RUVIGNY ET SES FILS
le seul, avec le maréchal de Schomberg, à qui le Roi offrit de demeurer à Paris et à sa cour, avec leurs biens et la secrète liberté de leur religion, dans leur maison, lors de la révocation de ledit de Nantes; mais tous deux refusèrent. Ruvigny emporta ce qu'il voulut, et laissa ce qu'il voulut aussi, dont le Roi lui permit la jouissance. 11 se retira en Angleterre avec ses deux fils. La Caillemotte, le cadet, plus disgracié encore du côté de l'âme que de celui du corps, mourut bientôt après. Le père ne survécut pas longtemps, et son aîné continua à jouir des biens que son père avoit laissés en France. Il s'attacha au service du prince d'Orange, à la révolution, qui le fit comte de Galloway en Irlande et l'avança beaucoup. 11 étoit bon officier; il avoit de l'ambition; elle le rendit ingrat : il se distingua en haine contre le Roi et contre la France, quoique le seul huguenot qu'on y laissoit jouir de son bien, même servant le prince d'Orange. Le Roi le fit avertir plusieurs fois du mécontentement qu'il avoit de sa conduite; il en augmenta les torts avec plus d'éclat : à la fin, le Roi confisqua ses biens, et témoigna publiquement sa colère.
Le vieux Ruvigny étoit ami d'Harlay, lors procureur général, et depuis premier président, et lui avoit laissé un dépôt entre les mains, dans la confiance de sa fidélité. Il la lui garda tant qu'il n'en put pas abuser; mais quand il vit l'éclat, il se trouva modestement embarrassé entre le fils de son ami et son maître, à qui il révéla humblement sa peine : il prétendit que le Roi l'avoit su d'ailleurs, et que Barbezieux même l'avoit appris, et l'avoit dit au Roi. Je n'approfondirai point ce secret, mais le fait est qu'il le dit lui-même, et que, potfr récompense, le Roi le lui donna comme sien1 confisqué, et que cet hypocrite de justice, de vertu, de désintéressement et de rigorisme n'eut pas honte de se l'approprier, et de fermer les yeux et les oreiPes au bruit qu'excita cette perfidie. Il en tira plus d'un part. ; car le Roi, en colère contre Galloway, en sut si bon gré au premier président, qu'il donna à son fils, fort jeune et qui