‹ Mémoires (volume 2)Chapitre 322 sur 393 · AFFAIRE DE L^RCHEVÊQUE DE CAMBRA Y · texte numérisé non relu

AFFAIRE DE L^RCHEVÊQUE DE CAMBRA Y

trois et quatre lectures. Il eut donc le dégoût de ne recevoir de louanges de personne, et de remerciement de fort peu, et de pur compliment; et les connoisseurs crurent y trouver, sous ce langage barbare, un pur quiétisme, délié, affiné, épuré de toute ordure, séparé du grossier, mais qui sautoit aux yeux, et avec cela des sublimités fort nouvelles et fort difficiles à se laisser entendre, et bien plus à pratiquer. Je rapporte non pas mon jugement, comme on peut croire, de ce qui me passe de si loin, mais ce qui s'en dit alors partout; et on ne parloit d'autres choses, jusque chez les dames; à propos de quoi on renouvela ce mot échappé à Mme de Sévigné *, lors de la chaleur des disputes sur la grâce : « Épaississez-moi un peu la religion, qui s'évapore toute à force d'être subtilisée. »

Ce livre choqua fort tout le monde : les ignorants parce qu'ils n'y entendoient rien ; les autres par la difficulté à le comprendre, à le suivre, et à se faire à un langage barbare et inconnu; les prélats, opposés à l'auteur par le ton de maître sur le vrai et le faux des maximes, et par ce qu'ils crurent apercevoir de vicieux dans celles qu'il donnoit pour vraies. Le Roi surtout et Mme de Maintenon, fort prévenus, en furent extrêmement mal contents, et trouvèrent extrêmement mauvais que M. de Chevreuse eût fait le personnage de correcteur d'imprimerie, et que M. de Beauvillier se fût chargé de le présenter au Roi en particulier, sans en avoir rien dit à Mme de Maintenon, et Monsieur de Cambray à la cour, qui le pouvoit bien faire lui-même. 11 craignit peut-être une mauvaise réception devant le monde, et en chargea M. de Beauvillier, qui avoit des temps plus familiers et seul avec le Roi, pour faire mieux recevoir son livre par la considération du duc, ou cacher au monde s'il étoit mal reçu; mais ces Messieurs, enchantés par les grâces et par la spiritualité du prélat, s'aliénèrent entièrement Mme de Maintenon par ces démarches : l'un en se faisant le coopérateur public, par une

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