MONSIEUR DE CAMBRAY SE RÉSOUT
fonction si au-dessous de lui , d'un ouvrage qu'elle ne pouvoit agréer après avoir pris si hautement le parti contraire; l'autre en lui marquant une défiance et une indépendance d'elle, qui la blessa plus que tout, et qui la fit résoudre à travailler à les perdre tous deux.
Parmi ces mouvements de doctrine et d'écrits, Monsieur de Gambray avoit songé à de plus forts secours. Ami des jésuites, il se les étoit attachés, et ils étoient à lui en corps et en groupe, à la réserve de quelques particuliers, plus considérables par leur mérite que par leur poids et par leur influence dans les secrets, la conduite et le gouvernement intérieur de leur compagnie. 11 se voyoit sans ressource en France, avec les premiers prélats en savoir, en piété, en crédit, contre lui, qui, ayant la cour déclarée pour eux, mèneroient tous les autres évoques. Il songea donc à porter son affaire à Rome, où il espéra tout par une démarche si contraire à nos mœurs, et si agréable à cette cour, qui affecte les premiers jugements, et que toute dispute un peu considérable soit d'abord portée devant elle sans être d'abord jugée sur les lieux. Il y compta sur le crédit des jésuites, et la conjoncture lui présenta une , autre protection, dont il ne manqua pas de s'assurer. Le cardinal de Janson étoit depuis six ou sept ans à Rome; il y avoit très-dignement et très-utilement servi : il voulut enfin revenir. Le cardinal de Rouillon n'avoit pas moins d'envie de l'y aller relever! La frasque ridicule qu'il avoit faite sur cette terre du dauphiné d'Auvergne, et d'autres encore, avoient diminué sa considération et mortifié sa vanité. Il vouloit une absence, et une absence causée et chargée d'affaires, pour revenir après sur un meilleur pied. 11 n'y avoit plus que deux cardinaux devant lui, et il falloit être à Rome à la mort du doyen pour recueillir le décanat du sacré collège. Monsieur de Gambray s'étoit lié d'avance avec lui, et l'intérêt commun avoit rendu cette liaison facile et sûre. Le cardinal voyoit alors ce prélat dans les particuliers intimes de Mmc de Maintenon, et maître de l'esprit des ducs de Chevreuse et de