DUCHESSE DE VALENTINOIS
d'aveugle, éteints, et qui en effet ne distinguoient rien à deux pieds d'eux, avec un gros ventre en pointe, qui faisoit peur tant il avançoit en saillie. L'éclat ne fut pas moins grand de sa part et de celle de son fils contre une si étrange calomnie, et la séparation devint plus forte que jamais.
Au bout de quelques années, ils s'avisèrent qu'ils n'avoient point d'enfants, et que Mme de Valentinois, nageant dans les plaisirs de la cour, sous l'abri de sa famille, jouissoit seule de son crime et se moquoit d'eux. Ils prirent donc leur parti : M. de Valentinois redemanda sa femme. D'abord on se moqua de lui chez elle ; mais bientôt l'embarras succéda; les dévots s'en mêlèrent : l'archevêque de Paris parla à Mme d'Armagnac, et M. de Monaco protesta qu'il ne verroit jamais sa belle-fille, et qu'il lui défendoit de se trouver en aucun lieu où il seroit. Tout cela ensemble fut un coup de foudre; il fallut céder, et le 27 janvier, Mme d'Armagnac, accompagnée du prince Camille, son troisième fils, et de la princesse d'Harcourt, mena sa fille à Paris chez le duc de Valentinois, où se trouva la maréchale de Bouffïers, sa cousine germaine. Mme de Valentinois y soupa et y coucha, et qui pis fut, y demeura.
Elle étoit très-souvent chez Madame la Duchesse, qui changea en même temps de dame d'honneur. Mme de Moreuil, qui étoit personne d'esprit et de mérite, femme d'un original de beaucoup d'esprit aussi, des bâtards de cette ancienne maison de Moreuil éteinte depuis longtemps, et qui étoit à Monsieur le Duc, demanda tout d'un coup à se retirer, sans qu'on pût savoir pourquoi, et le voulut absolument. On vit depuis de quoi il étoit question : la pauvre femme cachoit un cancer, dont elle mourut quelque temps après. Mme de Laigle fut mise en sa place, et s'y fit aimer et estimer, et même considérer à Ja cour. G'étoït une femme de beaucoup d'esprit et de jmonde, fille de Mmc de Rare, gouvernante des filles de Monsieur Gaston; son père et sa mère étoient fort des amis