DUCHESSE DE VALENTINOIS
se déshonoroit tous les jours dans sa charge d'avocat général, la place de conseiller d'État, vacante par la mort de Pussort, et que, quelque temps après, il le combla par une pension de vingt mille livres, qui est celle des ministres. Ainsi les forfaits sont récompensés en ce monde, mais la satisfaction n'en dure pas longtemps.
M. de Monaco, qui, comme on a vu p. 79 et 80 *, avoit obtenu le rang de prince étranger par le mariage de son fils avec la fille de Monsieur le Grand, trouva bientôt, et son fils plus encore, qu'ils l'avoient acheté bien cher. La duchesse de Valentinois étoit charmante, galante à l'avenant, et sans esprit ni conduite, avec une physionomie fort spirituelle; elle étoit gâtée par l'amitié de son père et de sa mère et par les hommages de toute la cour, dans une maison jour et nuit ouverte, où les grâces, qui étoient sa principale beauté, attiroient la plus brillante jeunesse. Son mari, avec beaucoup d'esprit, ne se sentoit pas le plus fort; sa taille et sa figure lui avoient acquis le nom de Goliath. Il souffrit longtemps les hauteurs et les mépris de sa femme et de sa famille; à la fin, lui et son père s'en lassèrent, et ils emmenèrent Mme de Valentinois à Monaco. Elle se désola, et ses parents aussi, comme si on l'eût menée aux Indes. On peut juger que le voyage et le séjour ne se passèrent pas gaiement. Toutefois elle promit merveilles, et au bout d'une couple d'années de pénitence, elle obtint son retour. Je ne sais qui fut son conseil, mais, sans changer de conduite, elle songea aux moyens de se garantir de retourner à Monaco, et pour cela fit un éclat épouvantable contre son beau-père, qu'elle accusa nonseulement de lui en avoir conté, mais de l'avoir voulu forcer. Monsieur le Grand, Mme d'Armagnac, leurs enfants prirent son parti; et ce fut un vacarme le plus scandaleux, mais qui ne persuada personne. M. de Monaco n'étoit plus jeune; il étoit fort honnête homme et avoit toujours passé pour tel; d'ailleurs, il avoit deux gros yeux
1. Ces pages du manuscrit correspondent aux pages C2!M et 292 de notre tome I.