‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 304 sur 393 · CANDIDATS POUR LA POLOGNE · texte numérisé non relu

CANDIDATS POUR LA POLOGNE

coutumer, mais qui disparoissoit dès qu'on l'entretenoit de choses et non de bagatelles. C'étoit en tout un trèsbon homme, extrêmement sage et sensé, qui aimoit l'État, et qui étoit fort instruit, fort modeste, parfaitement désintéressé, et qui ne craignoit de déplaire au Roi ni aux ministres pour dire la vérité, et ce qu'il pensoit, et pourquoi, jusqu'au bout, et qui les faisoit très-souvent revenir à son avis.

Le Roi traitoit une autre affaire, pour laquelle il avoit hâté le retour des princes de l'armée, pour qu'il ne parût auquel d'eux il avoit à parler. L'abbé de Polignac, ambassadeur en Pologne, crut y voir jour à l'élection en faveur de M. le prince de Conti. 11 le manda, et le Roi, qui ne demandoit pas mieux que de se défaire d'un prince de ce mérite si universellement connu, et qu'il n'avoit jamais pu aimer, tourna toutes ses pensées à le porter sur ce trône. Les candidats qui s'y présentoient étoient les électeurs de Bavière, Saxe, et palatin, le duc de Lorraine; et bien que les Polonois se déclarassent contre tout piaste1, les fils du feu Roi y auroient eu grande part, tant par une coutume assez ordinaire que par le mérite d'un aussi grand homme que r étoit J. Sobieski, si l'avarice extraordinaire de la Reine, qui avoit tout vendu et rançonné, et la hauteur de ses manières n'eût rendu ses enfants odieux à cause d'elle, et si elle eût été plus d'accord avec eux. Jacques, l'aîné, étoit fort mal avec elle, mais il étoit né avant l'élection de son père, ce qui le défavorisoit fort; il étoit d'ailleurs peu aimé, et son mariage avec une palatine, sœur de l'Impératrice, le rendoit suspect. L'Empereur le portoit; sa mère le traversoit, elle vouloit un de ses isux cadets ; mais ses trésors lui étoient plus chers encore. t>avière étoit son gendre, avoit pour lui la mémoire du feu Roi et d'être homme de guerre. Saxe avoit aussi cette lernière qualité, et son voisinage, qui avoit fait connoître ia douceur de ses mœurs et sa libéralité. Le duc de Lor-

1. On appelait ainsi les membres des anciennes maisons de Pologne, par opposition aux étrangers.

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