisième, qui avoit seul conduit 'affaire au point où elle étoit et qui étoit instruit de tout à fond.

C'étoit un grand homme maigre, avec un grand. nez, la tête en arrière, distrait, civil, respectueux, qui, à force d'avoir vécu parmi les étrangers, en avoit pris toutes les manières, et avoit acquis un extérieur désagréable, auquel les dames et les gens du bel air ne purent s'ac-

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