EMBARRAS DES JÉSUITES
ne les ménageoit en rien, et qu'ils n'avoient jamais pu ni Tadoucir ni être soutenus contre lui en aucune occasion.
Leur partialité avoit donc été aperçue : elle fut appréhendée; on voulut les contenir; on en parla au Roi. On lui montra l'approbation du P. de la Chaise, et du P. Valois, confesseur des princes, du livre de Monsieur de Cambray ; on mit le Roi en colère, et il s'en expliqua durement à ces deux jésuites. Les supérieurs, inquiets des suites que cela pourroit avoir pour le confessionnal du Roi et des princes, et par conséquent pour toute la société, en consultèrent les gros bonnets à quatre vœux; et le résultat fut qu'il falloit céder ici à l'orage, sans changer de projets pour Rome. G'étoitle carême; le P. la Rue prêchoit devant le Roi : on fut donc tout à coup surpris que, le jour de l'Annonciation, ses trois points finis, et au moment de donner la bénédiction et de sortir de chaire, il demanda permission au Roi de dire un mot contre des extravagants et des fanatiques qui décrioient les voies communes de la piété, autorisées par un usage constant et approuvées de l'Église, pour leur en substituer d'erronées, nouvelles, etc.; et de là prit son thème sur la dévotion à la sainte Vierge, parla avec le zèle d'un jésuite commis par sa société pour lui parer un coup dangereux, et fit des peintures d'après I nature par lesquelles on ne pouvoit méconnoître les prin- j cipaux acteurs pour et contre. Ce supplément dura une demi-heure, avec fort peu de ménagement pour les exprès- ] sions, et se montra tout à fait hors d'œuvre. M. de Beauvillier, assis derrière les princes, l'entendit tout du long, et il essuya les regards indiscrets de toute la cour pré- I sente. Le même jour, le fameux Bourdaloue et le P. Gail- I lard firent retentir les chaires qu'ils remplissoient dans 1 Paris des mêmes plaintes et des mêmes instructions, et j jusqu'au jésuite qui prêchoit à la paroisse de Versailles 1 m lit autant.
La vérité est que le P. Bourdaloue, aussi droit en lui- 1 même que pur dans ses sermons, iï avoit jamais pu goûter I ce qu'alors on nommoit quiétisme. Car, que la doctrine 1